Photo : L’UNRWA fournit une réponse humanitaire à 2,2 millions de personnes © UNRWA
La semaine dernière, alors que les pays arabes et certains pays occidentaux intensifiaient leurs pressions diplomatiques sur l’administration Trump afin d’assurer un rôle à l’Autorité palestinienne dans la gouvernance de Gaza après la guerre, Israël a suggéré que Ramallah pourrait jouer un rôle à Gaza si l’organisme palestinien fermait tous les bureaux de l’UNRWA sur son territoire, en particulier à Gaza, tout en transférant l’entière responsabilité des besoins civils à l’Autorité palestinienne. Israël a en outre insisté pour que les camps de réfugiés soient transformés en quartiers ou en villes normaux et que le statut de réfugié soit aboli dans toutes les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne.
Les attaques d’Israël contre l’UNRWA, créée par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en 1949, durent depuis des années. Elles se sont intensifiées en 2017, en particulier sous le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a appelé au démantèlement de l’organisation et au transfert de ses responsabilités à d’autres agences des Nations unies. La logique derrière cette politique extrême était de mettre fin au statut de réfugié palestinien, qui se transmet aux descendants et qui reste l’une des questions les plus complexes concernant le statut final dans le cadre des accords d’Oslo.
L’UNRWA est responsable des réfugiés palestiniens non seulement dans les territoires occupés, mais aussi en Jordanie, au Liban et en Syrie. Le nombre de réfugiés enregistrés auprès de l’organisation dans les territoires occupés est de 1,2 million à Gaza et de plus de 900 000 en Cisjordanie. Mais il y en a également plus de 2,1 millions en Jordanie, 528 000 en Syrie et 452 000 au Liban. L’UNRWA fournit des services essentiels dans 27 camps de réfugiés dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.
Le sort des réfugiés palestiniens, dont le droit au retour dans leurs foyers est reconnu par les résolutions de l’ONU et le droit et les conventions internationaux, reste l’un des défis les plus difficiles à relever pour Israël et les pays d’accueil. Dans les années qui ont suivi la signature des accords d’Oslo, alors qu’Israël et l’Autorité palestinienne étaient engagés dans des négociations de paix, Tel-Aviv a accepté le principe d’un retour symbolique des Palestiniens. Mais depuis l’échec de ces pourparlers il y a plus de dix ans, une position plus intransigeante, qui rejette le droit au retour ainsi que le principe d’une solution à deux États, est devenue la position officielle d’Israël.
Israël a utilisé les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 pour salir l’organisation des Nations unies, l’accusant de collaborer avec le Hamas et appelant les pays donateurs à retirer leur financement à l’UNRWA. Les États-Unis et d’autres pays ont suspendu leur soutien financier à l’UNRWA, la poussant au bord de l’effondrement. Mais des enquêtes approfondies ont innocenté l’organisation de toute complicité dans les attaques du 7 octobre. Une grande partie du soutien financier a été rétablie – mais pas par les États-Unis – et l’organisme des Nations unies reste gravement sous-financé, en particulier compte tenu de la situation humanitaire catastrophique qui se déroule à Gaza.
Alors qu’Israël et les États-Unis ont rendu presque impossible pour l’UNRWA et d’autres agences humanitaires d’acheminer l’aide à plus de 2 millions de Gazaouis déplacés, ils ont tenté de la remplacer dans la bande de Gaza en créant en février la Fondation humanitaire de Gaza, alors que des rapports faisaient état d’une famine et d’une épidémie généralisées. Cette catastrophe a entraîné la mort de plus de 2 600 civils palestiniens qui tentaient d’accéder à l’aide, la plupart des décès survenant autour des points de distribution du groupe. La Fondation humanitaire de Gaza a été dissoute le mois dernier.
L’attaque d’Israël contre l’UNRWA et la question des réfugiés a pris une autre tournure au début de l’année, lorsque Tel-Aviv a lancé une opération militaire massive visant trois camps de réfugiés dans le nord de la Cisjordanie. Selon l’UNRWA, l’opération « Iron Wall », comme elle a été baptisée, a entraîné le déplacement de plus de 30 000 personnes rien que dans les camps de Tulkarem, Nur Shams et Jénine, ce qui représente le plus grand déplacement de population en Cisjordanie en dehors de Gaza depuis 1967.
D’autres agences des Nations unies et organisations non gouvernementales ont déclaré que cette opération, qui a débuté en janvier, a porté à environ 40 000 le nombre total de réfugiés palestiniens déracinés de Jénine, Tulkarem, Nur Shams et Far’a, les camps étant « pratiquement vides » et de nombreux résidents toujours dans l’impossibilité de retourner chez eux plusieurs mois après.
Aujourd’hui, Israël suggère que certains résidents puissent rentrer, à condition que l’Autorité palestinienne remplace l’UNRWA et que ces camps soient transformés en zones résidentielles, la désignation « réfugié » étant supprimée à la fois pour les résidents et les camps.
Mais l’UNRWA ne disparaîtra pas malgré la guerre ouverte que lui livre Israël. Vendredi dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution prolongeant le mandat de l’UNRWA de trois ans supplémentaires, ainsi que cinq autres résolutions dans le cadre d’un « paquet palestinien ». Lors du vote sur les activités de l’UNRWA, 145 pays ont voté pour, 10 contre et 18 se sont abstenus.
En représailles, la police israélienne a fait une descente dans les locaux de l’UNRWA à Jérusalem-Est tôt lundi matin, retirant le drapeau de l’ONU et le remplaçant par un drapeau israélien. Des motos, des camions et des chariots élévateurs de la police ont été amenés sur place et toutes les communications ont été coupées, a déclaré un porte-parole de l’UNRWA, tandis que du mobilier, du matériel informatique et d’autres biens ont été saisis.
Israël donnait ainsi suite à une loi adoptée par la Knesset fin 2024 qui interdisait à l’UNRWA d’opérer en Israël et à Jérusalem-Est, interdisait tout contact officiel avec l’agence et ouvrait la voie à la résiliation de l’accord de 1967 qui lui permettait d’y fonctionner.
Mais cette interdiction a été rejetée par la Cour internationale de justice, qui a rendu en octobre un avis consultatif sur les obligations d’Israël concernant la présence et les activités de l’ONU, d’autres organisations internationales et d’États tiers dans les territoires occupés.
La Cour internationale a estimé qu’Israël, en tant que puissance occupante, était tenu d’accepter et de faciliter les opérations de secours de l’UNRWA et qu’il ne pouvait pas interdire ou entraver unilatéralement les activités de l’agence d’une manière qui priverait la population d’une aide humanitaire essentielle. Elle a également rejeté l’argument d’Israël selon lequel « l’infiltration » du Hamas ou le parti pris de l’UNRWA justifiaient la rupture de la coopération, et a affirmé que l’UNRWA jouait un rôle indispensable qui ne pouvait être rapidement remplacé sans une transition appropriée garantissant une protection et une aide équivalentes.
Comme on pouvait s’y attendre, Israël n’a pas accepté cette décision et n’a pas modifié sa politique visant à démanteler non seulement l’UNRWA, mais aussi les fondements mêmes de la cause palestinienne. Ces fondements comprennent la terre, qui est occupée, annexée et colonisée ; le peuple, qui est déplacé, terrorisé, assassiné et incarcéré ; le droit au retour de millions de réfugiés ; et le droit à l’autodétermination. Ces piliers sont démantelés un par un et l’attaque contre l’UNRWA est un élément crucial de l’effacement de la cause palestinienne.
Traduction : AFPS




