Les premiers chapitres du livre dressent un état des lieux : justice internationale, alertes des ONG et de l’ONU, déclarations des dirigeants israéliens. Des faits incontestables… délibérément ignorés par la plupart des médias français. L’auteur souligne qu’en dépit de cela le droit international a progressé. Il décrit en particulier le long cheminement de la Cour pénale internationale (CPI) qui, malgré les pires entraves, a pu lancer des mandats d’arrêts contre Netanyahou et Galland : « le texte de la CPI est clair, précis, documenté » et son contenu factuel n’a été ni remis en cause ni démenti. Il en est de même pour les nombreux rapports et témoignages de l’ONU ou des ONG dont les solides démonstrations n’ont été rejetées que par des contre-vérités infamantes. Quant aux propos génocidaires, ils existent à peine pour les médias.
Cela signifie-t-il que les médias sont « contrôlés par les juifs » ? Pascal Boniface démontre l’ineptie de cette croyance : « des voix juives sont invisibilisées, car trop critiques du pouvoir israélien [...] des experts juifs sont interdits d’antenne parce qu’ils ne sont pas dans la bonne tonalité ». Pourtant souligne-t-il, pour lutter efficacement contre l’antisémitisme, « montrer une autre voix juive aurait pu être utile ». Mais alors, comment expliquer ce tropisme pro-israélien ? Par une combinaison de facteurs : culpabilité après la Shoah, pressions de conformité, assimilation de l’islam au terrorisme, guerre d’Algérie encore mal digérée, racisme anti arabe et identification d’Israël comme champion face à la barbarie. Car la majorité des journalistes sont, selon lui, pétris de la supériorité du monde occidental. Des exemples personnalisés, trop nombreux pour être énumérés ici, étayent cette démonstration. De même, le comportement des médias face aux événements est analysé méthodiquement. Retenons un seul exemple, parfaitement confondant : lors de la plainte de l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, France Info a couvert la journée d’audience des avocats israéliens. En revanche la journée précédente, au cours de laquelle l’Afrique du Sud a plaidé, n’a fait l’objet que d’un court communiqué ! C’est ainsi que « Les médias qui pensent protéger Israël [...], et lutter contre l’antisémitisme suscitent exactement l’effet inverse ».
Pour l’auteur, l’antisémitisme est une réalité incontestable. Cependant, il est instrumentalisé avec indécence afin de disqualifier toute critique d’Israël. Et cette vindicte éhontée reste efficace : « Car être accusé d’antisémitisme est l’un des fardeaux moraux les plus lourds à porter ». Pendant ce temps, la plupart des musulmans subissent souvent le racisme en silence. Ce sentiment de deux poids, deux mesures est une cause d’antisémitisme puissante, ce qui est globalement nié. L’auteur consacre un chapitre à cette question et passe en revue de nombreux exemples nominatifs d’indignation sélective : « il n’y a rien de tel pour alimenter le complotisme ».
Deux chapitres sont consacrés au lobby pro-israélien et à la « Hasbara », sa stratégie de communication. On découvre ainsi les 25 règles énoncées par le « Global Language dictionary », dont un point clé est « répéter inlassablement qu’Israël veut la paix ». On apprend que les ambassades ont été chargées de constituer « une liste de 1 000 alliés qui seront régulièrement briefés ». On découvre également l’association Elnet qui, avec un budget supérieur à 9 millions de dollars en 2023, organise, entre autres, des visites en Israël pour les élus, journalistes et chefs d’entreprise. Selon une enquête Mediapart [2], plus de 100 députés et sénateurs ont été invités en Israël au cours des 7 dernières années.
Enfin, le dernier chapitre décrit l’emballement politico-médiatique dont a été victime Pascal Boniface à l’occasion d’un tweet maladroit contre le maire de Saint-Ouen en octobre 2024. La démesure et l’iniquité des attaques montrent comment une personne en vue qui soutient les droits des Palestiniens est passible des pires ennuis personnels et professionnels dès que l’opportunité se présente. On comprend ainsi la couardise de nombreuses personnalités médiatiques : « la peur de s’exprimer s’installe, les propos privés deviennent de plus en plus divergents des propos publics […] beaucoup en sont conscients, rares sont ceux qui le disent ouvertement ». Constat inquiétant qui ouvre sur les derniers mots du livre : « Dixi et salvavi animam meam » (J’ai parlé et j’ai sauvé mon âme).
Bernard Devin





