1936 est un tournant majeur pour la Palestine. C’est le début de la grande révolte contre la domination coloniale britannique. C’est l’année où la lutte nationale palestinienne a éclaté pour – déjà – revendiquer la création d’un État indépendant. C’est la période pendant laquelle l’attachement viscéral du peuple palestinien à sa terre et à ses origines s’est consolidé face à la spoliation des terres due à l’immigration juive. C’est aussi le moment où les Britanniques ont installé le système d’oppression militaire qui s’est poursuivi sous le joug israélien. Le principe de la punition collective est né alors, ainsi que l’incarcération sans motif légitime d’un Palestinien sur dix. Ce qui apparaît ainsi clairement, c’est que le colonialisme sioniste s’est installé dans le giron de celui qui l’a précédé : l’impérialisme britannique. Ce qui relativise la déclaration d’indépendance de Ben Gourion en 1948.
Palestine 36 [1] s’impose comme une leçon d’histoire à travers la description des rapports coloniaux. Pour Annemarie Jacir, « C’est l’un des moments les plus marquants de notre histoire en tant que Palestiniens. Il pose les bases de tout, absolument tout ce qui suivra. On ne peut comprendre l’exode de 1948, les soulèvements contre l’armée israélienne ou la situation actuelle sans comprendre comment le décor s’est installé à cette époque ». Pour incarner la société palestinienne d’alors dans toute sa diversité, la réalisatrice a multiplié les personnages, tel ce couple de la grande bourgeoisie de Jérusalem qui se distend progressivement : elle, qui écrit sous pseudonyme des articles anticoloniaux dans un journal palestinien, lui qui se laisse soudoyer par une organisation juive qui cherche à semer la discorde entre les partis politiques palestiniens. L’action, qui se déplace constamment entre Jérusalem et un petit village, ne cesse de captiver. Le jeune Yousouf, tiraillé entre sa fascination pour la modernité de la grande ville et le respect des traditions qui règnent dans son village fait le lien entre ces deux univers qui se rejoindront finalement dans la lutte contre l’occupant. Côté rural, on découvre une galerie de personnages musulmans et chrétiens que la violence de la répression britannique fait basculer vers le soutien à la résistance armée.
Le talent d’Annemarie Jacir, appuyé sur un long travail de documentation puis de scénarisation, a produit un film captivant dont la première partie, qui campe les rouages géopolitiques de l’époque, s’appuie sur des images d’archives colorisées qui s’intègrent à la narration. La deuxième partie prend plus la forme d’un film d’action. Mais du début à la fin, les personnages -de fiction pour la plupart, permettent de rendre compte avec finesse de la complexité des enjeux de l’époque.
Palestine 36 est incontestablement un film puissant qui a une vraie dimension artistique en lien avec la beauté des images et le jeu des acteurs.
Bernard Devin
Photo : Image tirée du film Palestine 36




