L’Administration civile israélienne a émis un arrêté d’expropriation (« acquisition à des fins publiques ») concernant le site de Nabi Samuel/al-Nabi Samwil (arrêté d’expropriation H/02/26), situé au nord de Jérusalem. Le site comprend une mosquée appartenant au Waqf musulman, qui sert de lieu de sépulture traditionnel au prophète Samuel. C’est la première fois que l’Administration civile exproprie un site sacré appartenant au Waqf musulman en Cisjordanie occupée.
La zone expropriée couvre 109,79 dunams et comprend la mosquée, le site archéologique qui l’entoure, la source située à ses pieds, des terres agricoles et les voies d’accès au site.
Il convient de rappeler qu’en septembre 2025, le chef de l’Administration civile a signé un arrêté d’expropriation concernant l’espace ouvert situé au centre de la Tombe du Patriarche/Mosquée d’Ibrahim à Hébron. À l’époque, cela avait été considéré comme la première expropriation concernant un lieu saint, bien que l’Administration civile ait fait valoir que l’arrêté concernait un espace ouvert destiné à des travaux de couverture au sein même du complexe de grottes, plutôt qu’un édifice religieux construit. Le dangereux précédent créé à Hébron ne s’est pas arrêté là. Cette fois-ci, l’Administration civile exproprie près de 110 dunams de terrain, y compris la mosquée et le site traditionnel de la tombe du prophète Samuel.
Le site de Nabi Samuel/al-Nabi Samwil
Nabi Samuel/al-Nabi Samwil est situé au nord de Jérusalem, à environ un kilomètre du quartier israélien de Ramot. Un village palestinien se trouvait autrefois sur ce site, mais il a été démoli par l’armée israélienne en 1971, forçant ses habitants à se reloger plusieurs centaines de mètres plus à l’est.
En 1995, la zone a été déclarée parc national et des fouilles archéologiques y ont été menées. Les traditions juive, musulmane et chrétienne identifient toutes ce site comme le lieu de sépulture du prophète Samuel. Depuis les années 1980, le site sert de lieu de culte tant pour les musulmans que pour les juifs, chacun priant dans des sections distinctes de l’enceinte, qui reste la propriété du Waqf musulman.
En 2013, l’officier d’état-major chargé des parcs et des réserves naturelles (l’équivalent de l’Autorité israélienne des parcs et de la nature en Cisjordanie) a soumis un plan d’aménagement pour le site. Cependant, ce plan a été rejeté en 2018 à la suite d’objections formulées par les résidents locaux et d’autres parties prenantes.
Peace Now : « Une fois de plus, nous sommes confrontés à des décisions de l’Administration civile, sous l’autorité du ministre Smotrich, qui visent à étendre et à approfondir l’annexion. Des projets d’extension des colonies aux déclarations sans précédent de « terres d’État », l’Administration civile est passée à la prise de contrôle des sites du patrimoine et s’approprie désormais des sites religieux, créant des tensions dans certains des lieux les plus paisibles et les plus sensibles de Cisjordanie. Le programme messianique du gouvernement israélien aurait dû être stoppé depuis longtemps. Au lieu de cela, chaque jour qui passe semble nous mettre davantage en danger et créer les conditions propices à la transformation d’un conflit politique en une guerre religieuse. »
Implications et risques de cette mesure
Escalade religieuse inutile : depuis des décennies, juifs et musulmans prient dans des sections distinctes de l’enceinte de la mosquée sans incident notable ni atteinte aux sensibilités religieuses de l’une ou l’autre partie. L’expropriation de l’enceinte est un signe inquiétant d’une tendance plus large à la saisie de sites religieux et sacrés, une évolution susceptible d’intensifier les tensions religieuses tant à Nabi Samuel que dans toute la Cisjordanie.
Violation des accords internationaux et du droit international : Jusqu’à présent, Israël s’était abstenu d’exproprier des sites religieux, reconnaissant que ces sites situés en territoire occupé font partie du patrimoine culturel et historique de la population palestinienne. La décision d’exproprier des sites religieux, parallèlement à des processus d’expropriation visant des sites patrimoniaux tels que Sébaste et d’autres, s’inscrit dans la continuité de politiques visant à déposséder les Palestiniens de leur patrimoine culturel et religieux, en violation du droit international.
Risque d’escalade vers un conflit religieux : porter atteinte à un site considéré comme sacré par les juifs, les musulmans et les chrétiens risque de renforcer la dimension religieuse du conflit, d’attiser les tensions et de donner du pouvoir aux acteurs extrémistes. La gestion du site devrait au contraire être menée avec sensibilité, retenue et en coordination avec le Waqf musulman et l’Autorité palestinienne.
La prochaine cible : la mosquée Al-Aqsa/le Mont du Temple ? Ces dernières années, le gouvernement et la police israéliens ont permis à des militants extrémistes du Mont du Temple, aux côtés de leurs représentants politiques au sein du gouvernement, de modifier le statu quo de longue date au Haram al-Sharif/Mont du Temple et de mener des provocations continues. Selon des documents des services de renseignement qui auraient été rendus publics, ces développements figuraient parmi les facteurs ayant contribué à l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. L’une des craintes récurrentes exprimées du côté palestinien est qu’Israël étende ses mesures d’expropriation à d’autres sites religieux, y compris le Haram al-Sharif/Mont du Temple lui-même.
La solution : Il n’est pas nécessaire d’intervenir et d’aggraver un conflit qui n’existe pas actuellement. Plus important encore, seul un accord négocié avec les Palestiniens peut garantir un cadre pour le culte religieux qui respecte et tienne compte des besoins et des droits de toutes les communautés religieuses.
Traduction : AFPS
Photo : Nabi Samuel, 2018 © ZeevStein





