Photo : La grande mosquée Omari à Gaza, 18 décembre 2025 © Jehad Abusalim/X
Pour les Palestiniens, préserver leurs terres et leur patrimoine, occupés par Israël depuis 1948, est devenu une priorité nationale. L’Autorité palestinienne a officiellement demandé l’inscription de 14 nouveaux sites culturels et naturels sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO afin de protéger ses sites culturels et historiques contre l’appropriation et les attaques israéliennes.
« La Palestine n’est pas seulement un espace de conflit politique, mais une civilisation enracinée dans l’histoire de l’humanité », a déclaré Marwa Adwan, directrice générale par intérim du patrimoine mondial au ministère palestinien du Tourisme, à Al Jazeera.
« Cette diversité est la réponse la plus forte aux tentatives de monopolisation du récit historique », a-t-elle déclaré, faisant référence aux tentatives israéliennes d’appropriation des symboles de la culture et de l’histoire palestiniennes.
La candidature annoncée par le ministère du Tourisme et des Antiquités le 1er janvier vise à obtenir la reconnaissance internationale des sites patrimoniaux menacés de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza, qui ont été dévastés par la guerre génocidaire menée par Israël. Plus de 200 sites historiques ont été détruits par les bombardements israéliens dans ce que les experts ont qualifié de « génocide culturel ».
La nouvelle liste porte à 24 le nombre total de sites palestiniens inscrits sur la liste indicative, couvrant une vaste période allant des cités-États cananéennes datant de 3 000 avant J.-C. à la vieille ville de Gaza.
Les 14 sites proposés
Le ministère du Tourisme et des Antiquités a confirmé la liste complète des sites proposés à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). La liste comprend des grottes préhistoriques, des itinéraires religieux et des édifices d’architecture moderne. Les sites sont les suivants :
- Le centre historique de Gaza, comprenant la Grande Mosquée Omari et l’église Saint-Porphyre
- L’église byzantine de Jabalia (Mukheitim)
- Les cités-États cananéennes
- La ville historique de Naplouse et ses environs
- Les miracles sacrés de Jésus-Christ en Palestine
- Les monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah)
- Les maqamat (sanctuaires) en Palestine
- Le système d’approvisionnement en eau de Jérusalem Qanat es-Sabeel
- Jabal al-Fureidis / Hérodium
- La vallée du Jourdain inférieur
- Les palais archéologiques de Tulul Abu el-‘Alayiq
- Le paysage culturel des grottes préhistoriques de Wadi Kharitoun
- Les grottes habitables (Al-Maghayir) de Palestine
- L’architecture moderne en Palestine
Sauvegarder l’histoire de Gaza
Un élément crucial de cette candidature est la protection du patrimoine de Gaza, qui a subi des destructions catastrophiques pendant la guerre génocidaire menée par Israël. La liste comprend la Grande Mosquée Omari, construite il y a près de 1 400 ans, et l’église Saint-Porphyre, toutes deux prises pour cible lors des bombardements israéliens. L’église grecque orthodoxe a été construite en 425.
Mme Adwan a décrit cette initiative comme une étape stratégique pour « l’après-guerre ».
« L’inscription de sites tels que la Grande Mosquée Omari [...] constitue une première reconnaissance internationale de leur valeur mondiale et de la nécessité urgente de les protéger », a-t-elle expliqué.
« Nous comptons sur l’UNESCO non seulement pour le financement, mais aussi pour documenter les dommages en tant que source juridique internationale afin de préserver nos droits culturels. »
« Le patrimoine est un pont »
Cette initiative a suscité une vive réaction de la part du gouvernement israélien, en particulier en ce qui concerne les sites situés dans la zone C de la Cisjordanie, tels que Herodium (Jabal al-Fureidis), qui est sous contrôle militaire israélien total. La zone C représente plus de 60 % de la Cisjordanie.
Selon la chaîne israélienne Channel 14, le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a envoyé mardi une lettre urgente au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qualifiant l’initiative palestinienne de « terrorisme archéologique ».
Eliyahu a exigé la création d’un groupe de travail gouvernemental pour bloquer cette initiative, arguant qu’il s’agit d’un « terrain stratégique pour une lutte politique » visant à s’emparer de sites « d’importance historique pour les Juifs ».
« L’absence de réponse sera interprétée sur la scène internationale comme une acceptation tacite », a averti Eliyahu, affirmant que cette initiative était un prélude à des « interventions juridiques internationales ».
Israël a été accusé d’effacer le patrimoine culturel palestinien et d’utiliser l’archéologie comme une arme pour s’approprier les terres palestiniennes. Il a désigné des dizaines de sites archéologiques palestiniens en Cisjordanie occupée comme « sites du patrimoine israélien » afin de s’emparer des terres palestiniennes et de consolider son occupation.
En septembre 2024, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution demandant à Israël de mettre fin à son occupation de la Palestine dans un délai d’un an. Cette résolution fait suite à la décision de la Cour internationale de justice qui a jugé illégale l’occupation israélienne des territoires palestiniens.
Les responsables palestiniens ont rejeté la caractérisation israélienne.
« Le patrimoine n’est pas une arme, mais un pont », a déclaré Mme Adwan à Al Jazeera. « Tenter de lier le patrimoine à la sécurité ou le qualifier de « terrorisme » est une distorsion délibérée. »
Elle a précisé que les dossiers avaient été sélectionnés sur la base de critères techniques afin de mettre en valeur la diversité religieuse et culturelle de la Palestine, notamment l’itinéraire des « Miracles de Jésus » et les monastères du désert de Jérusalem (El-Bariyah).
« Cela reflète un pluralisme culturel et religieux rare qui doit être préservé pour toute l’humanité », a ajouté Mme Adwan.
Rupture des liens avec l’ONU
La controverse sur le patrimoine survient alors qu’Israël s’apprête à rompre complètement ses liens avec le système des Nations unies.
Lundi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a annoncé qu’Israël allait « rompre immédiatement tout contact » avec plusieurs organes de l’ONU, notamment ONU Femmes et le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, invoquant un « parti pris anti-israélien ».
L’année dernière, Israël a interdit l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), considéré comme une bouée de sauvetage pour les Palestiniens des territoires occupés ainsi que pour les pays voisins qui accueillent des réfugiés palestiniens. Plus de 750 000 Palestiniens ont été victimes d’un nettoyage ethnique dans leur patrie avant la création d’Israël en 1948.
Cette décision fait suite à la récente décision de l’administration du président américain Donald Trump de se retirer de l’UNESCO pour la deuxième fois. Les États-Unis, l’allié régional le plus proche d’Israël, ont également réduit leur financement à l’UNRWA.
Malgré le climat diplomatique hostile, Mme Adwan a insisté sur le fait que la demande palestinienne relevait du « droit souverain ».
« Il ne s’agit pas d’une course contre la montre », a-t-elle déclaré, faisant référence à l’expansion des colonies israéliennes. « Il s’agit d’une mesure stratégique visant à intégrer ces sites dans des plans de protection avant qu’il ne soit trop tard. »
Traduction : AFPS




