Les manuels palestiniens auraient des contenus qui continueraient à ne pas respecter les normes de l’UNESCO pour une éducation humaniste. Ces attaques indécentes sont portées au Parlement européen depuis 2016 : toute remise en cause du sionisme dans des manuels palestiniens est dénoncée alors que ces documents sont pour beaucoup ensevelis sous les gravats à Gaza où écoles et universités ont été systématiquement détruites. Les parlementaires européens ont validé à une forte majorité « la nécessité pour l’Autorité palestinienne de rendre l’ensemble du matériel éducatif conforme aux normes de l’UNESCO, en particulier en supprimant tout contenu comportant de l’antisémitisme ou une incitation à la violence ; souligne que l’aide financière accordée par l’Union à l’Autorité palestinienne dans le domaine de l’éducation devrait être subordonnée au respect de ces normes ».
C’est une forme supplémentaire de l’étranglement financier de l’Autorité palestinienne. Elle a d’abord été validée dans une Commission très pro-israélienne puis avalisée en plénière. Elle est rédigée dans un bref paragraphe (qui inclut des remarques envers l’UNRWA) au sein de la validation annuelle de l’ensemble des budgets de l’UE. Les auteurs de ces attaques se font fort d’en relever le vote [1] très majoritaire, vote rappelons-le qui porte sur l’ensemble du budget 2026. Manipulation !
L’acharnement de certains députés français – où l’on retrouve Caroline Yadan, députée des Français de l’étranger – les conduit à diverses reprises, en s’appuyant sur le vote du Parlement européen, à exiger de la France le gel de toute aide au système éducatif palestinien. Caroline Yadan, déjà, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, en novembre 2024 revient obsessionnellement sur le sujet en interrogeant Hala Abou Hassira, alors représentante de l’Autorité palestinienne en France. Il s’avère que des exemples cités par Caroline Yadan en 2025 sont, d’après le rapport Eckert, déjà corrigés.
En avril 2023, les députés européens se sont appuyés sur les travaux commandités à l’Institut Georg Eckert, autorité reconnue [2]. Le Parlement européen saluait les résultats de l’étude sur les manuels scolaires palestiniens réalisée par l’Institut Georg Eckert qui révèle une situation complexe et confirme qu’ils respectent les normes de l’UNESCO et adoptent des critères prépondérants de la pratique internationale en matière d’éducation, y compris une attention particulière portée aux droits de l’Homme, bien que les manuels fassent également preuve d’hostilité envers Israël dans le contexte du conflit israélo-palestinien.
Une lecture plus fine du Rapport de l’Institut Georg Eckert déconstruit la virulence des arguments. Par exemple, si les manuels d’histoire, de géographie et d’études sociales placent systématiquement les faits de violence dans le récit de la résistance nationale, les élèves des classes supérieures sont invités à réfléchir à l’utilisation de différents moyens de résistance et de les évaluer, avec « un accent nouveau sur la lutte par la plume et la langue ».
Les travaux des chercheurs décrivent le contexte dans lequel le système éducatif palestinien résiste. Ils ajoutent que dans un État en construction, soumis à des contraintes majeures d’occupation, il est impossible de nier la nécessité de forger une conscience nationale collective. Que le terme « sionisme » soit utilisé pour qualifier des situations d’occupation et d’annexion, est-ce condamnable alors que c’en est le fondement politique et idéologique ?
Les travaux israéliens sur les manuels palestiniens sont biaisés, car toute analyse historique ou exemples de l’occupation y sont vite qualifiés d’hostiles ou d’antisémites.
Nurit Peled Elayan, universitaire israélienne, a documenté de façon approfondie ce que disent les manuels israéliens de la Palestine . Ainsi, la négation de son existence sur des cartes ou l’arriération du peuple palestinien. Le récit israélien parle de « territoires disputés ». On sait ce qu’en dit le Droit.
Il s’agit de délégitimer l’histoire de la Palestine et l’identité palestinienne. Et à Jérusalem-Est de la gommer : un exemple, dans un exercice de grammaire en langue arabe la phrase « Le Keffieh est devenu un symbole national du peuple palestinien » a été remplacé par « L’espoir est devenu notre slogan ». Cette censure systématisée est étudiée depuis des années par Samira Alayan.
La guerre d’Israël contre le peuple palestinien se joue sur tous les fronts, alors que depuis plus de 75 ans l’éducation en Palestine – avec les réussites que l’on connaît – est considérée à juste titre comme un enjeu majeur de sa lutte nationale. En France, il nous faut rester vigilants pour que le seul récit enseigné ne soit pas celui de l’occupant.
Le GT manuels scolaires
Photo : Des véhicules palestiniens circulent sur la rocade orientale, à Az Za’ayyem, en Cisjordanie. Cette route comporte des voies séparées pour les conducteurs palestiniens et israéliens, délimitées par un mur de béton de huit mètres de haut. © Ahmad Al-Bazz/Activestills




