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Accueil > Informations > Analyses > Les reconnaissances occidentales de la Palestine : entre opportunités et risques
Analyses
vendredi 7 novembre 2025
PAL SOL n°94, par Mohammed Iriqat

Les reconnaissances occidentales de la Palestine : entre opportunités et risques

En 2025, une série de reconnaissances internationales de l’État palestinien ont été exprimées, principalement de la part des pays d’Europe occidentale. Si elles représentent un gain politique et moral indéniable pour les Palestiniens, elles soulèvent également des questions complexes, ainsi que des risques.

Pendant de nombreuses années, le discours officiel européen liait toute reconnaissance de l’État palestinien aux résultats des négociations avec Israël, comme si la légitimité palestinienne dépendait de l’approbation de la puissance occupante. Aujourd’hui, avec l’accélération de la colonisation en Cisjordanie, la poursuite de la guerre ouverte à Gaza et l’absence de tout horizon réel pour le processus de paix, certains pays occidentaux se sont trouvés contraints de rompre avec cette règle ancienne et de procéder à la reconnaissance, même de manière conditionnelle ou symbolique.

Ces reconnaissances représentent un gain politique et moral pour les Palestiniens, mais elles soulèvent également des questions complexes : comment vont-elles affecter le fonctionnement de l’Autorité palestinienne et des institutions constitutionnelles absentes depuis des années ? Ouvriront-elles un nouvel horizon pour le projet national palestinien ou le reformuleront-elles selon des agendas extérieurs ? Et quels sont les risques que la Palestine se transforme en simple entité politique sans territoire ni souveraineté, à l’image de l’ordre des Chevaliers de Malte, reconnu internationalement mais dépourvu de contrôle réel sur un territoire ?

Le droit international est clair à cet égard, comme l’a souligné la rapporteuse spéciale aux droits de l’Homme dans les territoires palestiniens, Francesca Albanese, dans son premier rapport après sa nomination. Elle a insisté sur le fait que lier la reconnaissance de l’État palestinien aux négociations bilatérales avec Israël constitue une violation du droit international. L’occupation militaire elle-même est un acte illégal, et conformément aux règles de responsabilité des États, elle doit cesser immédiatement et les victimes doivent être indemnisées sans attendre aucune négociation [1].

Transformer l’occupation en sujet de négociation revient à la légitimer et à la prolonger, ce qui consolide la logique de la force au détriment du droit. La reconnaissance de l’État palestinien est un droit légal et moral, et non une faveur politique ni une carte à jouer dans les négociations.

Israël et les États-Unis ont rapidement compris le danger que représentait l’approche palestinienne des institutions internationales, en particulier après que la Palestine a obtenu le statut d’État observateur à l’ONU en 2012 et son adhésion à des organisations telles que la Cour pénale internationale et l’UNESCO. Washington a répondu par une série de sanctions : refus de visas pour les responsables palestiniens [2], restriction de l’aide financière et remise en question de la légitimité de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), classée initialement sur les listes américaines du terrorisme.

Israël, quant à lui, a adopté une stratégie plus complexe : affaiblir l’Autorité palestinienne tout en mettant en avant le Hamas. Le ministre israélien extrémiste Bezalel Smotrich a résumé cette politique en 2015 en déclarant que « l’Autorité est un obstacle, et le Hamas un trésor ». Le Hamas, classé terroriste, peut toujours justifier sa confrontation par Israël, tandis que l’Autorité est une entité reconnue internationalement, capable de saisir les institutions internationales pour tenir Israël responsable, ce qui constitue un réel danger pour l’État israélien [3].

Cette politique s’est traduite dans deux domaines principaux.
Le premier est le domaine financier, où Israël contrôle le système de compensation qui génère environ 65 % des recettes nettes de l’Autorité [4]. Au lieu de transférer l’intégralité des fonds dus conformément au protocole de Paris, Israël a pratiqué des retenues répétées et imposé une commission de 3 % [5], utilisant cet outil comme sanction politique. Résultat : l’Autorité a été incapable de payer les salaires en totalité et n’a versé en avril 2025 que 35 % des rémunérations des fonctionnaires civils et militaires [6], paralysant les secteurs de l’éducation, de la santé et de la fonction publique.

Le second domaine est celui de la colonisation et de la confiscation : plus de deux millions de dunums ont été expropriés – soit un tiers de la Cisjordanie – et des dizaines de colonies ont été consolidées, atteignant plus de 149 début 2024 [7], avec l’adoption du plan E1 visant à couper la continuité géographique entre le nord et le sud de la Cisjordanie.

Dans ce contexte, de nouvelles perspectives de reconnaissance occidentales ont émergé. Certaines visaient à protéger ce qui restait de l’idée de solution à deux États, tandis que d’autres étaient perçues comme des sanctions politiques contre Israël. Cependant, ces reconnaissances ne sont pas gratuites, elles sont conditionnées : réformer l’Autorité palestinienne, renouveler sa légitimité par des élections, modifier les programmes scolaires, suspendre les allocations aux prisonniers et aux martyrs, et réorganiser les institutions de gouvernance.

Le paradoxe est clair : la reconnaissance devrait affirmer le droit du peuple palestinien à l’autodétermination sans condition, mais ces exigences la transforment en une forme de tutelle politique. Pire encore, elles pourraient servir à réorienter le projet national palestinien selon des agendas occidentaux plutôt que selon les aspirations du peuple palestinien.

Pour comprendre l’impact de ces reconnaissances, il faut examiner la crise de légitimité interne. Le Conseil législatif palestinien, selon la loi fondamentale, est censé assurer la présidence par intérim en cas de vacance du poste présidentiel. Mais il a été dissous par une décision de la Cour constitutionnelle, ouvrant la voie à un vide constitutionnel en cas d’absence du président actuel. En 2021, les Palestiniens ont tenté de briser cette impasse en organisant des élections législatives et présidentielles. Israël a refusé que la campagne électorale se déroule à Jérusalem-Est, entraînant l’annulation complète des élections.

Ce refus n’était pas seulement une mesure administrative, mais une consolidation de la situation de fait qui considère les habitants de Jérusalem comme des « résidents sans droits politiques », bien qu’ils aient participé aux élections de 1996 et 2006. Accepter cette situation implique une reconnaissance tacite de la souveraineté israélienne sur Jérusalem, menaçant d’empêcher que la ville puisse être la capitale future d’un État palestinien.

Face à cette impasse, le Conseil national palestinien est revenu au premier plan. Le président Mahmoud Abbas a appelé à l’élection de ses membres, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays, dans le but de renouveler la légitimité de l’OLP, toujours considérée comme le représentant légitime et unique du peuple palestinien. Contrairement à l’Autorité créée par les accords d’Oslo comme administration autonome temporaire, l’OLP possède une légitimité plus profonde, fruit de décennies de lutte des Palestiniens à l’intérieur et dans la diaspora, et a obtenu une reconnaissance arabe et internationale pour son rôle unificateur.

Lier les reconnaissances internationales au Conseil national signifie reconnaître que la légitimité palestinienne ne se limite pas à l’Autorité et à sa gestion restreinte, mais se concrétise dans l’OLP comme cadre englobant tout le peuple palestinien.

Malgré ces reconnaissances, le danger demeure que la Palestine devienne un « État symbolique » sans souveraineté, reconnu internationalement mais sans contrôle réel sur un territoire. Si la colonisation israélienne se poursuit et que les terres continuent d’être confisquées, la reconnaissance de la Palestine restera purement formelle : un drapeau à l’ONU, des ambassades à l’étranger, mais aucun contrôle réel sur le territoire ou les ressources. La question palestinienne se transformerait alors d’un conflit de libération territoriale et identitaire en une simple entité politique symbolique vivant de l’aide internationale.

La reconnaissance ne signifie donc pas automatiquement l’exercice du droit à l’autodétermination. La reconnaissance concerne l’entité politique, tandis que l’autodétermination concerne le peuple et la terre. Certes, les reconnaissances successives peuvent accumuler une pression politique et accentuer l’isolement d’Israël, mais elles n’arrêteront pas la colonisation du jour au lendemain, ne ramèneront pas les réfugiés, et ne donneront pas aux Palestiniens le contrôle de leurs ressources.

Les expériences internationales le confirment : le Kosovo a obtenu de larges reconnaissances mais reste politiquement et économiquement enclavé, et le Soudan du Sud a obtenu l’indépendance et une reconnaissance internationale, mais a sombré dans la guerre civile.
La conclusion est que la reconnaissance internationale est nécessaire mais insuffisante sans unité interne forte, institutions solides et projet national clair.

Une autre erreur serait de transformer la reconnaissance de la Palestine en sanction contre Israël. Certains pays occidentaux – comme le Royaume-Uni – ont déclaré que la reconnaissance pouvait envoyer un message punitif à Tel-Aviv pour la poursuite de la colonisation. Or, la reconnaissance de l’État palestinien n’est pas une sanction contre Israël, mais un droit fondamental des Palestiniens.

Les véritables sanctions doivent viser Israël par des mesures concrètes : retrait de son siège à l’ONU, sanctions économiques et diplomatiques, activation du boycott, et même l’envoi de forces de maintien de la paix internationales pour protéger les civils et mettre fin à l’occupation.
Se limiter à la reconnaissance sans ces actions revient à offrir un simple certificat symbolique aux Palestiniens sans changement réel dans l’équilibre des forces sur le terrain.

En conclusion, nous sommes face à un moment qui combine opportunités et menaces.
D’une part, les reconnaissances occidentales renforcent la position de la Palestine sur la scène internationale et consolident l’idée de l’État dans la conscience mondiale.
D’autre part, elles risquent de devenir un instrument pour consolider une « Autorité sans pouvoir », un État symbolique sans territoire, ou un projet national redéfini selon des conditions extérieures.

Dans ce contexte complexe, l’unité nationale palestinienne reste l’unique option incontournable.
Elle seule peut restaurer la légitimité interne, fournir une base solide pour tirer parti des reconnaissances internationales, et protéger le projet national contre toute manipulation externe.
L’unité n’est pas un simple slogan émotionnel, mais une nécessité politique et existentielle. Dans un contexte de division, Israël peut exploiter les divergences entre factions pour renforcer son contrôle.
Mais si les Palestiniens s’unissent autour d’un projet national inclusif – qu’il s’agisse d’un État indépendant sur les frontières de 1967, d’un État unique avec des droits égaux, ou d’une formule confédérale – les reconnaissances internationales deviennent un véritable levier pour soutenir la libération.

Le plus grand danger aujourd’hui n’est pas seulement la poursuite de l’occupation ou l’échec des négociations, mais que les Palestiniens perdent la capacité de définir eux-mêmes leur projet national.
Les reconnaissances internationales sont importantes, mais elles risquent de devenir une nouvelle contrainte si elles ne s’accompagnent pas d’une volonté palestinienne unifiée et d’institutions légitimes représentant réellement le peuple.

L’unité nationale est la seule garantie pour empêcher que la Palestine ne devienne une nouvelle version de l’ordre des Chevaliers de Malte : un État sans territoire, sans souveraineté et sans projet commun.
C’est la seule voie pour que la reconnaissance internationale devienne une porte vers la liberté réelle, et non une simple reconnaissance symbolique dans les registres de l’ONU.

Mohammed Iriqat, chercheur en droit international

(1) A/77356

(2) Sanctioning Officials of the Palestinian Authority and Members of the Palestine Liberation Organization https://www.state.gov/

(3) ערוץ הכנסת - בצלאל סמוטריץ’ : “רואה באבו-מאזן נטל ובחמאס נכס”, 7.10.15 https://www.youtube.com/watch?v=pB16PMEPuiM

(4) https://www.prc.ps/%D8%A5%D9%8A%D8%B1%D8%A7%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D9%85%D9%82%D8%A7%D8%B5%D8%A9-%D9%88%D8%A7%D9%84%D8%
AA%D8%B3%D8%B1%D8%A8-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%A7%D9%84%D9%8A/

(5) Palestine Monetary Authority https://www.pma.ps/Portals/0/Users/002/02/2/Publications

(6) https://www.alaraby.co.uk/economy/%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%84%D8%B7%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%81%D9%84%D8%B3%D8%B7%D9%8A%D9%86
%D9%8A%D8%A9-%D8%AA%D8%AF%D9%81%D8%B9-35-%D9%85%D9%86-%D8%B1%D9%88%D8%A7%D8%AA%D8%A8

(7) السامري الشرير 2024 كيرم نابوت السلام الان ص 12

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