Photo : La Nouvelle Gaza est présentée au Forum Economique Mondial à Davos, 22 janvier 2026 © utilisateur X
Alors que les milieux diplomatiques saluent la récupération de la dépouille du dernier prisonnier israélien à Gaza et la réouverture partielle imminente du poste-frontière de Rafah avec l’Égypte, une réalité plus sombre et plus discrète se dessine sur le terrain.
Selon les commentaires du général israélien à la retraite Amir Avivi, qui continue de conseiller l’armée, Israël a déblayé des terres à Rafah, une zone du sud de la bande de Gaza qu’il avait déjà rasée au cours de plus de deux ans de guerre génocidaire, afin de construire une immense installation destinée à renforcer son contrôle militaire et sa présence à Gaza à long terme.
S’adressant mardi à l’agence de presse Reuters, Avivi a décrit le projet comme un « grand camp organisé » capable d’accueillir des centaines de milliers de personnes, précisant qu’il serait équipé de « contrôles d’identité, y compris la reconnaissance faciale », afin de suivre chaque Palestinien entrant ou sortant.
Corroborant les affirmations d’Avivi, une analyse exclusive réalisée par l’équipe d’investigation numérique d’Al Jazeera confirme que les préparatifs sur le terrain pour ce projet sont déjà bien avancés.
Des images satellites prises entre le 2 décembre et lundi révèlent d’importantes opérations de déblayage dans l’ouest de Rafah. L’analyse identifie une zone d’environ 1,3 km² (un demi-mile carré) qui a fait l’objet d’un nivellement systématique.
Selon l’enquête, les opérations ont dépassé le simple déblaiement des débris et ont impliqué le nivellement de terres précédemment dévastées par les frappes aériennes israéliennes.
La zone déblayée est située à proximité de deux postes militaires israéliens, ce qui suggère que le nouveau camp sera sous la supervision militaire directe et immédiate. Les preuves satellitaires concordent avec les informations selon lesquelles l’installation servira de « zone de rétention » contrôlée plutôt que d’abri humanitaire.
Le piège du retour
Pour les analystes de Gaza, cette infrastructure high-tech prévue ne cache aucune intention humanitaire. Selon eux, il s’agit en réalité d’un piège tendu aux Palestiniens.
« Ce qu’ils sont en train de construire est, en réalité, un mécanisme de tri humain qui rappelle les points de sélection de l’époque nazie », a déclaré Wissam Afifa, analyste politique basé à Gaza, à Al Jazeera. « C’est un outil de filtrage racial et la poursuite du génocide par d’autres moyens. »
La réouverture du passage de Rafah, provisoirement prévue pour jeudi selon le Jerusalem Post, s’accompagne de conditions strictes imposées par Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a insisté sur un « contrôle sécuritaire » total.
Pour les Palestiniens qui espèrent retourner à Gaza, cela signifie se soumettre à ce que Wissam Afifa décrit comme des « stations de tri humain ».
« Ce mécanisme est conçu pour dissuader les retours », a déclaré Wissam Afifa. « Les Palestiniens seront soumis à des interrogatoires, à des humiliations et risqueront d’être arrêtés à ces points de contrôle gérés par Israël, simplement pour rentrer chez eux. »
En tirant parti de la technologie de reconnaissance faciale confirmée par Avivi, Israël crée une épreuve très risquée pour les rapatriés, a-t-il déclaré. Afifa a fait valoir que cela obligera de nombreux Palestiniens à choisir l’exil plutôt que de risquer de passer par le « centre de tri », ce qui servira l’objectif de longue date d’Israël de dépeupler la bande de Gaza.
Occupation permanente à l’intérieur de la « ligne jaune »
Le camp de Rafah n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste. Israël occupe en effet l’ensemble de Gaza avec une présence militaire physique dans 58 % de la bande de Gaza. Ses forces occupent directement une zone située à l’intérieur de la « ligne jaune », une zone tampon militaire israélienne autoproclamée établie par un cessez-le-feu en octobre.
« Nous assistons à une refonte de la géographie et de la démographie de Gaza », a déclaré Afifa. « Environ 70 % de la bande de Gaza est désormais sous contrôle militaire direct d’Israël. »
Cette évaluation d’une présence permanente est renforcée par les propres déclarations de Netanyahu devant la Knesset lundi. En déclarant que « la prochaine phase est la démilitarisation », ou le désarmement du Hamas, plutôt que la reconstruction, Netanyahu a signalé que l’occupation militaire n’avait pas de date de fin.
« Le discours sur la « reconstruction » qui commence à Rafah selon les spécifications de sécurité israéliennes suggère qu’ils sont en train de construire une infrastructure de sécurité permanente, et non un État palestinien souverain », a ajouté Afifa.
Une « mise en scène » de paix
Pour les plus de deux millions de Palestiniens de Gaza, l’espoir que le retour du dernier prisonnier israélien apporterait un soulagement s’est transformé en frustration.
« Il y a un profond sentiment de trahison », a déclaré Afifa. « Le monde a célébré la libération d’un corps israélien comme un triomphe, alors que deux millions de Palestiniens restent otages sur leur propre terre. »
Afifa a averti que le silence international concernant ces « stations de tri » risquait de les normaliser. Si le modèle de Rafah réussit, il transformerait Gaza d’un territoire assiégé en une prison high-tech où le simple fait de voyager deviendrait un outil d’asservissement, a-t-il déclaré.
« Israël se comporte comme s’il allait rester pour toujours », conclut Afifa. « Et le monde assiste au spectacle de la paix pendant que les murs de la prison sont renforcés. »
Traduction : AFPS




