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Accueil > Informations > Actualités > Les enfants de Gaza ont peur que le fait de faire voler leurs cerfs-volants les fasse tuer
Actualités
samedi 29 août 2026
Mondoweiss par Tareq S. Hajjaj

Les enfants de Gaza ont peur que le fait de faire voler leurs cerfs-volants les fasse tuer

Israël considère tout cerf-volant qui vole dans Gaza comme un "acte de guerre" et a ordonné à l’armée de les traiter comme des drones. « Je ne sais pas ce qu’on peut faire qui ne mette pas Israël en colère » confie Muhammad Owais, 13 ans, qui peine à comprendre les règles de cette nouvelle réalité.

Photo : Un enfant de Gaza fabrique des cerfs-volants à partir de matériaux de récupération, août 2026. Crédit : Muhammad Eslayeh.

Muhammad Owais, 13 ans, a fabriqué son cerf-volant avec l’aide de ses frères et sœurs dans un camp de déplacés situé à l’ouest de la ville de Gaza. Depuis plus d’une semaine, il n’ose plus sortir en fin d’après-midi, comme il le faisait auparavant, pour le regarder s’élever vers le ciel.

« Mon père m’a formellement interdit de le faire voler » a déclaré Muhammad, s’adressant à Mondoweiss avec l’accord de ses parents. « Il m’a dit : “Si tu le fais voler, tu seras immédiatement bombardé.” Je veux jouer. Je ne veux pas mourir. »

Le cerf-volant est fabriqué à partir de sacs en plastique récupérés dans les ordures, de fines baguettes en bois et de ficelle. Parfois, on utilise du papier à la place du plastique. Il n’a rien couté et sa fabrication a prit une après-midi. Mais compte tenu de la posture militaire d’Israël envers Gaza, ça pourrait aussi bien être une arme.
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Cette peur s’est répandue parmi les enfants de toute la bande de Gaza à la suite des avertissements israéliens concernant des cerfs-volants qui dériveraient de Gaza vers les colonies israéliennes situées près de la frontière. Pour ces enfants qui n’ont presque plus rien pour se divertir, les cerfs-volants faits main comptent parmi les rares jouets qu’ils peuvent fabriquer avec les matériaux qu’ils trouvent.

Le 23 août, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israel Katz ont tenu une réunion d’évaluation de la sécurité avec de hauts responsables militaires au sujet de ce qu’Israël a qualifié de menace liée aux drones, ballons et cerfs-volants lancés depuis Gaza. Ils ont averti le Hamas que si ces lancements se poursuivaient, Israël intensifierait ses frappes ciblées contre les responsables et évacuerait les populations des zones utilisées comme "sites de lancement".

Katz avait auparavant ordonné à l’armée israélienne d’agir "immédiatement et avec fermeté" contre tout nouveau lancement de cerfs-volants, déclarant qu’un cerf-volant devait être traité comme un drone "avec ou sans explosifs" et qualifiant chaque lancement d’acte de guerre.

Pourtant, l’armée israélienne elle-même a indiqué qu’au moins quatre cerfs-volants récupérés près de Nahal Oz ne contenaient aucun matériel suspect et ne représentaient aucun danger pour la population.

Pour les familles de Gaza, cependant, la distinction entre un cerf-volant inoffensif et une cible militaire israélienne n’est pas une question théorique. Il s’agit de savoir si leurs enfants peuvent sortir en sécurité.

Un cerf-volant reste un cerf-volant

À Gaza, un cerf-volant n’est pas un objet inhabituel. C’est l’un des loisirs traditionnels de l’enfance, transmis de génération en génération.

Depuis toujours, les enfants font voler des cerfs-volants depuis les toits, le long de la plage ou dans tous les espaces ouverts qu’ils peuvent trouver. Ils les fabriquent avec les matériaux à leur disposition, dessinant le drapeau palestinien sur certains, décorant d’autres avec des étoiles, des couleurs vives et des formes variées.

Pour les enfants qui grandissent sous le siège et la guerre, le plaisir de voir leurs cerfs-volants emportés par le vent est devenu encore plus important. Mais aujourd’hui, les parents les leur retirent.

Khaled Owais, 36 ans, le père de Muhammad, explique qu’il lui est pénible d’empêcher son fils de jouer avec un jouet qu’il a aidé à fabriquer. Mais il est également terrifié à l’idée de ce qui pourrait arriver si Muhammad était vu avec ce jouet, alors que des drones survolent constamment la région et que les forces israéliennes maintiennent une présence près de la "ligne jaune", la frontière séparant les zones du territoire contrôlées par Israël de celles contrôlées par le Hamas.

« Je ne vais pas sacrifier sa vie juste pour qu’il puisse jouer un petit moment » a poursuivi Khaled. « Nous ne voulons pas de ces jouets. Tout ce que je veux, c’est assurer la sécurité de ma famille. »

Il a du mal à concilier la menace avec l’objet lui-même. « Quel danger ces objets pourraient-ils bien représenter ? Comment peut-on dire que du papier et des baguettes attaquent des soldats lourdement armés et installés dans des chars blindés ? Ces cerfs-volants sont-ils devenus des missiles ? »

Muhammad a du mal à comprendre les règles de cette nouvelle réalité. « Je ne sais pas ce que nous pouvons faire pour qui ne mette pas Israël en colère et qu’il nous bombarde » a-t-il déclaré.

Selon l’UNICEF, les enfants comptent déjà parmi les plus touchés psychologiquement par la guerre. D’après le rapport de l’UNICEF de juin 2026, on estime que la quasi-totalité des quelque 1,1 million d’enfants de Gaza ont besoin d’un soutien psychosocial. La disparition de l’une des dernières sources de jeu et d’expression personnelle représente un coup dur supplémentaire pour une génération déjà dévastée.

Une "déclaration de guerre" ?

En 2018, des Palestiniens ont lancé des cerfs-volants et des ballons incendiaires en direction du sud d’Israël lors des manifestations de la "Grande Marche du retour" le long de la frontière entre Gaza et Israël. Certains transportaient des morceaux de tissu enflammés ou d’autres matériaux incendiaires et étaient délibérément poussés par le vent vers les terres agricoles israéliennes.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, plus de 750 incendies avaient été recensés en juillet 2018, brûlant environ 7 400 acres de terres, pour des dégâts estimés à plus de 2,2 millions de dollars. Des rapports ultérieurs ont porté le nombre d’incendies à environ 1 200 à la fin du mois de juillet.

Ces cerfs-volants incendiaires s’inscrivaient dans un mouvement de protestation plus large réclamant la fin du blocus de Gaza et le droit au retour des réfugiés palestiniens. Mais pendant des mois, ce mouvement de protestation est resté largement non violent, et de nombreux participants aux manifestations n’étaient affiliés ni au Hamas ni à aucune autre faction palestinienne. Pourtant, Israël a répondu à ces manifestations largement non violentes par des tirs à balles réelles, mutilant et blessant des milliers d’autres personnes au cours des mois qui ont suivi. C’est dans ce contexte que les tactiques de protestation se sont intensifiées, notamment avec l’utilisation de ballons incendiaires.

Cette histoire est aujourd’hui à nouveau invoquée. Mais la différence est cruciale : les cerfs-volants que les autorités israéliennes ont récemment déclaré avoir retrouvés en Israël n’auraient pas transporté de matériaux incendiaires ou explosifs. L’armée israélienne elle-même a confirmé que les cerfs-volants récupérés ne présentaient aucun danger.

Pourtant, Israël a choisi de classer les cerfs-volants ordinaires dans la même catégorie que les drones et les ballons incendiaires. La formulation de Katz est révélatrice : il décrit le lancement de tout cerf-volant comme "un acte de guerre" et précise « qu’un ballon est traité comme un cerf-volant, et un cerf-volant comme un drone, avec ou sans explosifs ».

Cela signifie que l’objet en lui-même n’a plus d’importance. Le simple fait de le lancer est présenté comme une menace militaire.

À Gaza, certains considèrent que cet intérêt renouvelé pour les cerfs-volants relève moins d’une véritable préoccupation sécuritaire que d’un nouveau prétexte potentiel à l’escalade.

Un journaliste basé à Gaza, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré à Mondoweiss que les allégations concernant les cerfs-volants et les ballons n’avaient pas grand-chose à voir avec les jouets artisanaux que les enfants font voler depuis les camps de déplacés et qu’elles pourraient servir un objectif de politique intérieure pour le gouvernement de Netanyahou – permettant ainsi aux dirigeants israéliens de présenter la moindre menace perçue en provenance de Gaza comme une preuve de leur vigilance.

Le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a rejeté les accusations israéliennes, qualifiant les cerfs-volants de jouets pour enfants et affirmant que les menaces israéliennes reposaient sur des "prétextes inventés" destinés à justifier la poursuite des violations à l’encontre des Palestiniens.

De retour dans le camp de déplacés situé à l’ouest de la ville de Gaza, Muhammad n’a plus fait voler son cerf-volant depuis l’avertissement de son père. Il ne sait pas trop quoi en faire. Il ne sait même pas vraiment ce qu’il a le droit de faire.

« Après avoir tout perdu - leurs maisons, leurs familles, leurs écoles, voire leur enfance -, ils apprennent désormais une nouvelle leçon » a déclaré son père. « Même le ciel n’est pas à eux. »

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Gaza
  • Chronique de l’occupation

Source

Publié par : Mondoweiss

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