Photo : Armée israélienne à Gaza © Quds News Network.
Selon Mediapart, les exportations d’armes françaises vers Israël ont atteint en 2024 un niveau jamais vu depuis huit ans, dans un contexte de forte augmentation des ventes d’armes françaises à l’échelle mondiale.
Le média français a obtenu le rapport 2025 du ministère de la Défense sur les exportations d’armes, qui n’a pas encore été rendu public.
Il montre qu’en 2024, la France a "signé sa deuxième meilleure performance historique" au niveau mondial, avec 21,6 milliards d’euros de commandes, et qu’Israël fait partie des États qui connaissent une année record en matière d’achats d’armes françaises.
Selon le rapport, les commandes d’Israël ont totalisé 27,1 millions d’euros en 2024, un montant qui n’avait pas été atteint depuis 2017.
Au-delà de ces commandes, les livraisons à Israël se sont élevées à 16,1 millions d’euros, un chiffre conforme à la moyenne des dix dernières années.
Le rapport indique également que si le nombre de licences accordées pour l’exportation d’armes vers Israël a diminué, passant de 75 en 2023 à 50 en 2024, le montant autorisé a plus que doublé, passant de 176,2 millions d’euros à 387,8 millions d’euros.
La question des ventes d’armes françaises à Israël est très controversée depuis le début du génocide perpétré par Israël à Gaza, qui a déjà coûté la vie à plus de 64 000 Palestiniens.
Les médias d’investigation et les ONG ont maintes fois dénoncé les livraisons d’équipements militaires français à Israël malgré le génocide en cours, tandis que les députés ont accusé le gouvernement de manque de transparence et de contrôle parlementaire sur cette question.
Les justifications répétées du ministère sont réitérées dans le rapport : "Dans le contexte de la guerre à Gaza, la France ne livre pas d’armes à Israël, mais exporte des composants destinés spécifiquement à être intégrés dans des systèmes de défense ou à être réexportés vers des pays tiers. Les deux tiers de ces commandes correspondent à des composants qui seront intégrés dans des équipements réexportés vers des pays tiers, conformément à l’augmentation de la demande généralisée d’équipements de défense et à la position mondiale de l’industrie israélienne."
En mars, dans une réponse écrite à un sénateur communiste, le ministre de la Défense Sébastien Lecornu a écrit que "la très petite partie des exportations qui s’avère effectivement destinée aux forces armées israéliennes" consiste en des équipements de défense aérienne destinés au système antimissile israélien Iron Dome.
Le ministre a déclassifié un document en juin pour étayer ses déclarations.
"Essentiel pour les opérations terrestres"
Dans le rapport 2025, le ministère minimise l’augmentation des commandes israéliennes, qui ne représentent que "0,13 % du total des commandes enregistrées".
À titre de comparaison, les commandes d’armes françaises se sont élevées à 1,25 milliard de dollars pour l’Irak, 718 millions de dollars pour les Émirats arabes unis et 170 millions de dollars pour l’Arabie saoudite.
Quant aux licences approuvées par l’État, système permettant au gouvernement de s’assurer que les ventes sont conformes aux engagements internationaux de la France en matière de contrôle des armements et de non-prolifération, notamment en fixant des conditions, le ministre justifie leur doublement à destination d’Israël par "la nécessité d’autoriser, comme cela se produit environ tous les trois ans, un flux de composants de munitions qui seront réexportés vers la France pour répondre aux besoins nationaux".
En 2024, deux licences d’une valeur de 122 millions d’euros ont été accordées à Israël dans la catégorie ML3 ("munitions et dispositifs de réglage de roquettes"), six licences d’une valeur de 6,4 millions d’euros ont été délivrées pour des équipements ML5 ("équipements de contrôle de tir, de surveillance et d’alerte") et trois licences, d’une valeur de 5 millions d’euros, pour la catégorie M15 ("équipements d’imagerie ou de contre-mesures").
Aymeric Elluin, responsable du plaidoyer sur les armes à Amnesty International France, a déclaré à Mediapart que "ces équipements d’imagerie et de contrôle de tir sont essentiels pour mener des opérations terrestres".
Le rapport indique qu’en 2024, la France a explicitement ou implicitement refusé 54 demandes de licence, sans préciser pour chaque pays, rapporte Mediapart. Les licences ne donnent pas automatiquement lieu à une commande ou à une livraison.
Alors que la France est signataire de plusieurs textes interdisant la livraison d’armes s’il existe un risque qu’elles soient utilisées pour commettre des crimes de guerre, Paris reste insensible aux demandes émanant de la société civile visant à imposer un embargo total sur les ventes d’armes à Israël, contrairement à des pays comme la Russie et l’Iran.
Les militants estiment toutefois que l’interdiction des ventes d’armes serait un moyen plus efficace de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à la guerre que l’annonce faite par Paris de reconnaître l’État palestinien à l’Assemblée générale des Nations unies à la fin du mois.
Traduction : AFPS




