La plupart de ces tribus ont été déplacées pendant la Nakba de 1948 et, comme le reste du peuple palestinien, elles ont été dispersées dans diverses régions (Gaza, Égypte, Cisjordanie, Jordanie). Environ 15 000 Bédouins sont restés dans le Naqab en 1948. L’autorité coloniale sioniste les a forcés à se concentrer dans la région d’Al-Sayag au nord-est du Naqab (Néguev, pour Israël) pendant la domination militaire (1948 à 1966). L’objectif était de les déposséder de leurs terres, de saper leurs moyens de subsistance basés sur l’élevage, de restreindre leur accès à de vastes zones de pâturage et d’accroître leur dépendance à l’égard des moyens de subsistance alternatifs fournis par le gouvernement colonial afin de renforcer leur assujettissement.
Les Bédouins palestiniens du Naqab
Bien qu’opposés à ces politiques ils sont contraints de s’installer dans des villes planifiées dont 7 sont reconnues officiellement par l’autorité coloniale. Ils y sont environ 170 000 Bédouins à y vivre. Alors qu’environ 100 000 vivent sur leurs terres ancestrales dans 35 villages non reconnus, dépourvus de services de base [2]. Ils y résident dans des cabanes et des maisons en ciment qui font l’objet de démolitions répétées de la part des autorités israéliennes [3] .
Malgré cela, les Bédouins persistent et continuent de revendiquer leur droit à la propriété foncière et rejettent tous les plans israéliens visant à les déposséder. Nombre d’entre eux se rendent régulièrement sur leurs terres, notamment à l’occasion d’événements nationaux (Journée de la Nakba, Journée de la terre…) afin de réaffirmer leurs droits et leur attachement cette terre qu’on veut leur confisquer
Les Bédouins en Cisjordanie
De nombreuses tribus bédouines résident en Cisjordanie, en particulier sur les pentes orientales des montagnes de Cisjordanie et dans la vallée du Jourdain. Certaines s’y sont installées dès 1930, comme Al-Sawahreh et Al-Ta’amreh. D’autres tribus, comme Al-Rashaida, Al-Ka’abneh, Al-Ramadin et Al-Jahalin, ont continué à pratiquer l’élevage et la mobilité saisonnière. D’autres les ont rejoints progressivement dans les années 1950-1960, quittant le sud de la Cisjordanie et la région entourant la mer Morte. Cette migration a été due en particulier à l’augmentation des populations bédouines, ce qui a créé une pression sur les pâturages et les ressources en eau, tension exacerbée par le déplacement de certaines tribus, comme Al-Jahalin, du nord du Naqab (Tel Arad) et du sud de la région de la mer Morte après qu’elles aient été privées de leurs pâturages et de leurs sources, saisis par Israël lors de la Nakba. Une grande partie des familles de ces tribus ont été déplacées en Jordanie pendant la Naksa en 1967.
Entre 1967 et les accords d’Oslo (1993-1994), le régime colonial sioniste a mené de nombreuses attaques contre les communautés bédouines. Ces agressions comprenaient des ordres de démolition, des restrictions sur les zones de pâturage, des déplacements forcés répétés, la confiscation du bétail et l’arrestation de bergers. Si bien que les Bédouins ont continué à se déplacer et à occuper de façon saisonnière diverses régions de la Cisjordanie, conformément à leur mode de vie basé sur l’élevage transhumant.
L’intensité et la fréquence des agressions contre les Bédouins ont augmenté de manière significative au cours de la période qui a suivi les accords d’Oslo au milieu des années 1990.
Les Bédouins de Cisjordanie vivent principalement en zone C [4], où se trouvent les pâturages dont ils dépendent. Ils forment donc un obstacle important à l’expansion sioniste dans la zone C. Bien qu’ils soient relativement peu nombreux, ils sont répartis sur de vastes étendues de terres utilisées à la fois pour l’habitat et l’élevage.
Leurs moyens de subsistance, basés sur l’élevage et la vie dans des tentes et des baraquements sont constamment menacés. Il leur est interdit de développer des infrastructures ou d’accéder aux services dans leurs communautés. Néanmoins, leur mode de vie leur a permis de continuer à exister et à résister dans des zones stratégiques essentielles à l’expansion coloniale, faisant de leur présence une forme de constance et de défi.
Ces dernières années, les agressions israéliennes contre leurs communautés se sont considérablement intensifiées, créant un environnement violent et coercitif, créant les conditions d’un nettoyage ethnique… Mais ils ont toujours rejeté les plans qui menacent leur présence physique sur le territoire, ainsi que leur identité, leur héritage culturel et leurs pratiques économiques fondées sur la mobilité, le pastoralisme et qui tendent à l’autosuffisance.
Depuis 2017, le gouvernement israélien a délégué aux colons la tâche de déplacer les Bédouins. Depuis une dizaine d’années, ils attaquent très violemment les communautés bédouines : agressions physiques des individus, vol de bétail et destruction délibérée de matériels, actions menées avec la protection et le soutien de l’armée et des forces de police israéliennes.
De nombreuses familles et communautés bédouines ont été contraintes d’abandonner leurs maisons et leurs pâturages pour se rapprocher des villes et villages palestiniens. Cette migration forcée fait partie d’une stratégie plus large visant à effacer la présence bédouine afin de faciliter l’expansion coloniale et le contrôle des terres.
Ahmad Heneiti, doctorant en accueil à l’IFPO
Séminaire de l’équipe « Anthropologie comparative des sociétés et cultures musulmanes » du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS) [5]
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Photo : Muarajat, la route entre Ramallah et Jericho © DR




