Photo : Les forces israéliennes prennent délibérément pour cible les fermiers palestiniens qui travaillent dans les rares zones agricoles qui n’ont pas encore été détruites, en recourant à des frappes aériennes, des tirs directs et des bombardements répétés. Crédit : FAO/Yousef Alrozzi.
Le meurtre délibéré par l’armée israélienne de cinq agriculteurs palestiniens alors qu’ils travaillaient sur leurs terres à Khan Younis, dans le sud de Gaza, reflète un schéma récurrent et une politique systématique visant à détruire toute tentative d’assurer un approvisionnement alimentaire minimum grâce à la production locale. Cela s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large d’Israël visant à faire de la famine un outil central dans le génocide qu’il mène contre la population de Gaza depuis 23 mois.
L’équipe de terrain d’Euro-Med Human Rights Monitor a documenté le meurtre des cinq agriculteurs après qu’un drone israélien leur ait tiré au moins un missile dessus vers 9 heures du matin le jeudi 21 août, alors qu’ils travaillaient sur des terres agricoles à l’est de la prison d’Asdaa, à l’ouest de Khan Younis, dans le sud de Gaza.
Les cinq victimes, toutes issues de la même famille, ont été identifiées comme étant : Suleiman et Mohammed Jamal Darwish al-Astal, Mousa Abdullah al-Astal, Mahmoud Naif Mustafa al-Astal et Mohammed Marwan Ahmad al-Astal.
L’escalade des attaques israéliennes contre les sources alimentaires à Gaza intervient alors que le Classification intégrée des phases de sécurité alimentaire (IPC) a officiellement déclaré pour la première fois une famine dans le gouvernorat de Gaza. Dans son rapport publié aujourd’hui, vendredi 22 août 2025, l’indice mondial IPC a déclaré : "Après 22 mois de conflit continu, plus d’un demi-million de personnes à Gaza sont confrontées à des conditions catastrophiques caractérisées par une famine extrême, une pauvreté extrême et la mort."
L’IPC a en outre averti que la famine devrait s’étendre à Deir al-Balah et Khan Younis d’ici la fin septembre 2025 si la tendance actuelle se poursuit.
Le meurtre des cinq agriculteurs n’est pas un incident isolé, mais s’inscrit dans le cadre d’une politique cohérente et délibérée. Au cours des derniers mois, les forces israéliennes ont tué ou blessé des centaines d’agriculteurs palestiniens, tout en détruisant ou en occupant systématiquement les terres agricoles de Gaza. Aujourd’hui, Israël contrôle plus de 93 % des terres agricoles de Gaza, soit environ 178 000 dunams, par le biais de bombardements, de bulldozers et de l’occupation militaire, démantelant ainsi la capacité de production alimentaire de Gaza et privant les civils de leurs moyens de survie les plus élémentaires.
Les forces israéliennes prennent délibérément pour cible les agriculteurs palestiniens qui travaillent dans les rares zones agricoles qui n’ont pas encore été détruites, en recourant à des frappes aériennes, à des tirs directs et à des bombardements répétés. Cela a transformé les terres agricoles en zones à haut risque où le simple fait d’essayer de se procurer de la nourriture est devenu un pari mortel.
Les bombardements et les incursions terrestres incessants ont également empêché les agriculteurs d’accéder aux terres qui avaient survécu aux destructions précédentes, tandis que d’autres zones restent inutilisables en raison du manque d’irrigation causé par les coupures d’électricité, la destruction des puits et la pénurie de carburant nécessaire au fonctionnement des systèmes d’irrigation.
Les données disponibles révèlent l’ampleur considérable des destructions infligées par Israël au secteur agricole de Gaza :
– 1 218 puits agricoles ont été détruits et rendus complètement inutilisables.
– Les surfaces cultivées en légumes sont passées de 93 000 dunams à seulement 4 000 dunams environ.
– Plus de 85 % des serres ont été détruites.
Cela équivaut à l’effondrement total du système de production alimentaire de Gaza.
Tout cela se produit dans le cadre du blocus illégal imposé par Israël à Gaza, qui maintient les postes-frontières fermés et n’autorise qu’un nombre très limité de camions d’aide humanitaire à entrer dans des zones restreintes, tout en entravant délibérément leurs dispositifs de sécurité. Cela expose l’aide humanitaire au pillage et l’empêche d’atteindre équitablement des centaines de milliers de personnes déplacées.
Le droit international humanitaire interdit explicitement le recours à la famine comme méthode de guerre, criminalisant le ciblage des sources alimentaires et la destruction des infrastructures agricoles, car celles-ci sont essentielles à la survie des civils. Le refus par Israël de fournir aux Palestiniens la nourriture et les moyens de subsistance de base constitue un crime de guerre et un crime contre l’humanité au regard du droit international.
La politique de famine menée par Israël est un acte de génocide, compte tenu de sa mise en œuvre prolongée depuis des mois, des privations mortelles qu’elle entraîne et de son impact dévastateur sur la santé et la survie des civils, alors même qu’Israël est pleinement conscient de ces conséquences et malgré les avertissements répétés de la communauté internationale.
Le droit à l’alimentation, à l’eau et à l’assainissement est un droit humain reconnu par le droit international et ne peut être garanti qu’en mettant fin au génocide perpétré par Israël, en levant le blocus et en rétablissant des conditions de vie de base à Gaza. Chaque jour de retard rapproche Gaza d’un point de non-retour, coûtant davantage de vies civiles et aggravant les catastrophes sanitaires.
Euro-Med Monitor appelle la communauté internationale à prendre des mesures immédiates et sérieuses pour mettre fin au génocide perpétré par Israël à Gaza, que ce soit par des meurtres directs ou par une famine provoquée qui a rendu le territoire presque inhabitable.
Il demande aussi que des mesures urgentes soient prises pour garantir l’entrée sans restriction de l’aide humanitaire, y compris la nourriture, les articles non alimentaires essentiels et les fournitures médicales, et pour faire pression sur Israël afin qu’il autorise la livraison des matériaux nécessaires à la réparation et à la restauration des infrastructures civiles de Gaza, notamment le carburant nécessaire au fonctionnement des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement, des usines de dessalement et des puits.
Euro-Med Monitor souligne la nécessité de garantir qu’Israël soit poursuivi pour ses crimes commis et demande l’exécution des mandats d’arrêt délivrés par la Cour pénale internationale à l’encontre du Premier ministre israélien et de l’ancien ministre de la Défense pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment la famine délibérée infligée à des civils comme arme de guerre et l’entrave à l’aide humanitaire.
Il appelle également la communauté internationale à imposer des sanctions économiques, militaires et diplomatiques globales à Israël pour ses violations systématiques et graves du droit international, notamment :
– Un embargo total sur les armes, y compris les pièces détachées, les logiciels et les biens à double usage.
– La suspension de toute forme de coopération politique, militaire, financière et en matière de renseignement avec Israël.
– Le gel des avoirs financiers des responsables politiques et militaires impliqués dans des crimes contre les Palestiniens.
– L’imposition d’interdictions de voyager à ces personnes.
– L’arrêt des opérations des entreprises militaires et de sécurité israéliennes sur les marchés internationaux et gel de leurs avoirs dans les banques du monde.
– La suspension des privilèges commerciaux, des accords douaniers et des accords bilatéraux qui procurent à Israël des avantages économiques facilitant la poursuite de ses crimes.
Traduction : AFPS




