Le professeur Ziad Majed dirige le programme des études du Moyen-Orient à l’Université américaine de Paris. Franco-Libanais, il connaît intimement cette région, à laquelle il a consacré des années de recherches. Son érudition a fait de lui une autorité incontestée, régulièrement invitée dans les médias. Il vient de publier ce véritable manuel d’histoire politique du Proche-Orient [1] : par la fluidité de son écriture, il rend accessible l’histoire contemporaine du Proche-Orient tout en la resituant dans les évolutions globales du monde.
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Ziad Majed documente et met en perspective le boom pétrolier, la révolution iranienne, le djihad afghan, l’opération « tempête du désert », la guerre contre le terrorisme et l’invasion de l’Irak, les révolutions arabes et la guerre syrienne. En revisitant un siècle d’histoire politique de la région, il montre l’omniprésence des puissances occidentales en tant que forces coloniales porteuses de destructions. C’est ce que souligne cette terrible formule (page 313) : « les ruines cessèrent d’être un interstice entre deux temporalités historiques ; elles constituèrent un mode d’organisation politique destiné à maintenir les populations dans une précarité structurelle et une dépendance constante ».
Dès lors, le 7 octobre 2023 et le génocide à Gaza apparaissent comme le fruit d’une continuité implacable. Pire, la région alimente plus que jamais les désordres mondiaux qui s’inscrivent à travers la régression de l’universalisme et des principes démocratiques, la remise en cause du droit et des institutions internationales. Avec le soutien actif des USA et la passivité complice de la majorité des gouvernements européens, la logique impérialiste, la violence coloniale et le génocide effacent les principes et les normes juridiques qui constituaient les repères moraux de l’après deuxième guerre mondiale. Dans ce contexte, le Proche-Orient apparaît plus que jamais comme le reflet d’un monde au double visage : d’un côté, racisme, impunité, destructions et déni ; en face de quoi, peu ou prou, « s’inventent, malgré tout, des formes inédites de résistance, de conscience critique et d’alliances transnationales ».
Bernard Devin




