La petite étude qui suit a été menée à partir des titres disponibles à destination des 10-15 ans, d’octobre 2023 à février 2025 dans une médiathèque normande. Elle ne peut être exhaustive des numéros de certains périodiques étant curieusement indisponibles à la date de notre étude. Nous ne pouvons faire de statistiques probantes sur le traitement quantitatif du sujet, très inégal selon les périodiques tant en ce qui concerne le volume consacré, que relativement aux autres sujets abordés. Tout aussi inégal est le traitement sur la forme : le plus souvent les rédacteurs optent pour des « brèves » d’importance variable dans le contenu et l’intérêt, mais ceux qui se présentent comme plus soucieux de pédagogie proposent des dossiers, des mini-débats, des développements sur une « question », le tout assorti de définitions de mots-clés et de repères considérés comme circonstanciés.
Le 7 octobre
« Que s’est-il passé ? Exécutions, massacres, enlèvements… Le 7 octobre, le Hamas, mouvement terroriste palestinien a attaqué Israël. Le bilan humain est lourd. » titre Le Monde des Ados n° 526. Cette présentation se retrouve presque à l’identique dans tous les autres titres étudiés.
Partout le sensationnel prime et ses ingrédients sont réunis : choix des mots chocs, stupéfaction devant l’imprévisible, sans oublier la touche morbide. La plupart des magazines étudiés sont des bimensuels, quelques-uns sont hebdomadaires et durant une à deux semaines, les lecteurs et lectrices n’auront droit qu’à la sidération ; pas de place pour l’amorce d’une explication qui devrait pourtant être impérative dans le cadre d’une presse à vocation formatrice.
Le « bon côté »
Des explications, il y en aura de toute façon fort peu par la suite. L’unanimité se fait dans tous les titres consultés : d’un côté il y a les horreurs perpétrées sur des civils par le Hamas, « groupe terroriste », et de l’autre il y a Israël, un État qui subit des attaques constantes alors qu’il a été créé pour servir de refuge aux Juifs victimes du génocide de la seconde guerre mondiale. Le choix du bon côté s’impose d’évidence. L’évidence et la simplicité deviennent vite simplisme. Au Hamas est toujours associé le terme « groupe terroriste » quand on n’ajoute pas « radical ». Sans aucune approche ou définition proposées des termes utilisés. L’Actu du 13/10/23 note que le Hamas « est classé comme groupe terroriste par Israël, l’UE, les États-Unis et le Canada ». Cela doit suffire pour juger et ne pas définir. Dans le florilège concernant le Hamas, on trouve aussi entre autres : « le Hamas prône la destruction d’Israël », « depuis 2007, il dirige la bande de Gaza – il s’est emparé du pouvoir par la force » (L’Actu 2/11/23). Le Monde des Ados n°528 suggère la mauvaise foi du Hamas qui « n’a jamais accepté les accords d’Oslo signés en 1993, qui reconnaissaient [pourtant !] le droit à deux États ».
Présenter l’organisation du Hamas avec plus de sérieux historique n’était pas le dédouaner et ni l’absoudre des crimes commis. Or, c’est certainement en partie la crainte de répondre à ce reproche qui a guidé la plume des rédacteurs et alimenté le biais dont souffriront toutes les relations qu’ils feront des événements ultérieurs.
Israël, quant à lui, ne sortira pas d’une représentation victimaire, même quand son action sera plus tard soumise à quelques critiques. Le choix du bon côté sera conforté lors du déplacement des affrontements vers le Liban et l’Iran, sur le thème du pays constamment agressé.
Notons cependant qu’aucun des titres « jeunesse » que nous avons consulté n’a exploité les visions d’horreur qu’on a pu constater dans une certaine presse générale. On peut s’interroger aussi sur le fait que la question des otages ait été placée au second plan, alors que dans la logique des propos tenus, elle aurait pu être utilisée comme argument éthique dans la victimisation d’Israël, ou comme argument militaire dans la justification de la répression et de son amplitude.
Gaza sous les bombes
Fin 2023 et courant 2024, un changement de focale s’opère, de l’horreur vécue par les Israéliens vers la situation dramatique des Palestiniens de Gaza. Déjà L’Actu rappelle dès le 12/10/23 les conditions antérieures du blocus insistant sur le fait qu’un siège ce sont d’abord les coupures d’eau et d’électricité qui impactent toutes les conditions de vie d’une population.
De nombreux articles font état du nombre de victimes gazaouies, dont beaucoup sont des enfants, de l’état sanitaire catastrophique, de la famine et de l’absence organisée de l’aide humanitaire.
Mais cette presse jeunesse ne renonce pas à l’empathie vis-à-vis d’Israël et des otages. Comme le montre un reportage photos de L’Actu du 23/11/23 « Gaza/Israël : des deux côtés des ados victimes » avec deux grandes photos côté palestinien – enfants victimes des bombardements et enfants dans l’attente de l’aide alimentaire-, et deux du côté israélien – enfants otages et funérailles d’ados victimes du 7 octobre. Ménagement de la chèvre et du chou, mais avec avantage à peine camouflé à la chèvre. Ainsi L’Actu du 13/06/24 nous fait visiter un « village de la paix » unissant « Juifs et Arabes » (Neve Shalom/Wahat as Salam). Union possible mais… possible seulement en Israël, pas dans les territoires occupés. Le sommet est atteint dans ce même hebdomadaire le 20/06/24 lors d’un reportage où témoignent deux jeunes soldats franco-israéliens combattant à Gaza, suivi le lendemain, de son pendant du côté palestinien avec un reportage auprès de jeunes de Cisjordanie. Le premier reportage s’étend longuement sur l’état de total épuisement des soldats qui racontent l’horreur des tunnels et la découverte de cadavres de victimes israéliennes, les utilisations d’êtres humains comme boucliers par le Hamas. Les difficultés de vie rencontrées par les jeunes Palestiniens du second reportage ne sont donc rien à côté.
Israël n’est pourtant plus exempt de critiques :
- « Israël cible des hôpitaux où se cache (selon lui) le Hamas » (L’Actu 29/03/24).
- Les journalistes étrangers sont interdits à Gaza et ne peuvent effectuer leur travail d’information. Okapi. L’Actu.
- Utilisation régulière de civils comme boucliers par l’armée israélienne. L’Actu 21/10/24.
- Les drones ciblent volontairement des civils y compris les enfants. L’Actu 19/11/24.
La presse se fait aussi l’écho des mandats d’arrêt de la CPI contre Netanyahou et Gallant, et de l’interdiction des activités de l’UNRWA.
La question du nettoyage ethnique et du génocide est posée. Une dernière remarque : on constatera une totale absence de ce qui est en train de se passer en Cisjordanie.
Il faut attendre un an pour qu’il soit timidement question de l’« avant 7 octobre »
Remplir déontologiquement la fonction d’information auprès d’un public vulnérable et peu au fait de la situation impliquait que la question première à poser concernant le 7 octobre était : POURQUOI ?
La presse jeunesse a manifestement préféré se retrancher derrière des faits traités façon buzz, sans contextualiser. Les événements d’octobre 2023 ont été considérés sui generis. Le Hamas sortait du chapeau d’un mauvais magicien, et le seul but d’Israël était de vivre en paix dans une société harmonieuse. Quant à la Palestine, il n’en était même pas question.
Mais devant la gravité, l’énormité de ce qui se passait, devant la demande induite d’information, devant la responsabilité des médias jeunesse d’y répondre, quelques portes se sont ouvertes pour permettre plus de compréhension de la réalité. À pas lents et bien modestes.
Ainsi Okapi (n°1208 – 15/10/24) rappelle-t-il avec quelques dates que le conflit est vieux de plus de 75 ans. L’Actu parle de la colonisation (7/11/24) et indique qu ‘elle progresse depuis le 7 octobre, après avoir évoqué l’existence d’un gouvernement palestinien (6/03/24). Et consacre un dossier entier au film No other land (12/11/24).
Cela aura-t-il été suffisant pour pour offrir des outils de compréhension à la jeunesse française ?
Odile
Nous appelons donc chacun à être attentif dans sa sphère sur ce sujet et à nous contacter si besoin : gt-manuels@france-palestine.org




