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Accueil > Informations > Analyses > La « ville verte » de Rafah : un plan américano-israélien visant à imposer un ghetto forcé aux Palestiniens de Gaza
Analyses
vendredi 9 janvier 2026
Euro-Med Human Rights Monitor

La « ville verte » de Rafah : un plan américano-israélien visant à imposer un ghetto forcé aux Palestiniens de Gaza

Euro-Med Human Rights Monitor réitère son avertissement sérieux quant aux dangers de l’accord israélo-américain visant à créer ce qu’on appelle une « ville verte » à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, présentée comme une solution pour loger la population de Gaza déplacée de force depuis plus de deux ans et vivant toujours dans des tentes de déplacés en mauvais état.

Ce plan, dont les détails ont déjà été révélés, comporte de graves risques, notamment l’imposition de mesures qui, dans les faits, déplaceraient de force les Palestiniens de leur lieu de résidence d’origine et transformeraient de vastes zones de la bande de Gaza en zones militaires fermées sous le contrôle direct de l’armée israélienne.

Les informations relayées par les médias israéliens selon lesquelles le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu auraient convenu, lors de leur dernière rencontre, de mettre en œuvre ce plan, suscitent une profonde inquiétude. La phase initiale consisterait à construire des bâtiments ressemblant à des caravanes destinés aux civils palestiniens.

Selon ces informations, les forces armées israéliennes travaillent avec des entrepreneurs pour nettoyer la zone, qui est déjà sous contrôle total d’Israël, enlever les décombres, niveler le terrain et le préparer pour la construction de la ville. Le rythme de ces préparatifs devrait s’accélérer dans les prochains jours.

Ce plan représente un nouvel exemple d’échec dans la gestion des conséquences du génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza. Il avance des propositions irréalistes visant, en substance, à modifier la structure démographique de la bande de Gaza et à imposer une nouvelle réalité fondée sur le contrôle, la domination et l’humiliation, sans offrir de véritables solutions aux souffrances des civils.

L’expérience de la soi-disant Fondation humanitaire de Gaza en est un rappel frappant. Les centres de distribution d’aide qu’elle a créés à Rafah se sont rapidement transformés en lieux de meurtres, d’abus, d’arrestations et de disparitions forcées, entraînant la mort de milliers de civils.

Le plan de la « ville verte » renforce une réalité de contrôle illégal prolongé, d’annexion de facto de terres par la force et d’imposition de formes illégales de confinement collectif des civils, en violation flagrante du droit international et du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.

La zone désignée pour la nouvelle ville est actuellement sous contrôle militaire israélien et abrite des milices armées créées par Israël, milices qui se sont avérées impliquées dans des meurtres, des intimidations et des vols à l’encontre des Palestiniens, ce qui soulève de sérieuses questions quant à leur rôle dans le nouveau paysage qui se prépare dans la région.

Début décembre, des détails ont été divulgués concernant le plan américain pour la bande de Gaza, élaboré par le centre de coordination civilo-militaire américain. Ce plan repose sur la mise en place d’un système rigide de ségrégation géographique qui divise Gaza en blocs de population et en zones militaires fermées.

Dans ce cadre, plus de la moitié de la bande de Gaza est effectivement placée dans une zone militaire fermée sous le contrôle direct de l’armée israélienne, où des systèmes stricts de surveillance et d’administration militaire sont imposés. Un environnement coercitif est imposé, caractérisé par des restrictions de mouvement, le contrôle de l’aide et des services essentiels, et la privation d’une série de droits fondamentaux. Ces mesures sont utilisées comme moyens de pression pour pousser les habitants à quitter leur lieu de résidence d’origine et à se réinstaller de force dans des zones désignées comme « sûres » au sein de la zone militaire fermée, sans leur laisser le choix réel de rester ou de retourner chez eux.

La première phase du plan divise Gaza en une « zone rouge » et une « zone verte » sous contrôle militaire total d’Israël, où sont déployés des groupes armés formés et armés par Israël. Une « ligne jaune » sépare les deux zones et est considérée comme une frontière militaire, où les forces israéliennes appliquent une politique de tir à vue contre toute personne qui tente de la franchir ou de s’en approcher.

Cette ligne imaginaire, marquée par des indicateurs jaunes, n’est pas restée fixe. Elle a été physiquement repoussée au-delà des cartes publiées, avançant dans certaines sections de plus d’un kilomètre dans la bande de Gaza. Elle est utilisée comme un outil pour redessiner unilatéralement les lignes de contrôle militaire, élargissant progressivement les zones sous contrôle direct d’Israël. En conséquence, la proportion de terres situées dans la zone jaune est passée de 53 % de la superficie totale de Gaza à environ 60 % ces dernières semaines, en raison des expansions israéliennes et du déplacement des marqueurs.

Dans le cadre de ce plan, des zones supplémentaires de la bande de Gaza sont soumises à un régime militaire fermé, et la liberté de mouvement de la population de Gaza est sévèrement restreinte, ce qui renforce l’annexion de facto des terres et fragmente l’unité territoriale de la bande de Gaza, en violation du droit international.

Les informations disponibles indiquent que le plan repose sur le transfert des Palestiniens de la zone rouge vers la zone verte par le biais de divers mécanismes de pression. Pour ce faire, un environnement coercitif en matière de conditions de vie et de sécurité est créé dans la zone rouge et l’accès à une protection relative et aux services de base est subordonné au consentement au transfert vers des zones spécifiques de la zone verte, après des processus de contrôle de sécurité approfondis. Cela prive le transfert de tout caractère véritablement volontaire et le place clairement dans le cadre des déplacements forcés interdits par le droit international humanitaire.

Ces mesures ne se limitent pas à une gestion temporaire de la population. Elles visent essentiellement à remodeler la composition démographique et à redessiner la carte démographique et politique de la bande de Gaza en séparant les communautés et en triant les habitants selon des critères sécuritaires et politiques. Il en résulte une nouvelle réalité fondée sur un système organisé de discrimination, dans lequel les individus se voient refuser la liberté de choisir leur lieu de résidence, de construire une vie familiale stable, de se déplacer librement, de travailler ou de participer à la vie publique. L’accès aux services de base, aux ressources, à l’éducation et à l’emploi devient subordonné à une classification sécuritaire et à des critères restrictifs imposés par une autorité d’occupation illégale, transformant les droits garantis par le droit international en privilèges conditionnels qui peuvent être retirés de manière arbitraire.

Le plan prévoit la construction de « villes » constituées de conteneurs (caravanes résidentielles) dans la zone verte, chacune étant conçue pour accueillir environ 25 000 personnes sur une superficie ne dépassant pas un kilomètre carré. Ces villes seront entourées de clôtures et de points de contrôle, dont l’entrée et la sortie ne seront autorisées qu’après un contrôle de sécurité, ce qui les transformera en camps de détention surpeuplés imposant de sévères restrictions aux déplacements et à la vie quotidienne des résidents.

La conception de ces « villes » proposées reflète les modèles historiques des ghettos, où les régimes coloniaux et racistes confinait des populations spécifiques dans des quartiers clos entourés de clôtures et de postes de garde, dont les déplacements, les entrées, les sorties et les ressources étaient contrôlés de l’extérieur, comme on l’a vu dans les ghettos européens pendant la Seconde Guerre mondiale et dans d’autres quartiers fermés imposés aux groupes autochtones ou marginalisés dans des contextes coloniaux et racistes. Une telle ségrégation spatiale forcée ne fournit pas un « abri temporaire », mais crée plutôt des enclaves imposées où des populations entières sont traitées comme des entités administrables sous contrôle, plutôt que comme des individus ayant droit à la liberté de mouvement, au logement et à la vie au sein de leurs communautés d’origine.

Les données disponibles indiquent que les unités d’ingénierie associées au plan ont déjà commencé à prendre des mesures pratiques pour lancer la première ville pilote à Rafah, que Israël a complètement détruite au cours des deux dernières années.

Le plan repose sur une discrimination systématique à l’égard des Palestiniens, liant le transfert d’un grand nombre d’entre eux vers les « villes » temporaires de la zone verte à des procédures de contrôle de sécurité dont les critères sont fixés par les autorités israéliennes et américaines. Cela permet d’exclure de larges segments de la population jugés « non conformes » ou « présentant un risque pour la sécurité », y compris les personnes ayant des affiliations politiques, organisationnelles ou civiques présumées qui ne correspondent pas à la vision israélo-américaine des arrangements imposés. Les personnes exclues sont laissées dans des zones plus exposées au siège et au danger. En conséquence, la protection relative et les services de base – tels que le logement, l’alimentation et les soins de santé – passent du statut de droits garantis à tous sans discrimination à celui d’outils de tri et de pression, accordés ou refusés sur la base d’évaluations unilatérales en matière de sécurité et de politique.

La vie dans ces villes temporaires se déroulerait sous une surveillance sécuritaire arbitraire et des arrangements de gouvernance imposés sans le consentement des résidents. Ceux-ci se verraient refuser tout choix réel d’accepter ou de rejeter ces conditions, privés de la possibilité de participer à la gestion de leurs affaires publiques et soumis à une nouvelle réalité politique et administrative qui compromet directement l’avenir de la bande de Gaza, l’identité de sa population et son droit à l’autodétermination sur son territoire par le biais d’ingérences extérieures.

Ce plan ne se limite pas à des dispositions provisoires en matière de sécurité ou d’aide humanitaire. Il s’inscrit dans une trajectoire plus large visant à fragmenter l’unité du territoire et du peuple palestiniens. Il cherche en effet à ancrer une séparation permanente et complète entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et à imposer une logique de « départ à zéro » par la création d’une nouvelle autorité à Gaza, détachée du cadre national et des institutions représentatives palestiniennes existantes et soumise aux conditions des promoteurs du plan. Cela remanierait la structure politique palestinienne contre la volonté d’un peuple occupé, menacerait les droits fondamentaux, démantèlerait le tissu social et politique et porterait gravement atteinte au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination en tant qu’entité unique sur l’ensemble de son territoire occupé.

Le rôle des États-Unis dans l’élaboration et le parrainage de ce plan fait l’objet de vives critiques. Les États-Unis n’agissent pas en tant que médiateur neutre ou soutien humanitaire, mais en tant que partie active impliquée dans la conception d’une architecture politique sur le terrain qui renforce l’occupation, l’annexion de facto et le déplacement forcé sous le couvert de prétendus arrangements sécuritaires et humanitaires. La supervision par les États-Unis du centre de coordination civilo-militaire, leur rôle de premier plan dans le processus de planification et leur utilisation de leur influence politique pour faire avancer ces divisions par le biais de cadres internationaux sont contraires à leurs obligations en vertu du droit international de ne pas reconnaître les situations illégales ni de contribuer à leur maintien. Cela les expose au risque de complicité dans des violations graves, notamment le transfert forcé de population, la saisie illégale de terres et de ressources naturelles et la violation du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.

Aucun accord conclu à Gaza ne peut constituer une solution, ni même une « administration temporaire » légitime, s’il ne repose pas d’abord sur la fin de l’occupation par un retrait complet et inconditionnel d’Israël de la bande de Gaza et du reste du territoire palestinien occupé ; la fin de la présence militaire, administrative et coloniale illégale ; la levée du blocus terrestre, maritime et aérien imposé à Gaza ; la garantie de la liberté de circulation et d’accès, y compris la libre circulation de l’aide humanitaire et des matériaux de reconstruction ; et la possibilité pour les Palestiniens de reconstruire eux-mêmes leurs maisons, leurs infrastructures et leurs institutions civiles, dans le plein respect de leur droit inaliénable à l’autodétermination sur leur territoire.

Les États et les acteurs internationaux influents, au premier rang desquels les Nations unies et les États parties aux Conventions de Genève, doivent rejeter tout plan ou arrangement sur le terrain qui maintient ou reproduit le contrôle israélien sous la forme d’« enclaves » ou de « zones de transition ». Ils doivent s’abstenir de reconnaître ou de soutenir toute situation impliquant un transfert forcé de population, une annexion de facto de terres, l’exploitation des ressources du territoire occupé ou la violation du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.

Ils sont également invités à exercer une pression réelle pour lever immédiatement le blocus, ouvrir les points de passage pour l’aide humanitaire et les matériaux de reconstruction, garantir le droit des Palestiniens à gérer leurs propres affaires et à choisir librement leurs représentants, et soutenir les voies internationales de responsabilité pour les crimes et violations commis, afin de garantir qu’aucune partie ne bénéficie de l’impunité.

Traduction : AFPS

Photo : Israël déplace la ligne jaune plus profondément dans la ville de Gaza, 13 décembre 2025 © Motasem A Dalloul

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Mots clés

  • Gaza
  • Colonies et colonisation
  • Fin de l’occupation israélienne de la Palestine

Source

Publié par : Euro-Med Human Rights Monitor

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