Malgré les preuves des incessantes violations des droits humains et du droit international en sa possession, l’Union européenne n’a toujours pris aucune mesure pour condamner l’État d’Israël. Cette inaction contrevient à tous les traités européens, selon lesquels toutes les actions et les politiques menées par l’UE, dont les accords internationaux, doivent s’assurer que le respect des droits humains et du droit international est garanti. Or c’est tout l’inverse qui se produit : compte tenu des volumes financiers que représente l’accord d’association [1], l’UE a délibérément choisi d’être complice et de financer – de fait – Israël. Ce n’est pas de la neutralité, c’est un soutien politique !
Une initiative citoyenne européenne est sur le point de bouleverser la donne
Face à cette situation qui décrédibilise toute prétention de l’UE à s’exprimer au nom des droits humains, une initiative citoyenne européenne a été lancée le 13 janvier dernier. L’objectif est de mettre fin à la complicité de l’UE avec les crimes d’Israël. Elle s’intitule « Justice pour la Palestine » et réunit des partis politiques européens, des collectifs, des organisations de la société civile et des citoyens. Elle demande à l’UE de suspendre immédiatement l’accord d’association UE-Israël.
Une initiative citoyenne européenne (ICE) permet aux citoyens d’obliger la Commission européenne à proposer de nouvelles législations sur un sujet donné. La condition étant qu’un million de signatures soit récolté. De plus, chacun des 27 États membres se voit attribuer un quota minimum de signatures au prorata du nombre de sièges dont il dispose. Il faut qu’au moins un quart des États ait atteint son quota pour que l’ICE soit recevable. En résumé deux conditions doivent être réunies pour valider une initiative citoyenne européenne : 1 million de signatures et au moins 7 États ayant dépassé leur quota. Ces résultats doivent être atteints en un an à partir de l’ouverture de l’ICE, l’échéance étant en l’occurrence le 13 janvier 2027.
Au 13 mars, soit en exactement 2 mois, « Justice pour la Palestine » a recueilli 541 000 signatures et 9 États ont d’ores et déjà dépassé leur quota. Depuis le lancement des ICE en 2012, très peu d’initiatives avaient fait preuve d’une telle dynamique ! Manifestement la complicité criminelle de l’UE est vécue comme insupportable par de nombreux citoyens.
Si on analyse les résultats par pays au 13 mars, une première évidence saute aux yeux : la France a explosé son quota avec 434 % de participations, ce qui représente 45 % du total des 541 000 signatures. C’est de très loin le pays le plus mobilisé, devant l’Espagne, la Finlande et la Belgique (de 161 % à 153 %), suivis de l’Irlande, des Pays-Bas, de l’Italie, de la Suède et du Danemark (de 139 % à 107 %). À eux seuls ces 9 pays représentent 87 % des signatures. À l’opposé, les pays d’Europe centrale et balkanique sont en queue de peloton avec souvent largement moins de 10 % de signatures. La Hongrie a le plus mauvais résultat avec 2 %. Une exception pourtant : la Pologne qui, avec plus de 77 % de signatures, pourrait bien devenir le dixième pays à dépasser son quota. En revanche, l’Allemagne, 2e exportateur d’armes vers Israël, reste conforme à sa tradition de soutien inconditionnel des crimes de guerre avec moins de 30 % de signatures. L’Autriche fait pire avec seulement 11 % ! Enfin le Portugal, en 11e position, est en progression avec 40 %.
La mobilisation reste indispensable pour espérer l’emporter
Malgré ces résultats conséquents, la lucidité s’impose : certes, la moitié des signatures requises a été atteinte en moins de 2 mois ; certes, il reste encore 9 mois avant le 13 janvier 2027… mais la deuxième moitié sera sans doute plus difficile à obtenir. Il faut donc soutenir fermement cet appel (2). Étant entendu que plus le « score » final sera important et atteint rapidement, plus la pression sur le Conseil de l’Europe sera forte. Il faut donc encourager la mobilisation autour de cette ICE, car si la pression internationale est la seule façon d’obliger Israël à respecter les droits humains, a contrario toute complicité, toute coopération ne peut que l’encourager à poursuivre ses crimes.
L’accord d’association constitue la pierre angulaire du soutien européen à Israël. Il est donc essentiel de convaincre tous nos amis, en France et partout en Europe, qu’il faut tout faire pour le suspendre.
Bernard Devin
Photo : © CECP




