Voici les résultats du dernier sondage réalisé par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquêtes (PSR) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza entre le 5 et le 8 août 2026. La période précédant ce sondage a été marquée par l’annonce d’élections législatives palestiniennes prévues le 28 novembre 2026, ainsi que d’élections présidentielles début 2027. Le Hamas a également annoncé qu’il acceptait le plan Nikolay Mladenov visant à lancer la deuxième phase du plan Trump pour Gaza, qui prévoit notamment que le mouvement renonce à ses armes. Les élections israéliennes étaient prévues pour fin octobre 2026. Au cours de cette période, le Fatah a tenu son huitième congrès général et élu un nouveau Comité central, tandis que le Hamas a élu Khalil al-Hayya à la tête de son Bureau politique. Dans le même temps, les attaques menées par des colons en Cisjordanie ont atteint un niveau sans précédent sous la protection du gouvernement israélien, tandis que les colons et le gouvernement israélien ont intensifié leurs efforts pour étendre les colonies et établir de nouveaux avant-postes. Sur le plan intérieur, la population de Cisjordanie a été touchée par une grave crise du carburant qui a entraîné de longues files de voitures aux stations-service. Sur le plan extérieur, les États-Unis ont attaqué l’Iran, d’abord conjointement avec Israël fin février 2026, puis de leur propre chef. Les restrictions à la liberté de circulation des Palestiniens en Cisjordanie se sont poursuivies, l’armée israélienne ayant fermé les accès à la plupart des villes et villages afin d’empêcher les habitants d’atteindre les grands axes routiers.
L’enquête porte sur l’ensemble des questions susmentionnées, ainsi que sur d’autres thèmes, notamment la situation intérieure, l’équilibre interne des pouvoirs, le processus de paix et les alternatives qui s’offrent aux Palestiniens compte tenu de l’impasse actuelle dans ce processus.
L’enquête a été menée en face à face tant en Cisjordanie que dans la bande de Gaza à l’aide de tablettes ou de téléphones portables. À l’issue de chaque entretien, les données ont été automatiquement transmises directement à notre serveur, auquel seuls nos chercheurs ont accès. Il est impossible pour quiconque d’intercepter ou de manipuler les données collectées. L’échantillon était composé de 1 270 personnes interrogées : 830 en Cisjordanie, réparties dans 83 localités résidentielles, et 440 dans la bande de Gaza, réparties dans 44 localités. La marge d’erreur était de 3,5 %.
Afin d’assurer la sécurité de nos enquêteurs de terrain dans la bande de Gaza, les entretiens avec les habitants ont été menés dans des zones situées à l’ouest, au sud et au nord de ce que l’on appelle désormais la « ligne jaune », c’est-à-dire des zones où il n’y a pas de présence militaire israélienne. Les entretiens avec les habitants des zones sous occupation militaire israélienne, telles que Rafah, certaines parties du nord de Gaza et Khan Younis, ont été menés dans des abris.
Synthèse des principales conclusions
Ce sondage révèle un paysage politique palestinien marqué par un rejet persistant des dirigeants actuels, un recul de la popularité du Hamas et une incertitude croissante quant à l’avenir politique. Si des élections avaient lieu aujourd’hui, Marwan Barghouti serait le candidat présidentiel le mieux placé, suivi de Khalil al-Hayya et de Mahmoud Abbas. Le Fatah et le Hamas sont désormais à égalité, avec chacun un quart des suffrages en termes d’identification partisane générale, mais le Hamas a perdu plus de dix points en dix mois. Ce recul est particulièrement marqué en Cisjordanie, où le soutien au Hamas est passé d’environ un tiers à environ un cinquième, tandis qu’à Gaza, il est tombé à un tiers. Ainsi, la situation politique ne se résume pas à un simple glissement du Hamas vers le Fatah : le mécontentement à l’égard des deux principaux mouvements est considérable, une grande partie de la population estimant qu’aucun des deux ne mérite de représenter ou de diriger les Palestiniens.
La guerre de Gaza a également modifié la perception du Hamas. Seul un cinquième de la population estime désormais que le Hamas a gagné la guerre, contre le double il y a dix mois ; six personnes sur dix estiment qu’aucune des deux parties n’a gagné. Cela ne se traduit toutefois pas par un soutien en faveur d’un désarmement immédiat. Environ trois quarts des personnes interrogées s’opposent au désarmement du Hamas avant un retrait complet d’Israël, et le même pourcentage estime que le désarmement conduirait à une reprise de la guerre plutôt qu’à un retrait israélien. Suite à l’acceptation par le Hamas de la proposition de Nikolay Mladenov dans le cadre du plan Trump, quatre personnes sur dix s’attendent à ce que la situation actuelle – marquée par la poursuite des tueries – perdure, tandis que seules trois sur dix anticipent une véritable stabilité et une reconstruction. Parallèlement, les Houthis, le Hezbollah et l’Iran recueillent des taux de satisfaction relativement élevés, tandis que Trump et Abbas obtiennent des notes très faibles. Cela suggère que l’appréciation des Palestiniens est de plus en plus façonnée par les perceptions de la résistance et de l’opposition à Israël plutôt que par l’influence diplomatique officielle.
Sur le plan intérieur, le tableau est sombre : plus des trois quarts se sentent en insécurité, une majorité écrasante perçoit la corruption au sein des institutions de l’Autorité palestinienne, et environ deux tiers considèrent l’Autorité palestinienne comme un fardeau. Ces attitudes renforcent la crise plus générale du leadership.
Plus frappant encore, les attitudes à l’égard du processus de paix témoignent d’un moindre enthousiasme pour la confrontation armée et d’un intérêt accru pour les négociations. Le soutien à la lutte armée en tant que moyen le plus efficace d’accéder à la souveraineté est passé de quatre sur dix à moins de trois sur dix, tandis que le soutien aux négociations est passé d’un peu plus d’un tiers à un peu moins de la moitié, son niveau le plus élevé depuis quatre ans. La résistance populaire pacifique a également connu une légère hausse. Cela ne signifie pas pour autant que les Palestiniens aient abandonné la résistance armée ou soient devenus optimistes quant à la paix : la moitié d’entre eux estime toujours que la résistance armée a été efficace, et environ six sur dix pensent que la solution à deux États n’est plus envisageable. Les résultats suggèrent plutôt une prise de conscience croissante du fait qu’après la dévastation de Gaza et l’incapacité à obtenir des résultats décisifs par la lutte armée, la négociation pourrait actuellement offrir la voie la plus prometteuse — même si la confiance dans les dirigeants politiques palestiniens et israéliens reste extrêmement faible.
Principales conclusions :
1. Paysage politique palestinien : L’enquête met en évidence un mécontentement persistant à l’égard des dirigeants politiques palestiniens, mais aussi un remaniement significatif des préférences politiques. Marwan Barghouti est le successeur potentiel le plus crédible du président Mahmoud Abbas, plébiscité par 39 % des personnes interrogées, suivi du dirigeant du Hamas Khalil al-Hayya (16 %), de Mohammed Dahlan (15 %) et de Mustafa Barghouti (6 %). Dans le cadre d’une élection présidentielle hypothétique, Marwan Barghouti recueillerait 54 % des voix parmi les électeurs potentiels, al-Hayya 26 % et Abbas seulement 14 %. Dans le même temps, 79 % souhaitent la démission d’Abbas, ce qui confirme la persistance d’un mécontentement exceptionnellement élevé à l’égard de son leadership.
Le Hamas a également connu une baisse significative de sa popularité. Son soutien global est tombé à 24 %, contre 35 % dix mois plus tôt, tandis que le Fatah reste à 24 %. Parmi les électeurs potentiels, le Fatah recueillerait 32 % des voix et le Hamas 29 %, les autres forces politiques obtenant 18 %. La confiance dans la capacité du Hamas à représenter les Palestiniens a également baissé, passant de 41 % à 28 %, tandis que 44 % des personnes interrogées estiment désormais que ni le Hamas ni le Fatah ne méritent de diriger. Ces résultats suggèrent que le mécontentement ne vise plus uniquement une faction en particulier, mais s’étend au système politique palestinien dans son ensemble.
2. La guerre de Gaza et le plan Trump : L’enquête révèle un changement majeur dans la perception de la guerre de Gaza. Seuls 20 % estiment que le Hamas en est sorti vainqueur, 15 % pensent qu’Israël l’a emporté, et 60 % considèrent qu’aucune des deux parties n’a gagné. Cela représente une forte baisse de la perception d’une victoire du Hamas, en particulier en Cisjordanie, où seuls 21 % considèrent désormais le Hamas comme vainqueur, contre 48 % dix mois plus tôt.
Malgré cela, 72 % s’opposent au désarmement du Hamas avant le retrait total d’Israël de Gaza, et le même pourcentage estime qu’un désarmement conduirait à une reprise de la guerre plutôt qu’à un retrait israélien. La confiance du public dans les institutions mises en place dans le cadre du plan Trump est limitée : seuls 24 % font confiance au Conseil de la paix et 32 % au Comité national pour l’administration de Gaza. Les Palestiniens semblent donc ouverts à une fin de la guerre, mais sceptiques quant aux mécanismes proposés pour gouverner Gaza par la suite.
La satisfaction à l’égard de l’action du Hamas pendant la guerre a fortement chuté, passant de 60 % à 42 %, tandis que celle à l’égard d’Abbas ne s’élève qu’à 18 %. Parmi les acteurs régionaux, ce sont les Houthis qui recueillent le plus haut niveau de satisfaction (61 %), suivis du Qatar (51 %), du Hezbollah et de l’Iran (50 %). L’Espagne arrive en tête parmi les acteurs internationaux avec 50 %, suivie de la Chine à 40 %, tandis que le taux de satisfaction à l’égard de Trump reste extrêmement faible, à 5 %.
3. Situation intérieure : L’insécurité intérieure et le mécontentement vis-à-vis de la gouvernance palestinienne restent marqués. Seuls 23 % se sentent en sécurité, tant sur le plan personnel que familial, tandis que 76 % se sentent en insécurité. Un pourcentage frappant de 83 % estime que la corruption existe au sein des institutions de l’Autorité palestinienne, et 65 % décrivent désormais l’Autorité palestinienne comme un fardeau plutôt que comme une réussite. La plupart des personnes interrogées ne voient par ailleurs guère de changement significatif résultant des récentes élections à la tête du Fatah et du Hamas.
4. Relations palestino-israéliennes et processus de paix : le soutien à la solution à deux États s’élève à 44 %, tandis que 50 % s’y opposent — un chiffre pratiquement inchangé par rapport à il y a dix mois. Cependant, le soutien à une formule spécifique de solution à deux États fondée sur les frontières de 1967 est considérablement plus élevé, à 56 %, dont 61 % à Gaza. La confédération recueille 14 % des suffrages et un État démocratique unique avec des droits égaux, 10 %. Dans le même temps, 58 % estiment que la solution à deux États n’est plus envisageable en raison de l’expansion des colonies, et 64 % considèrent qu’il y a peu ou pas de chances qu’un État palestinien indépendant voie le jour d’ici cinq ans.
On observe néanmoins un changement notable dans les stratégies privilégiées pour parvenir à la création d’un État palestinien. Les négociations sont désormais considérées comme l’approche la plus efficace par 44 % des personnes interrogées, contre 36 % dix mois plus tôt, ce qui représente le niveau le plus élevé depuis quatre ans. Le soutien à la lutte armée a chuté de 41 % à 27 %, son plus bas niveau depuis quatre ans, tandis que celui à la résistance populaire pacifique est passé de 14 % à 19 %. Cependant, les Palestiniens restent divisés à parts égales quant à l’efficacité de la résistance armée : 50 % estiment qu’elle n’a pas réussi à protéger les Palestiniens ni à mettre fin à l’occupation, tandis que 50 % rejettent cette analyse.
5. La guerre entre les États-Unis et l’Iran : La récente guerre entre les États-Unis et l’Iran a suscité une orientation nettement favorable de la population palestinienne envers l’Iran : 45 % déclarent avoir pris le parti de l’Iran, contre seulement 12 % qui se sont prononcés contre, tandis que 40 % n’ont pris le parti ni de l’Iran ni des États-Unis.
6. Les principales priorités des Palestiniens : L’enquête révèle que la création d’un État reste la principale aspiration nationale. Quarante-trois pour cent considèrent que le retrait israélien vers les frontières de 1967 et la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale constituent la priorité absolue du peuple palestinien. Vingt-huit pour cent accordent la priorité au droit au retour, 15 % mettent l’accent sur la construction d’une société religieuse fondée sur les enseignements islamiques, et 11 % privilégient un gouvernement démocratique et les droits de l’homme.
En résumé, l’enquête dresse le portrait d’une population palestinienne profondément insatisfaite de ses dirigeants politiques et en proie à un sentiment d’insécurité profond, mais de plus en plus sceptique quant à l’efficacité de la confrontation armée. La combinaison d’un soutien en baisse au Hamas, d’une préférence croissante pour les négociations, d’un attachement persistant au cadre de la solution à deux États fondé sur les frontières de 1967 et d’une forte opposition au désarmement du Hamas avant le retrait israélien suggère que les Palestiniens pourraient s’orienter vers une conception plus pragmatique de la résolution du conflit — sans pour autant renoncer à leurs revendications nationales fondamentales ni développer une confiance envers les acteurs politiques censés actuellement y répondre.
Traduction : AFPS
Photo : Des Palestiniens votent dans un bureau de vote lors des municipales à Deir-al-Balah dans la bande de Gaza, 25 avril 2026 © Le Centre Palestinien d’Information




