Photo : Vue aérienne de Rafah, avril 2025 © Réseaux sociaux
Israël a été pris au dépourvu lorsque le Hamas a accepté, fin juillet, de désarmer à Gaza parallèlement au retrait de l’armée israélienne de l’enclave.
Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a même qualifié l’acceptation de la feuille de route du Conseil de la paix par les factions palestiniennes de « 7 octobre diplomatique ».
Depuis des mois, Israël fait du désarmement à Gaza son seul prétexte pour poursuivre son génocide dans l’enclave et ses violations systématiques du cessez-le-feu d’octobre 2025.
« Si seulement le Hamas déposait les armes, tout cela serait terminé » : tel a été l’argument récurrent d’Israël pour justifier le meurtre de plus de 1 200 Palestiniens au cours des 320 derniers jours de soi-disant calme, ainsi que la restriction de l’aide et de la liberté de circulation, l’interdiction de la reconstruction et l’avancée de la « ligne jaune » délimitant les zones victimes de nettoyage ethnique.
Pourtant, dès que le Hamas et sept autres factions palestiniennes ont accepté la demande de Tel-Aviv, le gouvernement israélien a cédé à la panique. Netanyahou s’est empressé de rejeter officiellement la feuille de route tandis que ses ministres la qualifiaient de « dangereuse pour Israël » et s’engageaient à poursuivre les meurtres quotidiens et le nettoyage ethnique.
L’armée israélienne, quant à elle, a intensifié sa campagne de bombardements à Gaza.
Même après que le Conseil de la paix eut tenté de donner à Israël toutes les garanties nécessaires pour qu’il puisse continuer à bombarder Gaza, à occuper 70 % du territoire de Gaza et à ne se retirer qu’après le désarmement total du Hamas, Netanyahou a continué à rejeter l’accord.
« Le Hamas a accepté [la feuille de route] pour mettre Netanyahou au pied du mur », a déclaré un médiateur arabe de haut rang au journal The New Arab. « Ils savaient qu’il ne s’y conformerait pas. »
L’emprise d’Israël sur Gaza
Bien que le Conseil de la paix ait remanié les termes de la feuille de route à la satisfaction d’Israël, la réticence de Netanyahou à l’accepter tient au fait que tout progrès à Gaza menacerait la coalition d’extrême droite qui le maintient au pouvoir.
Le Premier ministre israélien a promis à sa base électorale un nettoyage ethnique dans les territoires palestiniens. La moitié des ministres de sa coalition et des députés de la Knesset ont récemment défilé pour réclamer la reconstruction de colonies réservées aux Juifs à Gaza, tandis que le ministre israélien de la Défense mène campagne en vantant la manière dont il a rasé des villes palestiniennes entières.
Même si le Hamas se désarme sans aucun retrait israélien ni suspension des frappes aériennes, la feuille de route reste inenvisageable pour Israël, car elle limiterait sa capacité à contrôler Gaza.
Par exemple, en vertu de cette feuille de route, Israël devrait autoriser le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) à entrer dans l’enclave, accompagné d’une Force internationale de stabilisation (ISF), afin de collecter les armes.
Le gouvernement israélien considère cela comme un scénario catastrophe, car la présence de forces internationales sur le terrain rendrait difficile pour Israël de conserver sa liberté d’action militaire à Gaza.
C’est pourquoi le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a averti qu’une force multinationale à Gaza serait « dangereuse pour Israël », car elle « nous surveillerait, nous séparerait du Hamas et limiterait l’activité [militaire israélienne] dans la Bande de Gaza ».
De même, la feuille de route obligerait Israël à remplir ses obligations au titre de la première phase du plan de cessez-le-feu en 20 points de Trump avant ou parallèlement au désarmement du Hamas.
Ces obligations comprennent notamment l’autorisation de faire entrer quotidiennement à Gaza au moins 600 camions d’aide humanitaire, ainsi que 60 000 logements provisoires et 200 000 tentes, tout en permettant la remise en état des infrastructures de base telles que l’électricité, l’eau, les réseaux d’assainissement, les routes, les hôpitaux et les boulangeries.
Mais cela irait à l’encontre de la politique d’Israël visant à maintenir Gaza « détruite pour les générations à venir », selon les termes de l’ancien général israélien Giora Eiland.
Même les mesures humanitaires minimales qui rendraient Gaza un peu moins invivable sont considérées par Israël comme une menace existentielle. Sa guerre, qui a coûté plus de 140 milliards de dollars, visait explicitement à transformer l’enclave en un désert apocalyptique, ne laissant aux Palestiniens d’autre choix que de partir.
Le statu quo convient à Israël
Un ancien haut responsable israélien, qui avait travaillé en étroite collaboration avec Netanyahou jusqu’en 2024, a déclaré à The New Arab que le Premier ministre israélien préférait l’impasse actuelle à tout « grand changement ».
« Nous détenons tous les leviers, nous avons le dessus, pourquoi nous engagerions-nous ? », a-t-il déclaré.
L’ancien responsable a expliqué qu’Israël se satisfait du statu quo actuel à Gaza, car cela lui permet de conserver le contrôle de 70 % du territoire de l’enclave, désormais dépeuplé, tout en évitant les coûts liés à l’alimentation et à l’hébergement de sa population déplacée.
De même, le cessez-le-feu de façade empêche le Hamas d’attaquer les troupes israéliennes situées derrière la « ligne jaune » ; Israël n’a donc pas besoin de déployer un nombre important de soldats pour défendre cette zone.
Deux hauts responsables de pays arabes jouant un rôle de médiateurs ont déclaré à *The New Arab* que le statu quo actuel était idéal pour Israël, aucun changement n’étant prévu à Gaza au moins jusqu’après les élections d’octobre.
L’un d’eux a précisé que leurs attentes vis-à-vis du plan Trump avaient dès le départ consisté à « réduire le nombre de morts, faire entrer davantage de nourriture et empêcher le nettoyage ethnique ».
L’autre responsable a déclaré à The New Arab que la seule façon de faire avancer la feuille de route était de « traîner Israël de force », mais que le Conseil pour la paix de Trump n’avait jusqu’à présent exercé aucune pression significative sur Netanyahou.
L’opposition israélienne ne vaut pas mieux
L’ancien responsable israélien a mis en garde contre tout optimisme quant aux chances de victoire des partis d’opposition israéliens lors des prochaines élections.
« L’opposition attaque Netanyahou depuis la droite, pas depuis la gauche. Elle affirme qu’il est sur le point de gâcher les acquis à Gaza et de s’incliner devant Trump », a-t-il déclaré à The New Arab. « Elle promet d’adopter une ligne plus dure. »
Haim Ramon, politicien israélien chevronné, a même averti que « ceux qui votent pour [Naftali] Bennett choisissent en réalité un autre Netanyahu – mais en plus extrême ».
Il a ajouté que les dirigeants de l’opposition israélienne tels que Bennett ou Avigdor Lieberman « tentent peut-être de se présenter comme des figures du centre ou de la droite “modérée”, mais en réalité, ce sont des faucons politiques, des défenseurs de la Terre d’Israël dans son intégralité, dont les opinions extrémistes sont identiques à celles de Ben-Gvir et Smotrich ».
À titre de référence, Bennett s’était un jour vanté de manière tristement célèbre : « J’ai déjà tué beaucoup d’Arabes dans ma vie, et cela ne pose absolument aucun problème. »
Un haut responsable arabe d’un pays jouant le rôle de médiateur a déclaré à The New Arab que si l’opposition l’emportait, cela pourrait compliquer encore davantage la situation à Gaza.
« Si [Gadi] Eisenkot devenait Premier ministre, la pression internationale sur Israël disparaîtrait, et on nous dirait qu’il faut lui laisser le temps et la marge de manœuvre nécessaires pour consolider son régime afin d’empêcher Netanyahu de revenir au pouvoir. »
Muhammad Shehada est un écrivain et analyste palestinien originaire de Gaza, et responsable des affaires européennes chez Euro-Med Human Rights Monitor.
Traduction : AFPS




