Photo : Bombardements israéliens au milieu du quartier Al Zaytoun à Gaza ville, 22 février 2026 © Motasem A Dalloul
Israël a un plan pour Gaza. Ceux qui pensaient qu’il n’avait pas de plan pour « l’après-guerre » se sont lourdement trompés. Si seulement il n’en avait pas eu. Loin de l’attention du public mondial et israélien, la mise en œuvre de l’étape suivante de la stratégie israélienne par phases est déjà en cours. Après que le génocide a épuisé son potentiel, et que la destruction presque totale a produit ses effets, Israël avance avec assurance vers l’application de l’étape suivante de son plan : transformer l’ensemble de la population de Gaza en une communauté de personnes handicapées, blessées, malades, affamées, sans abri et privées de moyens de subsistance pour toujours.
Lorsque la population de Gaza sera devenue un tel amalgame humain, dépourvu de société organisée, de services de base, d’institutions essentielles et, bien sûr, de direction politique, l’anéantissement complet de la société facilitera pour Israël le passage à l’étape suivante, à laquelle il n’a jamais renoncé : l’étape de l’expulsion. Ce n’est qu’alors que le « problème de Gaza » sera définitivement résolu. Seulement ainsi.
Un écho clair de ce projet a été entendu la semaine dernière dans les déclarations de deux de ses concepteurs et exécutants. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a déclaré que sa « directive » était de passer de 60 % à 70 % de contrôle sur la bande de Gaza. Et le ministre de la Défense, Israel Katz, a écrit sur X : « Nous nous sommes engagés à ce que le Hamas n’exerce aucun contrôle civil ni militaire sur Gaza, et il en sera ainsi. Le programme d’émigration volontaire sera également mis en œuvre — tout cela au moment opportun et de la manière appropriée. » Autrement dit, les habitants de Gaza seront transformés en un « troupeau » qu’il sera facile de déplacer loin d’ici, « au moment opportun et de la manière appropriée », puisque l’ordre doit être préservé
L’« élimination du pouvoir du Hamas » n’avait pas pour seul objectif cette finalité. Puisqu’Israël s’est opposé catégoriquement à ce que Gaza soit administrée par un autre organisme palestinien — ni l’Autorité palestinienne, ni une organisation internationale, ni qui que ce soit d’autre — et qu’il n’est pas non plus disposé à administrer Gaza lui-même, les véritables intentions apparaissent au grand jour : il ne veut qu’aucune organisation ne gère la vie à Gaza. Il veut deux millions de personnes vivant sous des tentes. L’expulsion sera alors plus facile.
Lorsque Israel Katz affirme que le Hamas ne dirigera pas Gaza sur le plan civil, il sait parfaitement qu’il n’existe actuellement personne d’autre que le Hamas pour administrer Gaza, et qu’il n’y en aura probablement pas dans un avenir proche. La seule alternative actuelle à l’administration civile du Hamas est l’anarchie. Ce chaos convient à Israël et à la mise en œuvre de ce plan.
La propagande israélienne peut continuer à clamer que tout Gaza est le Hamas et que tous les membres du Hamas sont des terroristes. C’est évidemment faux. Non seulement toute la population de Gaza n’est pas le Hamas, mais toutes les personnes définies comme appartenant au Hamas ne sont pas des terroristes. Israël sait parfaitement que les dizaines de milliers d’enseignants, de médecins, de policiers et de fonctionnaires rémunérés par le gouvernement du Hamas ne sont pas des terroristes. Le fait de les classer parmi les membres du Hamas lui a permis d’en tuer des milliers sous l’étiquette de « terroristes ». Des policiers de la circulation, des comptables ou des enseignants ne sont pas des terroristes et ne méritent pas la mort. Leur mise à mort a constitué et constitue encore un crime de guerre. Les journalistes qui ont reçu leur carte de presse des autorités du Hamas ne sont pas non plus des terroristes. Ce sont des journalistes, peut-être des propagandistes comme une grande partie des journalistes israéliens, mais pas des terroristes.
Ainsi, Israël aurait fait d’une pierre deux coups : obtenir une légitimation — certes fondée sur un mensonge, selon l’auteur — pour des tueries indiscriminées, tout en franchissant une étape supplémentaire dans la réalisation de son projet global. Sans enseignants, médecins, travailleurs sociaux, ingénieurs ni fonctionnaires, aucune société ne peut fonctionner ; et sans société fonctionnelle, il sera plus facile de disperser les habitants de Gaza aux quatre coins du monde.
Au cours du week-end, un entretien de deux heures diffusé sur les réseaux sociaux entre le journaliste américain Tucker Carlson et le chirurgien britannique d’Oxford Nick Maynard, bénévole à Gaza depuis environ dix-sept ans, a été largement relayé. Les atrocités que Maynard dit avoir observées de ses propres yeux étaient, selon l’auteur, stupéfiantes : des corps arrivés ligotés, des enfants exécutés par balle dans les parties génitales, des nourrissons morts de faim et des prématurés abandonnés dans des couveuses sur ordre de l’armée israélienne, puis retrouvés morts plusieurs semaines plus tard. Chaque Israélien — et chaque être humain — devrait écouter cet entretien. Mais, selon l’auteur, même toutes ces horreurs avaient un objectif : la « solution » israélienne au problème appelé Gaza.
Traduction : AFPS




