Photo : Manifestation contre le génocide du peuple palestinien à Madrid, 20 janvier 2024 © Nemo
Au Royaume-Uni, le congrès annuel du Parti travailliste au pouvoir a reconnu cette semaine qu’Israël commettait un génocide à Gaza, peu après que le gouvernement ait refusé de faire de même. Il sera intéressant de voir les implications d’une telle décision sur le gouvernement et sur d’autres États européens, comme l’Italie. L’Occident va-t-il revoir ses relations avec Israël ?
La conférence du Parti travailliste à Liverpool a accepté le rapport de la Commission d’enquête des Nations unies qui affirme qu’Israël commet un génocide. Les délégués ont soutenu une motion exhortant le gouvernement à « employer tous les moyens raisonnablement à sa disposition pour empêcher la commission d’un génocide à Gaza ». Ils ont également appelé à la suspension du commerce d’armes entre le Royaume-Uni et Israël.
Auparavant, le gouvernement britannique niait qu’Israël était en train de commettre un génocide. Une semaine avant la publication du rapport de l’ONU, Londres a fait une déclaration douteuse selon laquelle il n’avait « pas conclu » qu’Israël était en train de commettre un génocide. Il a également affirmé que ses ventes d’armes, principalement des pièces pour les avions F-35 utilisés pour bombarder Gaza, n’avaient entraîné aucune violation du droit international humanitaire.
Le gouvernement britannique a tenté de contourner les critiques en reconnaissant l’État palestinien. Ce geste symbolique visait à montrer à l’opinion publique nationale, en colère, que le gouvernement agissait en faveur de la Palestine. Cependant, cela ne suffit pas. Le peuple britannique exige des comptes. Le Parti travailliste montre déjà son mécontentement à l’égard de la direction actuelle. La position du Premier ministre Keir Starmer sur Gaza ne va certainement pas aider à redresser sa popularité en chute libre.
Plusieurs organisations de défense des droits humains et spécialistes du génocide ont conclu qu’Israël commettait un génocide. En juillet, deux organisations israéliennes de défense des droits humains, B’Tselem et Physicians for Human Rights, sont arrivées à cette conclusion. Et le rapport de l’ONU publié le mois dernier ne laisse aucun doute sur le fait qu’Israël commet un génocide.
À la suite de ce rapport, Amnesty International a déclaré que le gouvernement britannique devait « prévenir et punir » le génocide commis par Israël. L’étau de l’opposition populaire se ressere autour de la position pro-israélienne et pro-américaine de Starmer. Combien de temps pourra-t-il résister à la volonté du peuple ? Le gouvernement n’a pas encore officiellement changé sa position. Cependant, il ne peut pas être en guerre avec son propre parti pour plaire à un gouvernement étranger.
L’Italie est un autre pays où la pression populaire pèse sur le gouvernement. Des manifestations ont submergé les grandes villes italiennes, les gens réclamant justice pour la Palestine et la fin de la complicité italienne dans les crimes d’Israël.
La Global Sumud Flotilla, qui naviguait pour briser le siège de Gaza, comptait 58 citoyens italiens, parmi lesquels se trouvaient des membres du parlement. Rome avait ordonné à une frégate de la marine d’escorter la flottille après qu’elle ait été attaquée par des drones alors qu’elle naviguait en Méditerranée. Cependant, lorsqu’elle est arrivée à 150 milles marins des côtes de Gaza, la marine italienne a fait demi-tour afin d’éviter tout conflit avec Israël.
Le navire de guerre espagnol envoyé par le Premier ministre Pedro Sanchez a fait de même. Et les drones turcs qui suivaient la flottille sont retournés à leur base.
Plusieurs pays européens ont tenté d’apaiser le mécontentement populaire en reconnaissant l’État palestinien, dans un geste symbolique. Mais leurs citoyens veulent des comptes. Ils veulent savoir que leurs gouvernements élus ne cautionnent pas le génocide. Les gens ne se laissent pas berner par ce geste symbolique. Ils veulent que leurs États agissent concrètement.
Comme je l’ai écrit dans un précédent article, le meilleur moyen pour l’Europe de punir Israël est de suspendre l’accord d’association UE-Israël. Cependant, l’UE est confrontée à un problème majeur, à savoir la nécessité de l’unanimité. Cela a entravé l’efficacité du bloc et l’a empêché d’imposer des sanctions à Israël. Cependant, dans son discours sur l’état de l’Union le mois dernier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré : «
Il est temps de nous libérer du carcan de l’unanimité. » Si cette exigence est supprimée, Israël subira certainement un revers.
Même si les dirigeants européens sont de connivence avec Israël, ils devront à un moment donné répondre aux aspirations de leur peuples. Alors que la frégate italienne quittait la flottille cette semaine, la Première ministre Giorgia Meloni a demandé à ses citoyens de rentrer, affirmant hypocritement que leurs efforts risquaient d’empêcher la paix. Vraiment ? Mais le peuple italien n’est pas tombé dans le piège. Les syndicats italiens ont appelé à une grève générale ce vendredi en solidarité avec la flottille après son interception.
Le mécontentement populaire croît. Deux flottilles à destination de Gaza ont été interceptées en juin et en juillet, et rien ne s’est passé. Mais cette fois-ci, c’est différent. Il ne s’agissait pas seulement d’un petit groupe d’activistes essayant d’apporter de l’aide à la bande de Gaza. La flottille a été soutenue par un large mouvement populaire. Le gouvernement de Meloni peut-il gérer une grève générale et peut-être même des troubles pour satisfaire ses amis à Tel-Aviv ? Cela en vaut-il la peine ? Les dirigeants européens devraient commencer à repenser leur soutien à Israël.
Le pouvoir du peuple fonctionne. Bien sûr, Israël dispose de nombreux outils pour faire pression sur les personnes influentes : l’argent, les campagnes de dénigrement, le kompromat. Cependant, c’est le peuple qui aura le dernier mot. Israël espérait que le monde entier se lasserait de Gaza et que la question disparaîtrait de l’actualité. En réalité, c’est le contraire qui se produit. Les gens sont de plus en plus conscients de ce qui se passe. Le génocide ne peut plus être dissimulé. Les manifestations prennent de l’ampleur. Après l’interception illégale de la flottille, des manifestations ont éclaté à Berlin, Rome, Barcelone, Bruxelles et Istanbul.
Les gens sont de plus en plus organisés et stratégiques. Malgré les cas de violences policières et le risque d’arrestation, ils ne se laissent pas intimider. Les responsables politiques européens doivent savoir que leurs opinions publiques ne se contenteront pas de gestes symboliques. Elles ont besoin de voir des changements. Les décideurs doivent adopter une position ferme à l’égard d’Israël. Le vent a tourné en Europe et les États-Unis sont les prochain sur la liste.
Traduction : AFPS




