À la fin des années 1980 le processus a permis entre autres d’imposer l’enseignement de l’hébreu et l’instruction civique israélienne dans un certain nombre d’écoles. En 2000, le ministère israélien de l’Éducation pour Jérusalem a introduit des versions modifiées des manuels palestiniens, en exerçant des pressions administratives et financières sur les établissements, jusqu’à adresser des avertissements aux directeurs des écoles bénéficiant de financements municipaux, conditionnant leur reconduction au remplacement des manuels palestiniens par du matériel approuvé par les autorités israéliennes.
Depuis dix ans ont été progressivement introduits des éléments civiques, historiques et politiques israéliens dans les supports pédagogiques. L’objectif est de remodeler les récits, ainsi que les processus de formation identitaire des Palestiniens de Jérusalem, passant d’une influence indirecte à une intervention institutionnalisée.
Ce processus relève de l’affirmation de souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est que l’on retrouve dans la loi fondamentale de 1980 (Jérusalem capitale unifiée d’Israël), et la loi État-nation de 2018, avec la primauté de l’hébreu. Faisant apparaître les transformations du système éducatif comme des questions administratives relevant du droit.
Parallèlement, les responsables israéliens et certains médias présentent le programme palestinien comme encourageant la violence ou l’incitation à la haine. Même si les études contestent cette affirmation [1].
L’UNESCO met en avant le rôle fondamental de l’éducation pour préserver l’identité culturelle, la mémoire historique et la cohésion sociale dans des contextes de conflits. Les supports pédagogiques élaborés dans des situations d’occupation doivent être évalués en tenant compte de ces réalités. Ces contenus sont un secteur protégé du droit à l’éducation au regard du droit international et ne répondent pas aux définitions reconnues de l’« incitation ».
Selon l’ONG israélienne Ir Amim, l’accusation à l’encontre les manuels palestiniens est une tentative de priver la population de son histoire, de son patrimoine, de son lien à la terre et du contrôle de ses ressources vitales.
Deux plans pour l’« israélisation » de l’éducation à Jérusalem
Le gouvernement israélien a adopté deux plans : le « Plan quinquennal pour la réduction des écarts socio-économiques et la promotion du développement économique à Jérusalem-Est » accorde au secteur de l’éducation 445 millions de shekels (environ 130 millions d’euros) sur cinq ans, entre autres pour augmenter le nombre d’élèves dans des établissements enseignant le cursus israélien, ainsi que l’hébreu. Selon les autorités israéliennes, il s’agit de faciliter l’intégration dans la société et l’économie israéliennes. Pour nombre de Palestiniens de Jérusalem, ces mesures visent à affaiblir la conscience nationale et l’identité collective des générations futures. Le second plan pour la période 2024 – 2028 prévoit la suppression de certaines subventions suite à la guerre en cours à Gaza. Les contraintes budgétaires visent à maintenir Jérusalem comme ville unifiée à majorité juive, et l’espace permettant à Jérusalem-Est de fonctionner comme future capitale palestinienne se trouve progressivement réduit.
Conditionnalité financière
Les établissements adoptant les règles d’Israël sont prioritaires pour les budgets. Et ceux qui continuent d’enseigner le programme palestinien voient leurs ressources progressivement réduites et subissent des pressions administratives et des inspections. Le financement est un instrument de contrainte, et les ceux qui refusent de se conformer aux exigences peuvent etre durablement compromis. Les écoles privées de Jérusalem n’ont pas pu entamer le deuxième semestre suite aux politiques restrictives imposées. Le président de l’Union des parents d’élèves des écoles de Jérusalem tient les autorités israéliennes pour responsables des retards à la délivrance des permis de travail des enseignants de Cisjordanie.En effet, Israël a introduit de nouvelles conditions, notamment celle du mariage, entraînant des retards dans la délivrance des autorisations de circuler de certains de ces enseignants. Les écoles liées aux Églises, qui ont un rôle central dans la préservation du patrimoine culturel et éducatif de Jérusalem, ont averti que ces mesures compromettent leur capacité à poursuivre leurs activités.
Mireille Sève, d’après le rapport annuel de Civic Coalition for Jerusalem 2025 (suite de l’article « Israël veut remodeler l’espace à Jérusalem et en Cisjordanie » du PalSol n° 96)
Photo : Des véhicules palestiniens circulent sur la rocade orientale, à Az Za’ayyem, en Cisjordanie. Cette route comporte des voies séparées pour les conducteurs palestiniens et israéliens, délimitées par un mur de béton de huit mètres de haut. © Ahmad Al-Bazz/Activestills




