Territoires palestiniens – La mise en place par l’armée israélienne de sites militaires permanents et fortifiés dans la bande de Gaza, à proximité de la « ligne jaune », constitue une escalade extrêmement dangereuse. La « ligne jaune » imposée par Israël isole environ 55 % de la bande de Gaza et la place sous contrôle direct d’Israël.
Cela s’inscrit dans le cadre d’une politique systématique visant à imposer un fait accompli permanent, ouvrant la voie à l’annexion de facto d’une grande partie du territoire palestinien occupé, détruisant ce qui reste de son intégrité territoriale et consolidant la présence illégale d’Israël.
Euro-Med Human Rights Monitor a constaté une accélération marquée de la construction de sites militaires israéliens fixes et fortifiés à quelques mètres seulement de la route Salah al-Din, dans l’est de Gaza, près de la ligne jaune. Ces sites se composent de monticules et de remblais surélevés s’étendant sur de vastes zones, où sont stationnés des soldats et des véhicules militaires, ainsi que des tours radio, des miradors et d’autres équipements logistiques. Cela témoigne d’une volonté d’ancrer une présence militaire permanente et d’imposer de nouveaux faits sur le terrain.
L’équipe de terrain d’Euro-Med Monitor a confirmé la mise en place d’au moins 20 sites militaires de tailles diverses dans l’est de Gaza, ce qui témoigne d’un effort accéléré visant à imposer des faits accomplis sur le terrain et à consolider un contrôle à long terme sur de vastes portions de la bande de Gaza en vue d’une annexion. Cela va directement à l’encontre des dispositions de la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu, qui était censée déboucher sur un retrait israélien plutôt que sur un déploiement accru et une présence militaire renforcée.
Ces sites militaires israéliens nouvellement établis ont été construits sur les ruines de maisons, de terres agricoles et d’autres biens palestiniens, à la suite de campagnes exhaustives et systématiques de destruction, de démolition au bulldozer et de nivellement du terrain menées par l’armée israélienne. Ces opérations ont touché des villes et des quartiers entiers et ont radicalement modifié leur géographie, dans le but d’effacer leur caractère palestinien et de les transformer en casernes et en zones militaires qui renforcent la présence illégale d’Israël et son contrôle sur le territoire.
Les politiques israéliennes dans la bande de Gaza s’inscrivent dans un système colonialiste plus large visant les terres et le peuple palestiniens. Les sites militaires et la Ligne jaune comptent parmi les derniers outils utilisés pour isoler de vastes zones de Gaza et les placer sous contrôle militaire israélien direct, facilitant ainsi l’annexion de facto de parties du territoire palestinien occupé. Cela constitue un acte d’agression continu et une violation grave des Conventions de Genève et de l’interdiction impérative d’acquérir des territoires par la force, et porte directement atteinte aux principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies.
Ces sites militaires semblent conçus pour empêcher les Palestiniens de la bande de Gaza de retourner dans leurs zones en isolant de vastes parties de l’enclave, en en restreignant l’accès et en compromettant les conditions nécessaires à la vie sur place. Cela contribue au dépeuplement du territoire et à l’imposition de changements démographiques et géographiques, dans le prolongement direct de la politique israélienne de confiscation des terres et de déplacement des Palestiniens.
En outre, ces pratiques peuvent constituer des violations graves des règles régissant l’occupation belligérante, en particulier la quatrième Convention de Genève et le Règlement de La Haye.
Une puissance occupante ne peut remodeler le territoire occupé ni imposer des changements permanents à son statut juridique ou physique, et elle ne peut détruire des biens, sauf dans les circonstances strictes, exceptionnelles et temporaires requises par une nécessité militaire impérative.
Ces actes impliquent également des comportements explicitement interdits par le droit international humanitaire, notamment le transfert forcé ou la déportation de personnes protégées hors du territoire occupé. De tels actes constituent des crimes de guerre et peuvent équivaloir à des crimes contre l’humanité lorsqu’ils sont commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre la population civile ; ils peuvent également relever de la Convention sur le génocide lorsqu’ils s’accompagnent d’une intention spécifique de destruction.
L’équipe de terrain d’Euro-Med Monitor a documenté un schéma récurrent de tirs d’armes à feu et de bombardements de chars depuis ces sites militaires visant des civils, notamment des résidents vivant près de la Ligne jaune et des personnes dans des quartiers abritant des tentes pour les familles déplacées. Cela indique que ces sites sont utilisés non seulement pour exercer un contrôle sur le territoire, mais aussi pour mettre en danger la vie quotidienne des civils et pour prendre pour cible des personnes qui se déplacent ou tentent d’accéder à l’aide humanitaire.
Ces sites militaires constituent une menace directe et grave pour les civils circulant sur la route de Salah al-Din, dans l’est de Gaza, l’une des rares voies vitales reliant les gouvernorats de la bande de Gaza. Euro Med Monitor a signalé des tirs répétés depuis ces sites, notamment un incident survenu le lundi 6 avril au matin, au cours duquel Majdi Mustafa Ibrahim Aslan, 52 ans, sous-traitant de l’Organisation mondiale de la santé, a été tué, en violation flagrante de la protection due aux civils et de la protection renforcée associée au travail humanitaire.
Les forces israéliennes utilisent ces sites militaires pour fournir un tir de couverture aux groupes armés opérant sous leur direction et leur supervision, tout en prenant systématiquement pour cible la police civile de Gaza et en entravant sa capacité à exercer ses fonctions. Cela démantèle les structures locales chargées de maintenir l’ordre public, créant un vide sécuritaire délibéré dans des zones civiles densément peuplées.
Ce schéma est dangereux non seulement parce qu’il aggrave les violations, mais aussi parce qu’il crée une structure de violence dans laquelle les actions de la puissance occupante se confondent avec celles de groupes armés irréguliers. Ce chevauchement peut brouiller les responsabilités, compliquer la reddition de comptes, ancrer l’impunité et exposer les civils à la violence, au contrôle et à la coercition de multiples acteurs sans protection effective.
La communauté internationale doit prendre des mesures immédiates et efficaces pour mettre fin aux crimes israéliens en cours dans la bande de Gaza et rejeter toute mesure ou tout arrangement sur le terrain qui entérinerait un changement démographique ou géographique forcé, réduirait la superficie de l’enclave ou la fragmenterait. Permettre la poursuite de telles mesures consoliderait des réalités illégales imposées par la force et risquerait de les transformer en un fait accompli permanent.
Israël doit se retirer complètement de la bande de Gaza et mettre fin à sa présence illégale sur l’ensemble du territoire palestinien occupé, y compris la Cisjordanie et Jérusalem-Est, conformément à la décision de la Cour internationale de justice selon laquelle cette présence doit cesser aussi rapidement que possible et en conformité avec la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies appelant Israël à le faire sans délai.
Euro-Med Monitor appelle à la levée immédiate et totale du blocus de la bande de Gaza, à l’ouverture des points de passage et à la garantie d’un accès humanitaire complet, sûr et durable à toutes les parties de l’enclave. Le blocus, le refus de fournir des biens essentiels et les restrictions imposées à l’espace humanitaire ne sont pas de simples tactiques de pression, mais de graves violations du droit international qui accentuent les risques de déplacement forcé, de famine et d’effondrement social.
Les obligations des États ne se limitent pas à une condamnation politique ; elles exigent des mesures concrètes pour mettre fin aux violations. Celles-ci comprennent l’imposition de sanctions ciblées, l’arrêt de toute coopération militaire, sécuritaire, logistique ou en matière de renseignement susceptible de contribuer directement ou indirectement au maintien de cette situation illégale, et l’abstention de fournir toute aide, assistance ou reconnaissance qui légitimerait une annexion de facto ou une occupation illégale. Euro-Med Monitor appelle à une action collective par l’intermédiaire des Nations unies pour garantir la responsabilité et mettre fin à cette situation illégale.
Traduction : AFPS
Photo : Israël déplace la ligne jaune plus profondément dans la ville de Gaza, 13 décembre 2025 © Motasem A Dalloul




