GENÈVE – Le gouvernement israélien a accéléré l’expansion illégale des colonies et l’annexion de vastes portions de la Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, provoquant le déplacement forcé de plus de 36 000 Palestiniens dans un contexte de recrudescence de la violence de la part des forces de sécurité israéliennes et des colons, selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Ce rapport, qui couvre la période de 12 mois allant jusqu’au 31 octobre 2025, recense 1 732 incidents de violence commis par des colons ayant entraîné des blessés ou des dégâts matériels, contre 1 400 au cours de la période précédente. Cela inclut le harcèlement incessant, l’intimidation et la destruction de maisons et de terres agricoles.
« La violence des colons s’est poursuivie de manière coordonnée, stratégique et largement impunie, les autorités israéliennes jouant un rôle central dans la direction, la participation ou la facilitation de ces agissements », indique le rapport, rendant difficile la distinction entre la violence de l’État et celle des colons. L’impunité persistante et généralisée « facilite et encourage la violence et le harcèlement à l’encontre des Palestiniens », ajoute-t-il.
En octobre dernier, au moment de la récolte des olives, le rapport a recensé 42 attaques de colons ayant blessé 131 Palestiniens, dont 14 femmes et un garçon, soit le nombre le plus élevé enregistré en un seul mois depuis 2006. Les attaques quotidiennes menées par des colons armés, des soldats et des « colons-soldats » – dont beaucoup ont été armés, équipés et formés par les autorités de l’État –, ainsi que la fermeture de nouvelles terres aux propriétaires fonciers et aux récoltants palestiniens, ont fait de la saison 2025 la pire depuis des décennies.
Dans certains cas, le rapport a constaté que des actes de violence sexiste ont été le déclencheur final du déplacement. D’autres attaques ont entraîné la séparation des familles, les femmes et les enfants étant contraints de partir, tandis que les membres masculins de la famille restaient sur place pour tenter de conserver la possession des terres et des biens.
« Les déplacements en Cisjordanie occupée, qui coïncident avec les déplacements massifs de Palestiniens à Gaza, perpétrés par l’armée israélienne, semblent indiquer une politique israélienne concertée de transfert forcé de masse sur l’ensemble du territoire occupé, visant à un déplacement permanent, ce qui soulève des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique », indique le rapport.
Il a souligné le risque accru de déplacement auquel sont confrontés des milliers de Palestiniens issus des communautés bédouines situées au nord-est de Jérusalem-Est en raison de l’avancement des plans de colonisation, ajoutant que le transfert illégal de personnes protégées constitue un crime de guerre au sens de la quatrième Convention de Genève. Le rapport note que de tels actes peuvent engager la responsabilité pénale individuelle des fonctionnaires qui y participent et, dans certaines circonstances, peuvent également constituer un crime contre l’humanité.
Le rapport conclut également que le transfert de pouvoir de l’armée israélienne aux autorités civiles, les mesures visant à confisquer des terres palestiniennes pour l’expansion des colonies, ainsi que d’autres politiques et pratiques discriminatoires « ont constitué un régime institutionnalisé de discrimination, d’oppression et de violence systématiques de la part d’Israël à l’encontre des Palestiniens », violant l’interdiction de la ségrégation raciale et de l’apartheid prévue par le droit international.
Le rapport souligne la promotion ou l’approbation par les autorités israéliennes de 36 973 logements dans les colonies de Jérusalem-Est occupée et d’environ 27 200 dans le reste de la Cisjordanie. Un nombre sans précédent de 84 nouvelles avant-postes a également été établi au cours de la période couverte par le rapport. Le rapport note également l’expansion de l’activité de colonisation dans la zone B de la Cisjordanie occupée, qui relève de la juridiction de l’Autorité palestinienne conformément aux accords d’Oslo.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, appelle Israël à cesser immédiatement et complètement la création et l’expansion des colonies, à évacuer tous les colons et à mettre fin à l’occupation du territoire palestinien. Israël doit également permettre le retour des Palestiniens déplacés et mettre fin à toutes les pratiques de confiscation de terres, d’expulsions forcées et de démolitions de maisons.
Traduction : AFPS
Photo : Les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ont été établies et sont maintenues en violation du droit international © Nations Unies Genève




