Photo : Roger Waters, cofondateur de Pink Floyd. Capture d’écran.
Points clés
– Waters a déclaré que ses voyages en Cisjordanie occupée l’avaient confronté au système d’apartheid israélien et avaient radicalement changé ses opinions.
– Le cofondateur de Pink Floyd a expliqué que son engagement en faveur de la Palestine avait entraîné l’annulation de concerts, des refus d’hébergement dans des hôtels et des pressions sur les associations caritatives qui lui sont associées.
– Waters a condamné le génocide perpétré par Israël à Gaza et les attaques contre l’Iran, avertissant qu’une escalade continue pourrait conduire à une catastrophe nucléaire.
« J’ai vu l’apartheid »
La légende du rock et cofondateur de Pink Floyd, Roger Waters, a déclaré que le fait d’avoir été témoin des politiques israéliennes en Cisjordanie occupée avait transformé sa compréhension de la Palestine et l’avait poussé à devenir un défenseur déclaré des droits des Palestiniens.
Dans une interview accordée à Tucker Carlson et publiée au début du mois, Waters est revenu sur ses premiers séjours en Palestine et sur les expériences qui l’ont conduit à remettre en cause ce qu’il a qualifié d’années de propagande trompeuse sur Israël.
« Je croyais à toute la propagande des Israéliens socialistes et à leurs méthodes démocratiques » a déclaré Waters. « Puis je m’y suis rendu et j’ai vu l’apartheid. »
Le musicien britannique a déclaré que sa décision de s’exprimer publiquement sur la Palestine lui avait coûté cher personnellement et professionnellement, avec notamment des concerts annulés, des pressions exercées sur des associations caritatives et des tentatives visant à l’empêcher de trouver des hébergements pendant ses tournées.
« L’enfer sur terre »
Waters a expliqué qu’il avait initialement prévu de se produire à Tel-Aviv, mais qu’il avait annulé le concert pour se produire à la place à Neve Shalom/Wahat al-Salam, un village fondé par des citoyens israéliens juifs et palestiniens.
Il a ensuite beaucoup voyagé à travers la Cisjordanie occupée en compagnie de représentants de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine, connu sous le nom d’UNRWA.
Une conversation survenue lors d’un trajet vers Jénine, a-t-il raconté, a radicalement changé sa perspective.
« Un jour, alors que nous roulions vers le nord en direction de Jénine, j’ai dit : “Au moins, ils ont de belles routes” », se souvient Waters. Une responsable de l’UNRWA qui voyageait avec lui lui aurait répondu : « Oui, si vous êtes juif. »
Lorsque Waters lui a demandé ce qu’elle voulait dire, elle lui a expliqué que les Palestiniens n’avaient pas le droit de circuler sur cette route.
« Je n’y croyais pas » a-t-il déclaré. « Mais j’y ai cru au bout d’un moment, et j’ai vu de mes propres yeux. C’était tout simplement l’enfer sur terre. »
« Ils ont créé l’enfer sur terre » a ajouté M. Waters.
La Cisjordanie occupée comporte un vaste réseau de routes, de postes de contrôle et de zones militaires qui imposent de sévères restrictions à la liberté de circulation des Palestiniens tout en desservant les colonies israéliennes illégales.
« On ne peut pas tolérer l’apartheid »
M. Waters a déclaré que cette expérience l’avait convaincu que le silence n’était plus une option.
« J’ai décidé de m’exprimer haut et fort et de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour aider mes frères et sœurs palestiniens à obtenir les mêmes droits humains que leurs frères et sœurs juifs entre le Jourdain et la mer » a-t-il déclaré.
Il a souligné que sa position reposait sur l’égalité des droits et non sur la violence.
« Je ne demande à personne de tuer qui que ce soit » a précisé Waters. « Mais on ne peut pas laisser des sociétés d’apartheid se développer dans le monde. »
Le musicien est depuis devenu l’un des artistes internationaux les plus en vue à soutenir les droits des Palestiniens et le boycott culturel d’Israël.
Il a condamné à plusieurs reprises l’occupation israélienne, le système d’apartheid et le génocide à Gaza.
« Détruire ma carrière »
Waters a déclaré que son engagement avait déclenché une campagne soutenue visant à le discréditer sur le plan professionnel.
« Le lobby israélien aux États-Unis, en particulier, n’était pas des plus ravis » a-t-il déclaré. « Depuis lors, ils ont tout mis en œuvre pour détruire ma carrière. »
Waters a affirmé que ces efforts avaient échoué. « Ils ont échoué » a-t-il ajouté. « Je riposte. »
Il a déclaré que des organisations et des donateurs avaient fait pression sur des associations caritatives pour qu’elles mettent fin à leurs liens avec lui en raison de ses critiques envers Israël. Un exemple concerne « Stand Up for Heroes », un événement caritatif en faveur des vétérans américains blessés.
Waters a expliqué que les organisateurs l’avaient informé qu’il ne pouvait plus y participer en raison de pressions exercées par des groupes pro-israéliens. « C’est le lobby israélien qui a décidé que tu ne pouvais plus le faire » se souvient-il s’être entendu dire.
« Donc, on n’a pas le droit d’aider les anciens combattants si on critique Israël » a-t-il rétorqué. « C’est exact » lui ont répondu les organisateurs, selon ses dires.
Waters a déclaré que des pressions similaires avaient été exercées sur City Harvest, une association caritative new-yorkaise d’aide alimentaire au sein de laquelle il avait fait du bénévolat.
« Ils ont dit la même chose à City Harvest » a-t-il expliqué. « “Pas un seul centime de notre part si vous continuez à travailler avec Roger Waters.” »
Concerts et hôtels
Waters a déclaré que les conséquences de son militantisme l’avaient également suivi lors de sa tournée internationale de 2023. Il a expliqué qu’il n’avait pas pu trouver d’hébergement à Buenos Aires, en Colombie, en Équateur et en Uruguay.
« Je n’ai trouvé aucun hôtel où séjourner, ni à Buenos Aires, ni en Colombie, ni en Équateur » a-t-il déclaré.
Interrogé sur les raisons de cette situation, Waters a répondu que des réseaux pro-israéliens bien organisés en étaient responsables. « Il existe un lobby israélien très bien organisé dans tous ces endroits » a-t-il déclaré.
Il a également évoqué les tentatives d’annulation de ses concerts en Europe.
« Ils ont effectivement annulé mon concert à Cracovie, en Pologne » a déclaré Waters, ajoutant que des efforts avaient également été déployés pour l’empêcher de se produire à Francfort.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles ces concerts étaient visés, il a répondu : « Ils voulaient m’annuler parce que j’ai critiqué le génocide. »
« Je suis contre le génocide », a-t-il ajouté.
Gaza et l’Iran
Waters a également évoqué le génocide perpétré par Israël à Gaza et les récentes attaques militaires contre l’Iran. Il a qualifié la campagne contre l’Iran de « méprisable » et a remis en question la légitimité de ces attaques.
« Qu’ont-ils fait ? » a-t-il demandé. « Ils ne représentent certainement aucune menace pour qui que ce soit aux États-Unis d’Amérique ou en Israël, pour autant que nous puissions en juger. Aucune. »
Waters a averti que l’escalade de la guerre régionale pourrait déclencher une catastrophe mondiale.
« Cela pourrait déboucher à tout moment sur un conflit nucléaire » a-t-il déclaré.
Il a fait valoir que les citoyens ordinaires avaient la responsabilité de s’opposer à la guerre et au militarisme. « Nous, le peuple, devons nous unir et faire entendre notre voix chaque fois que nous en avons l’occasion, car nous sommes nombreux et ils sont peu nombreux. »
« Rien contre le peuple juif »
Tout au long de l’interview, Waters a rejeté les tentatives visant à présenter ses critiques à l’égard d’Israël comme de l’hostilité envers le peuple juif.
« Je n’ai rien contre le peuple juif - absolument rien » a-t-il déclaré. « Je me fiche complètement de la religion de qui que ce soit. »
Waters a expliqué que son militantisme et son œuvre artistique reposaient sur l’opposition à l’oppression et sur la conviction que nous appartenons tous à la même humanité. « Chaque mot que j’ai jamais écrit vise à encourager l’empathie » a-t-il déclaré.
Évoquant une phrase tirée d’un de ses livres préférés, Waters a résumé le principe qui, selon lui, a guidé sa vie et son œuvre.
« Que veux-tu devenir quand tu seras grand ? » a-t-il demandé. « Gentil. »
Traduction : AFPS




