Cet article contient des descriptions explicites de violences sexuelles.
Les enquêteurs de l’ONU ont confirmé plusieurs viols de détenus palestiniens par les forces israéliennes, mais n’ont toujours pas confirmé une seule allégation de violence sexuelle à l’encontre d’Israéliens commise le 7 octobre 2023 ou après cette date.
Dans son dernier rapport annuel au Conseil de sécurité sur les violences sexuelles dans les conflits armés, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avertit que les crimes avérés commis contre des Palestiniens doivent être considérés comme « révélateurs d’incidents et de schémas » plus généraux.
Pour la première fois, M. Guterres a ajouté les forces militaires et de sécurité israéliennes à la liste de l’ONU des entités soupçonnées de manière crédible d’être responsables de schémas de viols ou d’autres formes de violences sexuelles.
Il est difficile de documenter toute l’étendue de ces crimes car Israël continue de refuser aux enquêteurs de l’ONU l’accès aux lieux de détention et à Gaza, tandis que les signalements sont encore entravés par des « menaces explicites » des forces israéliennes « contraignant les détenus à ne pas signaler les abus », selon le rapport.
Viols et viols collectifs
L’ONU a vérifié des cas de violences sexuelles, y compris des viols et des violences sexuelles utilisées comme moyen de torture, commis par les forces israéliennes à l’encontre de 31 Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie : 14 hommes, sept femmes, neuf garçons et une fille.
Treize de ces cas se sont produits en 2025, et 18 en 2023 et 2024. Les violations comprenaient des viols, des viols avec des objets, des viols collectifs, des tentatives de viol, la nudité forcée, des menaces de viol, des attouchements non consentis sur les seins et les parties génitales, des violences génitales, des tirs ciblés sur les parties génitales, ainsi que des fouilles à nu et des fouilles corporelles « sans justification apparente en matière de sécurité ».
Des viols et des viols collectifs, parfois répétés, ont été confirmés pour neuf victimes, dont la plupart provenaient de Gaza.
L’ONU a identifié les auteurs comme étant les forces militaires et de sécurité israéliennes, notamment l’armée israélienne, l’administration pénitentiaire israélienne, ses forces spéciales Keter et Yamam, l’unité de « lutte contre le terrorisme » de la police.
Ces exactions ont eu lieu principalement pendant la détention et les interrogatoires, notamment dans les prisons et les camps de détention de Sde Teiman, Etzion, Majnunah, Megiddo, Ofer, Ramla, Hasharon, Shatta, Nafha, Damon et au poste de police de Gush Etzion. D’autres se sont produites aux postes de contrôle et lors d’opérations militaires israéliennes.
Parmi les victimes figuraient des journalistes et des défenseurs des droits humains. Certaines violations ont été filmées ou photographiées, y compris l’un des viols.
Les femmes détenues ont principalement été victimes de menaces de viol, de nudité forcée, d’attouchements non désirés et de « fouilles à nu humiliantes ou dégradantes sans justification ».
Les hommes et les garçons ont été victimes de viols, de tentatives de viol et de violences génitales, cinq victimes masculines ayant souffert de saignements rectaux graves ou de gonflements pendant des jours, voire des semaines, sans recevoir de soins médicaux dans certains cas.
Le rapport ajoute que les détenus libérés sont retournés dans des conditions catastrophiques à Gaza.
Le rapport de l’ONU indique que l’incapacité de longue date d’Israël à demander des comptes à ses forces a créé un climat d’impunité pour les violations commises à l’encontre des Palestiniens.
Il cite le cas de cinq soldats de réserve israéliens inculpés en février 2025 pour avoir gravement agressé un détenu palestinien à Sde Teiman en juillet 2024.
Malgré des preuves vidéo et médicales – et des allégations selon lesquelles l’agression aurait consisté à insérer un objet dans l’anus de la victime, lui causant de graves lésions rectales – l’acte d’accusation ne comprenait pas de chefs d’accusation de viol ou de violence sexuelle.
En mars 2026, toutes les charges ont été abandonnées et les auteurs présumés ont été largement célébrés en Israël comme des héros.
Ces conclusions concordent avec d’autres enquêtes indépendantes sur les violences sexuelles systématiques commises par Israël à l’encontre des Palestiniens.
Aucune victime israélienne vérifiée
Par ailleurs, le nouveau rapport de l’ONU ne contient aucune nouvelle preuve étayant les allégations d’Israël concernant des viols massifs et des violences sexuelles systématiques commis par des Palestiniens le 7 octobre 2023. En réalité, il semble même affaiblir davantage ces allégations.
Dans son rapport au Conseil de sécurité l’année dernière, M. Guterres a désigné le Hamas – mais pas Israël – comme partie responsable de ces pratiques de violences sexuelles et de viols.
Dans le rapport de l’année dernière, Guterres a déclaré qu’une mission en Israël début 2024, dirigée par Pramila Patten, la représentante spéciale du secrétaire général sur les violences sexuelles, « a trouvé des informations claires et convaincantes selon lesquelles certains otages emmenés à Gaza ont été soumis à diverses formes de violences sexuelles liées au conflit pendant leur captivité ».
Guterres a également écrit que la mission de Patten « a trouvé des motifs raisonnables de croire que des violences sexuelles, y compris des viols et des viols collectifs, ont eu lieu lors des attaques du 7 octobre 2023 en plusieurs endroits ».
Les affirmations de Mme Patten, contenues dans un rapport spécial distinct publié en mars 2024, avaient alors été largement relayées comme corroborant la version israélienne.
Cependant, le rapport de M. Guterres de l’année dernière précise que les preuves citées par Mme Patten étaient « circonstancielles » et M. Guterres n’a pas indiqué qu’un seul cas de violence sexuelle, y compris de viol, avait été vérifié.
Le rapport de Guterres de 2026 ne fait toujours aucune référence à des victimes israéliennes vérifiées de violences sexuelles présumées commises par des Palestiniens, y compris des viols.
Il indique qu’après deux accords de cessez-le-feu en 2025 ayant conduit à la libération de plus de 50 otages détenus par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens à Gaza, six anciens otages israéliens ont publiquement dénoncé des violences sexuelles.
Parmi elles figuraient une otage libérée en janvier 2025, deux femmes libérées en 2023 qui se sont exprimées publiquement en mars 2025 et trois otages masculins libérés en octobre 2025.
Guterres indique que « les Nations unies n’ont pas été en mesure de vérifier aucun de ces rapports, étant donné que le gouvernement israélien continue de refuser l’accès aux organes compétents des Nations unies pour mener des enquêtes ».
Le rapport du secrétaire général ne fait aucune mention de nouvelles preuves, et encore moins de victimes, qui pourraient corroborer les allégations générales formulées par Patten en 2024 concernant des violences sexuelles le 7 octobre.
Guterres note également que l’ONU « n’a pas encore reçu d’informations sur des mises en accusation par les autorités israéliennes pour des faits de violences sexuelles à l’encontre de Palestiniens détenus accusés d’implication dans les attaques ».
Malgré les gros titres sensationnels générés par le rapport de Patten de mars 2024, ses conclusions détaillées ont en réalité davantage sapé qu’elles n’ont soutenu le discours de propagande d’Israël : par exemple, l’équipe de Patten n’a pas été en mesure de trouver une seule photo ou vidéo documentant des viols le 7 octobre ou contenant des « indices tangibles de viol ».
Ce qui ressort clairement du rapport annuel de cette année, c’est que l’ONU n’a obtenu aucune nouvelle preuve depuis lors.
Cela concorde avec les conclusions antérieures.
En juin 2024, la commission d’enquête indépendante du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les événements et leurs conséquences du 7 octobre 2023 a déclaré avoir examiné des rapports faisant état de viols d’Israéliens « mais n’avoir pas été en mesure de vérifier de manière indépendante ces allégations ».
La commission a également déclaré qu’elle était « incapable de vérifier les rapports faisant état de tortures à caractère sexuel et de mutilations génitales » subies par des victimes israéliennes.
En janvier 2025, un procureur israélien a admis que les autorités n’avaient reçu aucune plainte concernant les cas présumés de viols du 7 octobre.
Et le mois dernier, un rapport israélien de 300 pages a tenté de relancer le récit des viols de masse, mais n’a pas non plus réussi à documenter un seul cas crédible de viol plus de deux ans et demi après les faits.
Jugement précipité
Lors d’une conférence de presse la semaine dernière pour le lancement du nouveau rapport de la secrétaire générale, Mme Patten a confirmé qu’elle « n’avait rencontré aucune survivante » des agressions sexuelles présumées du 7 octobre lors de sa visite en 2024.
Elle a déclaré qu’au début de l’année dernière, elle avait reçu une invitation du gouvernement israélien à retourner dans le pays, mais que les négociations prolongées sur les conditions de la visite avaient échoué en raison du refus d’Israël de fournir la moindre preuve qu’il mettait en œuvre des mesures pour mettre fin aux crimes sexuels contre les Palestiniens détenus et de permettre à l’ONU d’accéder aux centres de détention.
Lors de la conférence de presse, Mme Patten a été directement interpellée au sujet de sa visite de 2024.
La correspondante de France 24, Jessica Le Masurier, a souligné les preuves concrètes des crimes sexuels commis par Israël contre des Palestiniens, citées dans le rapport du secrétaire général de cette année, notamment des vidéos et des photos d’abus.
Elle a mis cela en contraste avec l’absence de preuves étayant les affirmations d’Israël concernant le 7 octobre.
« Je me souviens que lors de votre visite en Israël, vous m’avez dit que vous n’aviez pas pu rechercher de preuves », a déclaré Jessica Le Masurier à Mme Patten. Elle a ensuite demandé à Mme Patten si « avec le recul, vous regrettez ce voyage, étant donné qu’il a soulevé tant de problèmes quant à la possibilité de tirer des conclusions claires fondées sur des preuves ».
Mme Patten a répondu que sa visite en Israël en 2024 « revêtait un caractère exceptionnel, en raison du manque d’accès aux observateurs des droits de l’homme de l’ONU concernés ». Elle a fait valoir que si elle n’y était pas allée, « cela aurait signifié qu’il n’y aurait rien eu dans le rapport du secrétaire général sur les attaques du 7 octobre ».
Une façon d’interpréter la réponse de Patten est qu’en l’absence de preuves crédibles de violences sexuelles le 7 octobre, elle et son supérieur António Guterres ont préféré recycler et amplifier les allégations israéliennes non vérifiées et la propagande sur les atrocités plutôt que d’attendre des preuves crédibles – preuves qui, près de trois ans plus tard, sont toujours introuvables.
Ce faisant, Guterres et Patten – délibérément ou non – ont aidé et encouragé la propagande israélienne sur les atrocités, utilisée pour mobiliser le soutien en faveur d’un génocide en cours que le secrétaire général de l’ONU refuse toujours de nommer.
Traduction : AFPS
Photo : Des prisonniers palestiniens sont rassemblés par l’armée israélienne, avril 2024 © Quds News Network




