L’Espagne a annoncé une série de mesures radicales visant à accroître la pression sur Israël au sujet du génocide en cours à Gaza, notamment l’interdiction des livraisons d’armes à destination d’Israël via les ports et l’espace aérien espagnols. Le Premier ministre Pedro Sánchez a fait cette annonce lors d’une allocution télévisée aujourd’hui, renforçant ainsi la rupture de Madrid avec la position pro-israélienne adoptée par la plupart des gouvernements européens.
« Nous interdirons aux navires transportant des armes à destination d’Israël d’accoster dans les ports espagnols et aux avions transportant des armes à destination d’Israël d’utiliser l’espace aérien espagnol », a déclaré M. Sánchez. « Nous renforcerons également notre soutien à l’Autorité palestinienne et à l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA) et imposerons un embargo sur les produits provenant des colonies israéliennes illégales dans les territoires palestiniens occupés. »
Plus important encore, le gouvernement espagnol interdira également l’entrée sur son territoire aux personnes directement impliquées dans ce que M. Sánchez a explicitement qualifié de « génocide ».
« Nous espérons que [ces mesures] permettront d’exercer une pression supplémentaire sur le Premier ministre Netanyahu et son gouvernement afin d’alléger certaines des souffrances endurées par la population palestinienne », a-t-il déclaré.
Il s’agit là de la condamnation la plus virulente jamais prononcée par un chef de gouvernement européen, utilisant une terminologie généralement évitée par les responsables occidentaux lorsqu’ils font référence aux actions génocidaires d’Israël à Gaza. La réaction de l’Espagne contraste fortement avec celle du Royaume-Uni, de l’Allemagne et d’autres États européens, dont beaucoup continuent de soutenir Israël sur les plans diplomatique et militaire malgré les preuves de plus en plus nombreuses d’actes génocidaires.
De son côté, le gouvernement israélien a réagi avec colère. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé Sánchez d’antisémitisme et d’essayer de détourner l’attention des accusations de corruption au niveau national. En représailles, Israël a interdit l’entrée sur son territoire à deux ministres espagnoles, Yolanda Díaz et Sira Rego, toutes deux membres du parti de gauche espagnol Sumar.
Ces mesures interviennent dans un contexte de critiques croissantes à l’égard de la complicité européenne dans les crimes de guerre israéliens. Le Royaume-Uni, par exemple, a été confronté à des appels lancés par des centaines d’organisations et de hauts responsables militaires pour qu’il mette fin à ses exportations d’armes vers Israël et à ses vols de surveillance au-dessus de Gaza.
Si le Royaume-Uni a récemment signé un protocole d’accord avec l’Autorité palestinienne affirmant son soutien à une solution à deux États basée sur les frontières de 1967 et rejetant l’expansion des colonies israéliennes, il a simultanément permis la poursuite de la coopération militaire avec Israël, y compris pendant les périodes de bombardements actifs de Gaza.
En revanche, la décision de l’Espagne va dans le sens des appels lancés par les organismes internationaux de défense des droits humains, la Cour internationale de justice et une partie croissante de la société civile européenne, qui réclament des mesures concrètes pour mettre fin au massacre à Gaza. La position du gouvernement espagnol reflète ce que beaucoup considèrent comme un changement vers une politique étrangère fondée sur des principes et le droit international plutôt que sur des considérations géopolitiques.
Traduction : AFPS
Photo : Pedro Sanchez au Parlement Européen, 16 janvier 2019 © Parlement Européen




