Photo : A gauche : Khalida Jarrar lors de son audition préalable à la prolongation de sa détention administrative © Palestine Captives / A droite : Khalida Jarrar le soir de sa libération, 19 janvier 2025
La prisonnière palestinienne Khalida Jarrar a été libérée par Israël dimanche, dans le cadre de la première vague d’échanges de prisonniers convenue avec le Hamas lors de l’accord de cessez-le-feu à Gaza.
Cette femme de 61 ans, députée, féministe et défenseur des droits des prisonniers, était maintenue en détention administrative - une politique qui permet aux autorités israéliennes de détenir des personnes sans inculpation ni jugement - depuis le 26 décembre 2023.
La détention de Mme Jarrar a été renouvelée à plusieurs reprises.
En août, elle a été placée à l’isolement comme « forme de punition », selon le Club des prisonniers palestiniens, et détenue pendant six mois dans une cellule de 1 m sur 1,5 m à la prison d’Ayalon (Ramla).
Le groupe de défense des droits Addameer a indiqué que la cellule avait « à peine assez d’espace pour un matelas », et que ses vêtements, ses produits d’hygiène, sa nourriture et son eau étaient tous sévèrement limités.
La longue carrière de Mme Jarrar en tant qu’activiste lui a valu de passer les trois dernières décennies en détention, perdant son père, sa fille et son neveu alors qu’elle était derrière les barreaux.
Sa sœur Salam Altratot a déclaré à Middle East Eye que la dernière détention était la plus dure que Mme Jarrar ait endurée.
Une militante de longue date
Originaire de Naplouse, Jarrar est une dirigeante politique de premier plan et une militante des droits humains et du féminisme.
Elle a commencé à militer très tôt. Adolescente, elle se serait portée volontaire dans un groupe qui nettoyait la communauté locale et les écoles publiques, contre l’avis de nombreux membres de sa famille, qui estimaient que ce travail était plus adapté aux garçons.
Elle est ensuite devenue l’un des principaux dirigeants du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), un groupe nationaliste et marxiste-léniniste qui constitue la deuxième plus grande faction de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et qui a été désigné comme groupe terroriste par Israël et les États-Unis.
En 2006, elle a été élue au Conseil législatif palestinien, qui est le parlement de l’Autorité palestinienne, et a été nommée à la tête du comité des prisonniers.
Elle a joué un rôle de premier plan dans l’adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale (CPI) en 2015.
Mme Jarrar a également fait campagne sans relâche pour les droits des prisonniers palestiniens, en tant que directrice d’Addameer, une organisation de défense des droits des prisonniers basée à Ramallah, entre 1993 et 2005.
Détentions répétées
Le travail de Mme Jarrar a fait d’elle une cible répétée pour les autorités israéliennes, qui l’ont arrêtée à plusieurs reprises au cours des trois dernières décennies, la plaçant souvent en détention administrative.
Sa première arrestation a eu lieu en mars 1989, lorsqu’elle a participé à une manifestation à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
En avril 2015, les autorités israéliennes ont arrêté Mme Jarrar et l’ont d’abord placée en détention administrative sans inculpation.
Suite à la pression internationale croissante, un tribunal militaire israélien l’a inculpée de 12 infractions liées à la sécurité et à son appartenance au FPLP.
Jarrar a été reconnue coupable et condamnée à 15 mois de prison, cinq ans de mise à l’épreuve et une amende de 2 600 dollars.
La dirigeante palestinienne a poursuivi son travail en prison, créant une école et enseignant l’anglais à de jeunes détenues.
Elle a été libérée en juin 2016, avant d’être arrêtée un an plus tard lors d’un raid à l’aube à son domicile de Ramallah. Elle a été libérée en septembre 2021.
Mme Jarrar a également fait l’objet d’interdictions de voyager à long terme imposées par les autorités israéliennes, tandis que son mari a été détenu plus de dix fois.
Traduction : AFPS




