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Accueil > Informations > Actualités > « Je ne supportais pas de voir mes enfants pleurer de faim » : au cœur de « l’économie de déplacement » que les Gazaouis ont mise en place pour survivre au génocide
Actualités
mardi 18 août 2026
Mondoweiss par Tareq S. Hajjaj

« Je ne supportais pas de voir mes enfants pleurer de faim » : au cœur de « l’économie de déplacement » que les Gazaouis ont mise en place pour survivre au génocide

Dans les camps de réfugiés de Gaza, la lutte pour la survie a donné naissance à une nouvelle économie : un propriétaire de salle de sport fabrique des haltères à partir de canettes vides, un gérant de supermarché se reconvertit en boulanger, une femme au foyer devient vendeuse de rue… Chacun se reconstruit une existence à partir des décombres du génocide.

Photo : A Gaza, 1 foyer sur 5 ne mange qu’un repas par jour, 20 avril 2026 © Programme Alimentaire Mondial

Iman Mughira avait passé des mois et dépensé jusqu’à 250 000 dollars pour construire une salle de sport à Rafah avec plusieurs partenaires avant qu’Israël ne la détruise pendant le génocide. Déplacée à al-Mawasi, près de Khan Younis, dans le sud de Gaza, elle a suivi l’évolution de sa ville grâce à des images satellites jusqu’à ce qu’elle soit certaine que la salle de sport avait disparu.

« Quand j’ai réalisé qu’elle avait été détruite, j’ai eu l’impression que mon avenir avait lui aussi été anéanti », a déclaré Mughira, 33 ans, à Mondoweiss.

Mughira fait partie des milliers de Palestiniens de Gaza qui ont perdu leurs moyens de subsistance à cause de ce qu’un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a qualifié de « crise économique la plus grave jamais enregistrée » à Gaza, effaçant en moins de deux ans 22 ans de progrès en matière de développement. Privés de ce qu’ils avaient construit avant le génocide, de nombreux Palestiniens déplacés dans la bande de Gaza ont improvisé de nouveaux métiers et de nouvelles activités à partir de ce qui restait, essayant de poursuivre ce qu’ils avaient autrefois bâti sous des formes totalement différentes.

« Lorsque j’ai dû fuir, j’ai laissé derrière moi le rêve de ma vie, quelque chose que j’avais mis des années à construire, et je suis venue à al-Mawasi, où il n’y a ni sécurité ni stabilité », a déclaré Mughira à Mondoweiss. Après avoir fui Rafah pour al-Mawasi, Mughira explique que sa plus grande inquiétude était de savoir ce qu’il adviendrait de son entreprise. Elle avait suivi l’actualité de sa ville grâce à des images satellites, essayant de déterminer ce qui lui était arrivé, jusqu’au jour où elle a reçu la confirmation qu’elle avait été complètement rasée par l’armée israélienne, tout comme le reste de Rafah.

Une fois passé le choc initial lié à la perte de son commerce, Mughira a commencé à chercher un moyen de surmonter le chagrin qui l’accablait. Elle a remarqué ce qui s’entassait autour de chaque tente du camp : des boîtes de conserve vides provenant de l’aide alimentaire et des récipients d’huile de cuisson jetés.

« Ces matériaux sont disponibles dans chaque tente, car chaque tente reçoit de l’aide et jette ensuite les boîtes de conserve vides à la poubelle », a expliqué Mughira. « C’est là que j’ai eu l’idée de réutiliser ces boîtes pour créer quelque chose de nouveau et de positif pour les personnes déplacées. »

« Nous les avons remplies de sable et avons utilisé des morceaux de bois comme barres de fortune pour soulever les boîtes, qui sont ainsi devenues des haltères », a-t-elle expliqué.

Mughira a commencé à partager son expérience sur les réseaux sociaux et a reçu des messages de femmes des camps lui disant qu’elles s’étaient réservé une heure par jour pour faire de l’exercice et bouger à nouveau leur corps, sans avoir à se déplacer ni à dépenser de l’argent qu’elles n’avaient pas.

D’autres femmes lui ont confié que ces exercices les avaient aidées à retrouver leur forme physique et leur souplesse, ce qui leur permettait de mieux faire face aux contraintes physiques liées au déplacement, telles que porter de l’eau, transporter leurs affaires à la main, dormir sur le sable et laver le linge.

Finalement, des femmes ont commencé à venir en personne dans sa tente pour s’entraîner avec elle. Mughira explique avoir constaté que beaucoup d’entre elles souffraient de maladies ou de problèmes physiques, notamment de douleurs musculaires causées par le fait de dormir sur le sable à l’intérieur des tentes et par les tâches qu’elles devaient accomplir, comme laver le linge à la main, transporter et nettoyer leurs affaires.

« Je n’ai pas le choix »

Ayman Abu Muhareb, 44 ans, passe ses journées devant un four que sa famille a construit en terre et en paille près d’un camp de déplacés à Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, où il cuit du pain pour gagner un maigre revenu afin de subvenir aux besoins de sa famille de huit personnes, dont une fille atteinte d’une malformation cardiaque.

« Les médecins m’ont averti à plusieurs reprises de ne pas rester assis pendant de longues heures face à la fumée qui s’échappe du four, car je brûle du bois, du plastique et du tissu pour l’alimenter », a déclaré Abu Muhareb à Mondoweiss. « J’ai commencé ce travail il y a un an, et depuis, ma santé et ma condition physique se sont sensiblement détériorées. Mais je n’ai pas le choix. Je dois travailler pour ramener de quoi manger à ma famille et subvenir aux besoins de ma fille malade. »

Avant la guerre, raconte Abu Muhareb, il possédait un supermarché et vivait avec sa famille dans une relative stabilité. Depuis, le supermarché a été bombardé et les marchandises qui s’y trouvaient encore ont été pillées. Son moyen de subsistance a été entièrement détruit, le forçant à trouver un autre travail pour nourrir sa famille.

« Je ne me serais jamais imaginé qu’un jour je travaillerais comme boulanger pour les gens et les familles déplacées », a-t-il déclaré. « Mais les circonstances m’y ont contraint, tout comme elles ont contraint de nombreuses personnes à accepter des emplois qui ne leur conviennent pas pour subvenir à leurs besoins quotidiens. »

Mais malgré ces longues heures de travail, au mépris des conseils des médecins, il explique qu’il y a encore des jours où ce travail ne lui permet pas de subvenir à tous les besoins de sa famille.

Muhareb n’est pas le seul à avoir été contraint d’exercer un métier qu’il n’avait pas choisi. Partout à Gaza, des femmes qui n’avaient jamais été auparavant l’unique source de revenus de leur famille ont soudainement dû chercher du travail pour subvenir aux besoins de leur foyer, en particulier dans les familles où le mari ou le père avait été blessé ou tué.

Zeinab al-Najjar, 50 ans, est mère de huit enfants. Son mari a été blessé pendant la guerre et s’est retrouvé en fauteuil roulant, la laissant seule responsable de subvenir aux besoins de leur nombreuse famille par tous les moyens possibles.

Après avoir été déplacée vers le front de mer de Deir al-Balah, Zeinab al-Najjar s’est retrouvée confrontée à une lourde responsabilité. Elle a commencé à vendre des lupins, un en-cas courant à Gaza, parmi les tentes des familles déplacées.

Autrefois, elle était une mère qui préparait les repas pour ses enfants et s’occupait d’eux pendant que son mari travaillait. Aujourd’hui, les rôles se sont inversés, et c’est elle qui est chargée de mettre du pain sur la table de la famille.

« Le déplacement oblige les gens à changer leurs habitudes et à changer de métier », a expliqué Mme al-Najjar. « Je commence à travailler l’après-midi, quand la chaleur du soleil devient moins intense », a-t-elle déclaré. « Je travaille de longues heures, et parfois je rentre dans ma tente après minuit, quand je sais que j’ai gagné assez pour subvenir aux besoins de ma famille. »

« Je ne pouvais pas rester les bras croisés et regarder mes enfants, surtout les plus jeunes, pleurer de faim. Je sais que ce travail n’est peut-être pas fait pour moi, mais je n’ai pas d’autre choix. Je ne cherche ni profit ni richesse. Tout ce que je veux, c’est nourrir mes enfants, rien de plus. C’est ce que le déplacement nous a contraints à faire, jour après jour », a-t-elle ajouté.

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Gaza
  • Economie

Source

Publié par : Mondoweiss

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