Photo : L’armée israélienne opère des explosions massives dans la ville d’Al-Taybeh, sud du Liban, 24 mars 2026 © Quds News Network
Israël a annoncé son intention d’occuper de vastes zones du sud du Liban et de détruire les habitations situées le long de la frontière afin d’empêcher le retour d’environ 600 000 habitants, ce qui suscite des inquiétudes quant à un déplacement forcé à long terme.
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré qu’une fois les combats avec le Hezbollah terminés, Israël occuperait la zone située en aval du fleuve Litani, à environ 30 km de la frontière israélo-libanaise, dans le cadre de sa « zone tampon » au sud du Liban.
« À la fin de l’opération, l’armée israélienne contrôlerait la zone jusqu’au fleuve Litani, y compris les ponts restants sur le Litani, tout en éliminant les forces de Radwan qui se sont infiltrées dans la zone et en détruisant toutes les armes qui s’y trouvent », a déclaré M. Katz, faisant référence à l’unité d’élite du groupe pro-iranien Hezbollah.
Il a ajouté que toutes les habitations situées à proximité des villages seraient détruites « selon le modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza ». L’armée israélienne a rasé la plupart des habitations et des infrastructures publiques dans ces deux quartiers de Gaza.
Human Rights Watch a déclaré que des propos similaires tenus par Katz au cours de la semaine dernière pourraient constituer des déplacements forcés et des destructions aveugles, qui sont des crimes de guerre.
Dans une interview accordée dimanche à LBCI, un porte-parole de l’armée israélienne, le major Doron Spielman, a déclaré que « chaque maison du sud du Liban, les maisons chiites, sont des centres de commandement ».
Israël a lancé une campagne militaire au Liban peu après que le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël le 2 mars pour venger l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Des avions de combat israéliens ont bombardé ce qu’Israël qualifie de cibles du Hezbollah à travers le pays, tandis que ses troupes mènent une invasion terrestre à environ 30 km au sud du fleuve Litani.
L’objectif immédiat de l’invasion israélienne est de repousser le Hezbollah loin de la frontière afin de l’empêcher de tirer des roquettes sur les communautés du nord d’Israël.
Dimanche, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré avoir donné l’ordre à l’armée d’étendre la zone dite « tampon » à l’intérieur du Liban, sans toutefois préciser jusqu’où. La plupart des tirs de roquettes du Hezbollah vers Israël proviennent du nord du fleuve Litani et le groupe dispose d’importants stocks d’armes dans la vaste vallée de la Bekaa.
Les troupes israéliennes ont rapidement progressé à travers le sud du Liban, atteignant dimanche la ville de Bayada, à seulement 8 km de la ville de Tyr. Lors de la guerre précédente, en 2024, les troupes israéliennes n’avaient atteint Bayada que deux jours avant la fin des combats. Les troupes israéliennes se rapprochent également des villes du district de Nabatieh, dont la prise donnerait à l’armée israélienne une position dominante pour contrôler la région du Litani.
Israël a également mené une vague de frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth mardi.
L’armée libanaise s’est retirée mardi de ses positions dans les villes à majorité chrétienne de Rmeish et d’Ain Ebl alors que les troupes israéliennes avançaient, malgré les protestations des habitants.
Bien que situées à proximité de la frontière libano-israélienne, ces villes avaient jusqu’alors été largement épargnées par les frappes israéliennes. L’armée libanaise était restée jusqu’à présent dans ces villages, organisant des convois de nourriture et d’autres fournitures et facilitant l’évacuation des habitants qui souhaitaient partir.
Dix soldats israéliens ont été tués par le Hezbollah dans le sud du Liban, tandis que deux civils ont été tués dans le nord d’Israël par des tirs de roquettes du Hezbollah.
Au moins 1 268 personnes ont été tuées au Liban par Israël, selon le ministère libanais de la Santé.
Trois casques bleus de la mission des Nations unies au Liban ont été tués dimanche et lundi lors d’incidents distincts alors que les combats s’intensifiaient. Dimanche, deux casques bleus indonésiens près d’Aadshit al-Qusayr, dans le sud du Liban, ont été grièvement blessés dans une explosion près de leur base, l’un d’eux succombant plus tard à ses blessures. Lundi, une explosion près d’un véhicule à Bani Hayyan a tué deux autres soldats de la paix indonésiens.
La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a déclaré qu’elle enquêtait sur ces attaques, sans préciser si Israël ou le Hezbollah en était responsable. L’armée israélienne a également indiqué qu’elle menait une enquête.
Le sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a condamné ce qu’il a qualifié d’« incidents inacceptables » et a déclaré que « tous les actes qui mettent en danger les soldats de la paix doivent cesser ». L’Union européenne a également condamné ces attaques, et le Conseil de sécurité de l’ONU devait tenir une session d’urgence mardi à la demande de la France.
Au cours de la guerre de 13 mois, qui s’est terminée en 2024, les casques bleus de la FINUL ont été pris pour cible à plusieurs reprises par l’armée israélienne et leurs bases ont également été touchées par des tirs de roquettes du Hezbollah.
Plus d’un million de personnes ont été déplacées par l’invasion israélienne du Liban, dont plus de 80 % ne disposent d’aucun refuge officiel fourni par l’État. Les installations médicales et les infrastructures publiques telles que les ponts, les stations de traitement des eaux et les centrales électriques ont été endommagées et détruites par les attaques israéliennes dans le sud du Liban.
Si le sud est occupé de manière permanente et que les habitants sont empêchés de rentrer chez eux, les analystes prédisent une catastrophe sociale et politique au Liban, où la majeure partie de la population vivait déjà dans la pauvreté avant même le début de la guerre actuelle.
Traduction : AFPS




