Photo : Les forces israéliennes ont pris le contrôle du Centre de formation UNRWA de Qalandia, en retirant le drapeau de l’ONU et en le remplaçant par un drapeau israélien le 25 août 2026. Crédit : Eye on Palestine.
Mardi, les forces israéliennes se sont emparées du dernier établissement géré par l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, à Jérusalem-Est occupée.
Sous la direction du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, les forces ont mené un raid contre l’Institut de formation professionnelle de Qalandiya à Kafr Aqab, au nord de Jérusalem, avant d’évacuer le campus de 88 dunams (8,8 hectares).
Selon des sources palestiniennes, une quarantaine d’employés ont été brièvement interrogés, puis ont reçu l’ordre de partir et de ne pas revenir.
Ce centre dispensait depuis plus de 70 ans une formation professionnelle gratuite à des centaines d’adolescents réfugiés palestiniens.
Après la prise de contrôle, les forces israéliennes ont hissé le drapeau israélien dans la cour de l’institut.
Itamar Ben Gvir s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour célébrer cette prise de contrôle.
« Je suis assis dans ce qui était autrefois le bureau du directeur de l’UNRWA », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée en ligne. « Sous mon mandat, il n’y a pas d’UNRWA, il n’y a pas de direction, ils ne seront plus ici. »
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que cette saisie avait été menée sur ses ordres.
L’UNRWA a condamné ce raid, affirmant que des forces armées israéliennes avaient pénétré dans un site des Nations unies sans l’autorisation ni le consentement de l’organisation.
« L’entrée de forces de sécurité armées dans un site des Nations Unies, sans l’autorisation ni le consentement de l’Organisation, est inacceptable » a déclaré l’agence.
« Le KTC [Centre de formation de Qalandiya] est un site des Nations Unies protégé par les privilèges et immunités accordés à l’Organisation en vertu du droit international. Son inviolabilité doit être pleinement respectée. »
Cette prise de contrôle est intervenue alors que les forces israéliennes menaient des assauts contre des Palestiniens dans le camp de réfugiés voisin de Qalandiya.
Avant le raid, les forces israéliennes ont tiré à balles réelles et lancé des gaz lacrymogènes sur des Palestiniens se trouvant aux abords du centre et qui manifestaient contre l’opération. Un jeune garçon palestinien a été touché et blessé.
L’UNRWA prise pour cible
Marouf al-Rifai, conseiller du gouverneur de la province de Jérusalem de l’Autorité palestinienne, a déclaré que cette prise de contrôle était prévisible après des années d’incitation de la part du gouvernement israélien à l’encontre de l’UNRWA.
Le Parlement israélien a adopté en 2024 une loi interdisant à l’UNRWA d’opérer en Israël, à la suite d’allégations selon lesquelles certains membres du personnel de l’agence auraient participé à l’attaque du 7 octobre 2023 depuis Gaza.
Israël a commencé à appliquer cette interdiction en 2025, y compris à Jérusalem-Est occupée, qu’il a annexée en 1980 en violation du droit international.
Depuis lors, Israël a fermé six écoles gérées par l’UNRWA et trois centres de santé, ainsi que le siège de l’agence dans le quartier de Cheikh Jarrah.
L’Institut de formation professionnelle de Qalandiya était le dernier établissement de l’UNRWA encore en activité dans la ville.
Fondé en 1952 sur un terrain mis à disposition par le gouvernement jordanien, cet institut figurait parmi les premiers bâtiments de l’UNRWA construits à Jérusalem-Est.
Situé entre Kafr Aqab et le camp de réfugiés de Qalandiya, il dispensait chaque année une formation professionnelle à environ 340 étudiants dans 16 spécialisations.
« Le fait de prendre pour cible les institutions de l’UNRWA soulève des inquiétudes qui vont au-delà de l’agence elle-même, car il s’agit d’une agence des Nations unies financée par ses États membres » a déclaré M. al-Rifai à Middle East Eye.
« C’est un signe très dangereux indiquant que des institutions bénéficiant de l’immunité internationale et de celle des Nations unies sont prises pour cible. »
M. al-Rifai a indiqué que les autorités israéliennes avaient également pris pour cible d’autres organisations internationales à Jérusalem. Il a précisé que 36 organisations avaient été fermées ou avaient vu leur licence révoquée ces derniers mois, certaines ayant reçu l’ordre de déménager leurs bureaux à Ramallah.
Selon M. al-Rifai, les autorités israéliennes prévoient de remplacer certaines de ces organisations par des équipements publics et des écoles dispensant le programme scolaire israélien dans des zones à majorité palestinienne.
« Ces projets seront construits au cœur d’une zone palestinienne densément peuplée, puisque les environs de l’institut abritent plus de 150 000 Palestiniens » a-t-il déclaré.
L’emplacement de l’institut à Kafr Aqab confère à cette prise de contrôle une importance particulière. La zone se trouve à l’intérieur des limites municipales israéliennes de Jérusalem, mais elle est de fait coupée du centre-ville par le poste de contrôle de Qalandiya et le mur de séparation.
Kafr Aqab et ses environs abritent une importante population palestinienne, dont une grande partie dépend de l’UNRWA pour l’éducation, les soins de santé et les services liés aux réfugiés.
Mohammed Saeed, directeur des relations publiques et des médias du Comité populaire pour les services du camp de Qalandiya, a qualifié ce raid de démonstration de force à l’encontre des Palestiniens.
« Le message que les habitants du camp souhaitent faire passer après ce raid est celui de leur détermination à rester sur leurs terres, et nous appelons la communauté internationale à adopter une position plus claire contre les actions israéliennes » a-t-il déclaré.
Traduction : AFPS




