Photo : Des Palestiniens font le deuil d’un jeune de 16 ans abattu par un bombardement israélien à Gaza, 8 juin 2026 © Quds News Network
Israël a déclaré qu’il retenait le corps d’un habitant de la bande de Gaza décédé en détention dans le cadre de négociations portant sur des prisonniers et des personnes disparues, bien qu’aucun Israélien ne soit actuellement retenu en otage par une organisation terroriste palestinienne.
Selon le rapport de l’organisation de défense des droits humains Gisha, intitulé « Abuse of the Dead » (Maltraitance des morts) et publié mardi, Israël « continue de détenir les corps de plus de 100 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza décédés pendant leur détention », dont au moins 68 résidents de Gaza. D’autres estimations suggèrent que le nombre de personnes décédées en détention est plus élevé.
« Le rapport expose la position juridique de Gisha selon laquelle le fait de retenir les corps et de refuser de les restituer est dépourvu de fondement juridique et constitue une sanction arbitraire à l’encontre des familles endeuillées, motivée par des considérations étrangères à l’affaire », écrit l’organisation.
Dans sa réponse à une requête déposée devant la Haute Cour de justice au nom de la famille du détenu, l’État a indiqué qu’il menait actuellement, en collaboration avec les services gouvernementaux concernés, un examen visant à déterminer s’il était nécessaire de continuer à conserver ce corps, ainsi que d’autres. Cet examen a débuté fin avril, et l’État a informé la Cour que des démarches étaient en cours pour parvenir à une décision.
La famille du détenu ignorait ce qui lui était arrivé pendant près de deux ans. Ce n’est qu’en juillet 2025, deux mois après le dépôt de la requête par l’intermédiaire de Gisha, qu’elle a été informée qu’il était décédé en détention et que son corps était détenu par les autorités israéliennes.
Dans sa réponse à la Haute Cour, l’État a indiqué qu’un examen interne était en cours afin d’évaluer la politique israélienne consistant à retenir les corps des Palestiniens classés comme terroristes. Cet examen avait été suspendu en raison de la guerre avec l’Iran ; en mai, l’État a déclaré que des progrès avaient été réalisés à la suite de discussions au sein du Conseil de sécurité nationale. Cependant, les agences ont demandé un délai supplémentaire avant de présenter leurs positions aux dirigeants politiques.
Le détenu, photographe et père de quatre enfants, est soupçonné d’appartenir à une organisation terroriste. Il a été arrêté en décembre 2023 et est décédé le lendemain alors qu’il était détenu par les FDI dans un centre de détention de fortune situé au poste-frontière d’Erez.
Le ministère public a reconnu devant le tribunal que la Division des enquêtes criminelles de la police militaire de l’armée israélienne (MPCID) avait ouvert une enquête sur cette affaire, laquelle « prend plus de temps que prévu ».
Toutefois, aucune autopsie n’a encore été pratiquée sur le corps : les procureurs affirment attendre que d’autres mesures d’enquête soient menées.
Même après avoir informé la famille, l’État a refusé de divulguer des détails essentiels, notamment la date et le lieu du décès, les circonstances qui l’ont entouré, l’autorité qui l’a arrêté et le fondement juridique justifiant la rétention de son corps. Dans l’une de ses nombreuses demandes de prolongation du délai de réponse, l’État a affirmé pour la première fois que le détenu était « un agent militaire du Hamas » – une affirmation que sa famille rejette. Ses proches ont déclaré que toute la famille avait été interpellée lorsque l’armée était arrivée à leur domicile, mais que lui seul avait été placé en garde à vue. Ils ont précisé qu’il était en bonne santé à ce moment-là.
L’année dernière, le journal *Haaretz* a rapporté qu’un ambulancier de Gaza était décédé alors qu’il était détenu par les autorités israéliennes au centre de détention de Sde Teiman, le jour même de son arrestation ; l’État a refusé d’expliquer les circonstances de ce décès. Comme dans le cas présent, la famille de l’ambulancier n’a appris son décès qu’après avoir saisi la justice. Plusieurs mois plus tard, l’État continue de gagner du temps et n’a toujours pas divulgué les résultats de l’autopsie, qui n’a été pratiquée qu’en mai – soit environ un an et demi après son décès.
Israël détient actuellement 9 299 prisonniers classés par l’administration pénitentiaire israélienne comme « prisonniers de sécurité », dont la plupart sont des résidents de Cisjordanie et de la bande de Gaza.
Ce chiffre n’inclut pas les Palestiniens détenus par l’armée, pour lesquels il n’y a aucune transparence. Plus de 80 % des personnes détenues le sont sans avoir été jugées : 3 314 n’ont pas encore été condamnées par un tribunal, 3 244 sont en détention administrative et 1 320 sont détenues en tant que « combattants illégaux ».
Traduction : AFPS




