Photo : Les femmes et enfants palestinien·nes continuent de faire de longues files d’attente pour la nourriture, 30 décembre 2025 © Quds News Network
Israël exploite l’attention portée par la communauté internationale à la guerre que lui-même et les États-Unis ont lancée contre l’Iran pour resserrer le siège de la bande de Gaza et continuer à utiliser la famine d’une manière qui aggrave la catastrophe humanitaire et renforce l’impact destructeur du génocide en cours contre les civils. Israël a complètement fermé les points de passage avec la bande de Gaza dès les premiers jours de la guerre, pour n’en rouvrir qu’un seul par la suite, tout en réduisant le nombre de camions autorisés à entrer.
Le 28 février, Israël a fermé tous les points de passage vers la bande de Gaza, suspendu l’entrée de l’aide, du carburant et des marchandises, et interrompu la coordination des missions humanitaires dans les zones où les forces israéliennes restent déployées ou à proximité, ainsi que les évacuations médicales, le retour des résidents de l’étranger et le travail du personnel humanitaire.
Par ailleurs, le 3 mars, les autorités israéliennes ont rouvert le point de passage de Kerem Shalom pour permettre l’acheminement de quantités limitées de carburant et d’aide humanitaire en provenance d’Égypte et d’Israël, tandis que les transferts d’aide depuis la Cisjordanie et la Jordanie sont restés suspendus jusqu’au 5 mars. Certaines importations commerciales ont également été autorisées à reprendre par ce même point de passage, mais en quantités réduites par rapport à la période précédente, qui ne représentait déjà qu’environ 40 % des volumes convenus dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
Depuis la réouverture de Kerem Shalom, les autorités israéliennes n’ont autorisé qu’une douzaine de camions à entrer à Gaza jusqu’à la fin de la semaine dernière, ce qui représente toujours un déficit d’environ 30 camions par jour par rapport à la moyenne quotidienne autorisée avant la guerre avec l’Iran.
Israël continue de violer ses obligations au titre de l’accord de cessez-le-feu, notamment en ce qui concerne l’entrée de l’aide humanitaire et des marchandises commerciales. L’accord prévoit l’entrée d’environ 600 camions par jour, dont 50 camions-citernes. Cependant, Euro-Med Human Rights Monitor a vérifié que le nombre réel de camions entrant ne dépasse pas 41 % du total convenu.
La violation la plus grave de l’accord concerne le carburant, dont seulement 14,8 % de la quantité convenue est autorisée à entrer, ce qui entraîne de graves perturbations dans des secteurs vitaux, notamment les hôpitaux, les réseaux d’eau et d’assainissement, les services de secours et les transports.
Selon les données recueillies par Euro-Med Monitor, un total de 37 369 camions sont entrés dans la bande de Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 11 octobre 2025. Parmi ceux-ci, 20 926 étaient des camions d’aide humanitaire, soit 56 % ; 15 312 étaient des camions commerciaux, soit 41 % ; et 1 131 étaient des camions de carburant, soit 3 %, ce qui reflète un grave manquement aux engagements convenus.
Euro-Med Monitor met en garde contre le fait que les autorités israéliennes présentent des chiffres trompeurs concernant le volume de l’aide entrant à Gaza et refusent de soumettre les procédures d’entrée à un contrôle international indépendant, ce qui entrave la vérification et la responsabilité, aggrave la crise de l’approvisionnement humanitaire et leur permet de maintenir un contrôle total sur le type et la quantité de marchandises autorisées à entrer dans la bande de Gaza.
La fermeture continue du point de passage de Rafah aux voyageurs depuis le début de la guerre avec l’Iran, alors que seuls 1 934 voyageurs l’ont franchi dans les deux sens lors de sa précédente ouverture sur les 6 600 voyageurs attendus, reflète un taux de conformité de seulement 29,3 % et indique une restriction délibérée des arrivées ainsi qu’un manque d’engagement envers le protocole humanitaire régissant le fonctionnement du point de passage.
Cette restriction constitue non seulement une violation de l’accord de cessez-le-feu, mais peut également équivaloir à une grave violation du droit international humanitaire, y compris le recours à la famine contre des civils. Dans un contexte plus large, elle s’inscrit dans le cadre d’actes pouvant constituer un génocide, notamment par l’imposition délibérée de conditions de vie visant à provoquer la destruction physique d’une population, en tout ou en partie, et l’infliction de graves dommages physiques et psychologiques.
La gravité de cette mesure est aggravée par la destruction systématique des ressources alimentaires locales et des chaînes d’approvisionnement à Gaza, privant les habitants de la possibilité de compter sur des sources internes et rendant leur survie presque entièrement dépendante de l’aide extérieure. La perturbation ou la restriction délibérée de ce flux d’aide expose les civils à une grave privation de nourriture et d’autres produits de première nécessité.
Euro-Med Monitor affirme qu’Israël continue de commettre un génocide dans la bande de Gaza par le biais d’un siège total, en bloquant l’entrée de l’aide humanitaire et des biens essentiels, et en empêchant la reconstruction des habitations et des infrastructures civiles et alimentaires, imposant ainsi délibérément des conditions de vie qui conduisent à la destruction physique totale ou partielle, infligeant des préjudices graves et forçant le déplacement.
La poursuite de ces politiques exacerbe l’insécurité alimentaire et menace de faire resurgir la famine dans un contexte de destruction généralisée des infrastructures, d’effondrement de la production alimentaire locale et de perturbation des services essentiels, notamment l’eau, l’assainissement, les soins de santé, les transports, le stockage et la distribution. Cela prive la population de la capacité de compenser les pénuries ou de compter sur ses ressources internes et rend son accès à la nourriture, aux médicaments et aux autres produits de première nécessité dépendant de ce qu’Israël autorise à entrer depuis l’étranger.
La communauté internationale doit prendre des mesures immédiates et efficaces, notamment en imposant des sanctions à Israël, en levant le siège de Gaza et en garantissant l’entrée immédiate et sans restriction de l’aide humanitaire, du carburant et des marchandises commerciales, en fonction des besoins réels. Elle doit mettre en place un contrôle international indépendant des mécanismes d’entrée et de distribution ; ouvrir tous les points de passage pour les marchandises et les personnes, y compris pour les évacuations médicales et la rotation du personnel humanitaire ; permettre aux Nations unies et aux organisations humanitaires d’opérer en toute sécurité et sans entrave ; autoriser l’entrée des matériaux nécessaires au rétablissement des services de base et des infrastructures civiles et alimentaires ; et exercer une pression sérieuse sur Israël pour qu’il mette fin au recours au siège et à la famine contre les civils et se conforme pleinement au droit international et aux mécanismes de responsabilité.
Traduction : AFPS




