Les Palestiniens ont subi toutes formes de violence dans un silence international incompréhensible, permettant à l’armée israélienne de commettre, en toute impunité, les crimes les plus atroces à partir du 7 octobre 2023.
En réalité, la souffrance palestinienne ne date pas de là ; elle remonte bien avant, à 1948, voire au début de l’occupation britannique en 1917.
Le 7 octobre 2023 n’a été qu’une conséquence de décennies d’oppression et d’injustice.
À l’encontre de cet espoir fragile, Israël a violé le cessez-le-feu à plus de 45 reprises jusqu’au 2 mars 2025. La première violation a été le non-respect de la date prévue pour le retour des familles déplacées et réfugiées au sud vers le nord de Gaza. Ce retour, pourtant essentiel pour ces familles ayant tout perdu, a été repoussé et retardé arbitrairement.
Ce cessez-le-feu a marqué également le début de ce que nous, Palestiniens, appelons l’agression après le génocide. C’est le moment où nous avons réellement pris conscience des pertes humaines et matérielles ainsi que des traumatismes subis depuis le 7 octobre 2023. Cette fois-ci, l’ampleur des destructions a dépassé tout ce que nous avions connu lors des précédentes agressions et tout ce que nous aurions pu imaginer. Gaza est dramatiquement dévastée.
Lorsque les Gazaouis ont commencé à rentrer chez eux – ou plutôt, dans ce qu’il en restait – ils ont fait face à une nouvelle réalité cruelle. La peur immédiate de perdre la vie s’était apaisée, mais elle a laissé place à une autre angoisse : celle de la survie au quotidien. Ils ont découvert une ville méconnaissable, où le paysage était devenu entièrement gris, couvert de ruines et de cendres. Les infrastructures avaient disparu. Il n’y avait plus d’électricité, plus d’eau potable, plus de services de santé, plus d’écoles, plus de lieux de vie. Les retrouvailles entre les familles séparées par la guerre, bien que poignantes, ont rapidement laissé place à la dure réalité : comment vivre dans un territoire transformé en champ de ruines ?
Le 19 janvier a marqué la libération des otages et dévoilé une réalité bien cruelle. En retrouvant leurs enfants, les mères palestiniennes ont été confrontées à une scène insoutenable : alors que les otages israéliens, libérés par le Hamas, semblaient souvent être en bonne santé, les otages palestiniens relâchés par Israël portaient les stigmates d’une souffrance indicible. Torture, famine, émaciation sévère… leurs corps et leurs témoignages racontaient l’horreur des geôles israéliennes.
Ce cessez-le-feu temporaire n’a pas seulement permis un échange d’otages, il a levé le voile sur un système d’oppression que beaucoup refusaient encore de voir. Face à l’injustice et à la violence, les Palestiniens conservent leur humanité. Cette guerre, et particulièrement les actions d’Israël aux yeux du monde, ont exposé une réalité longtemps occultée.
Malgré tout, une chose demeure indéniable : la résilience du peuple gazaoui. Malgré les plans déclarés d’Israël et des États-Unis visant à vider la bande de Gaza pour en faire une « French Riviera », la population refuse de partir et commence, pierre par pierre, à reconstruire son foyer. Avec rien d’autre que la foi en leur terre, les Palestiniens résistent et réaffirment leur droit à vivre chez eux, envers et contre tout.
Nabila Kilani, Palestinienne originaire de Gaza
(2 mars 2025)
NDLR : avant la reprise des dramatiques massacres israéliens.
Photo : Manifestation de la Grande Marche du Retour, bande de Gaza, 13 avril 2018 © Mohammed Zaanoun/Activestills




