Photo : Conseil régional de Gush Etzion
Alors que le Royaume-Uni s’apprêtait à annoncer des sanctions contre les colonies israéliennes la semaine dernière, le gouvernement israélien a dévoilé un nouveau projet d’extension de colonies à l’est de Jérusalem. Selon les observateurs, ce timing n’est pas une coïncidence, et l’ampleur de ce qui a été annoncé ne ressemble en rien à la plupart des décisions d’extension de colonies prises auparavant.
Le 4 septembre, le gouvernement israélien a annoncé la confiscation de 1 522 dunams (152,2 hectares) sur les terres de la ville palestinienne d’Abu Dis, au sud-est de Jérusalem, les déclarant « propriété de l’État ». Les terres confisquées comprennent un avant-poste israélien illégal appelé Keidar Sud, qui doit être rattaché à la colonie israélienne voisine de Mishmar Yehuda, transformant ainsi de fait un avant-poste illégal en une extension de ce qui est prévu pour devenir une ville israélienne à part entière.
La ville en projet est située au sud-est de Jérusalem, entre le grand bloc de colonies israéliennes de Gush Etzion au sud et le bloc de colonies de Ma’ale Adumim à l’est. Elle chevauche également le point de jonction séparant le nord de la Cisjordanie de sa partie sud, ce qui en fait une zone stratégique de la « zone C » de la Cisjordanie — soit plus de 60 % du territoire relevant du contrôle administratif et militaire total d’Israël, conformément aux accords d’Oslo de 1993.
L’importance de cette initiative réside dans les plans plus larges d’Israël visant à séparer les parties nord et sud de la Cisjordanie, divisant ainsi le territoire en deux. En transformant deux avant-postes de colons illégaux en une seule ville israélienne située entre Jérusalem et Bethléem, l’annonce de la semaine dernière s’inscrit dans le prolongement d’un autre pilier du plan israélien visant à diviser la Cisjordanie en deux, connu sous le nom de projet de colonie E-1, qui vise également à fragmenter le territoire.
Le projet E-1 est un plan israélien vieux de plusieurs décennies visant à s’emparer de l’étendue de terres palestiniennes située à l’est de Jérusalem, qui s’étend vers la vallée du Jourdain, encerclant ainsi Jérusalem d’une ceinture continue de colonies israéliennes qui l’isolerait du reste de la Cisjordanie, tout en étendant le contrôle israélien profondément dans le centre-sud du territoire.
Au mépris de la condamnation internationale
L’annonce israélienne concernant l’extension de Mishmar Yehuda est intervenue immédiatement après l’annonce des sanctions britanniques et une déclaration commune distincte publiée mardi dernier par les ministres des Affaires étrangères de douze pays — dont la France, le Royaume-Uni, le Canada, l’Espagne, l’Irlande, la Norvège, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Pologne, le Portugal et la Suède —, dans laquelle ils affirmaient l’intention de leurs pays de restreindre ou d’interdire les échanges commerciaux avec les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée, qu’ils jugent illégales au regard du droit international.
Mais l’annonce israélienne n’est que la dernière d’une série de décisions qui ont conduit à la confiscation de terres palestiniennes de plus en plus nombreuses en vue de l’extension de Mishmar Yehuda, à compter de février 2023. Avant cette date, Mishmar Yehuda était un avant-poste, initialement appelé Mitzpeh Yehuda, qui a ensuite été légalisé rétroactivement.
Un an plus tard, en février 2024, le commandant central de l’armée israélienne a signé un ordre délimitant les frontières de Mishmar Yehuda, lui attribuant quelque 417 dunams (41,7 hectares) s’étendant bien au-delà du mur de séparation israélien à l’est de Jérusalem. À l’époque, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, partisan de la ligne dure, s’était félicité de la délimitation de la colonie, fruit d’un « travail assidu » mené pendant un an par l’Administration des colonies au sein du ministère de la Défense, ajoutant : « Nous sommes venus sur cette terre pour construire et pour nous y établir. Nous maintiendrons l’élan de colonisation sur l’ensemble du territoire. »
Un an plus tard, en décembre 2025, le gouvernement israélien a annoncé son intention d’ajouter jusqu’à 3 750 dunams (375 hectares) à la colonie.
L’annonce de la semaine dernière a ajouté 370 dunams (37 hectares) supplémentaires, dont l’avant-poste de Keidar Sud.
Depuis fin 2022, le gouvernement israélien a approuvé plus de 103 colonies, y compris la légalisation rétroactive d’avant-postes de colons illégaux, ce qui a conduit Israël à s’emparer de plus de 109 000 dunams (10 900 hectares) de terres palestiniennes en Cisjordanie en seulement quatre ans, selon la Commission palestinienne de résistance aux colonies et au mur. Souvent, la première étape de ce processus consiste à confisquer des terres palestiniennes dans la zone C et à les déclarer « propriété de l’État ».
Selon l’organisation israélienne anti-occupation Peace Now, le plan de la première phase de la colonie de Mishmar Yehuda prévoit la construction de 3 600 logements sur environ 417 dunams (41,7 hectares), destinés à la population nationaliste religieuse. Dans un deuxième temps, la colonie devrait s’étendre sur 2 000 dunams (200 hectares) supplémentaires et accueillir 10 000 logements supplémentaires destinés à la population ultra-orthodoxe haredi.
Étrangler Jérusalem
Selon Khalil Tafakji, géographe palestinien et spécialiste des colonies, le projet de Mishmar Yehuda s’inscrit « dans le cadre du vaste projet de colonisation israélien visant à isoler Jérusalem du reste de la Cisjordanie, tout comme le projet E-1 ».
Le projet E-1 a été au centre des critiques occidentales ces derniers mois. Il consiste en un nouveau bloc de colonies israéliennes à l’est de Jérusalem qui étendrait les colonies israéliennes situées dans le désert oriental de la ville jusqu’aux confins de la vallée du Jourdain, divisant ainsi la Cisjordanie en deux et rendant impossible la contiguïté territoriale palestinienne. Le projet E-1 est depuis longtemps décrit comme l’initiative de colonisation qui mettrait définitivement fin à toute possibilité de solution à deux États.
Mais juste au sud de la zone E-1, Israël poursuit la même stratégie à travers d’autres projets.
« Mishmar Yehuda poursuit le même objectif que le projet E-1 dans la mesure où il étend la présence des colonies israéliennes jusqu’aux confins de la vallée du Jourdain », a déclaré M. Tafakji à Mondowiss. « Il empêche pratiquement les Palestiniens d’accéder à l’ensemble de la zone désertique à l’est de Jérusalem et de Bethléem, qui a toujours été le lieu de pâturage saisonnier des communautés bédouines et de bergers palestiniens. »
Selon M. Tafakji, « Mishmar Yehuda vient également renforcer la ceinture de colonies israéliennes qui longe la vallée du Jourdain, dans le cadre du projet routier Allon, lequel établit des colonies israéliennes le long de la vallée du Jourdain, du nord au sud », a-t-il expliqué. « Mishmar Yehuda vient s’ajouter à cette ceinture, piégeant de fait les villes palestiniennes derrière les limites de la vallée du Jourdain. »
« Dans le cas de Mishmar Yehuda, cela renforce également l’isolement de Jérusalem », a ajouté M. Tafakji.
L’effet combiné, affirme-t-il, est la fragmentation physique du territoire palestinien, visant à empêcher toute possibilité de sa formation — non pas par une annonce spectaculaire, mais par l’accumulation de décisions qui, prises ensemble, réduisent à néant la possibilité géographique d’une souveraineté palestinienne.
Traduction : AFPS




