Photo : Affiche du film « La Voix de Hind Rajab »
La voix de Hind a imposé la réponse : il fallait immédiatement faire un film pour que cette voix ne s’éteigne pas. La réalisatrice prend alors contact avec l’équipe du Croissant rouge qui avait tenté de sauver la petite fille et obtient l’ensemble des enregistrements, soit 70’. Il lui faudra deux jours pour les écouter tant elle est submergée par l’émotion.
Mais comment faire un film avec des sons, uniquement des sons ? Et quel film ? Kaouther Ben Hania vient du documentaire et a déjà pratiqué un genre mixte entre documentaire et fiction, avec « Les Filles d’Olfa ». Cette même option s’impose bientôt : faire vivre l’enchaînement tragique qui a mené à la mort de Hind. Elle décide de garder le son brut avec toutes ses imperfections comme dans un documentaire. Puis, parmi tous les points de vue possibles pour construire le récit - point de vue de Hind ? De sa mère ? Des secouristes… ? – elle choisit ces derniers, mais en faisant appel à des comédiens. Elle décide également de ne pas incarner la fillette qui reste une voix jusqu’au moment où le drame survient et qu’apparaissent des photos de la vraie Hind. De même elle refuse d’insérer des images de la scène elle-même, sauf à la toute fin du film.
Le film se déroule donc dans le centre d’appel du Croissant rouge de Ramallah. Face à ces hommes et femmes qui évoluent dans un espace clos entre des parois de verre qui les séparent autant qu’elles les met en communication, et qui nous permettent de voir plusieurs plans simultanément, nous sommes à la fois observateurs et en profonde empathie avec Rana, Nesrine, Omar et Mahdi grâce au fil ténu de la voix de Hind.
C’est aussi ce qui contribue à rendre universel le combat acharné contre la mort de ces 4 personnages qui se débattent contre une implacable machinerie imposée par l’armée israélienne, machinerie remarquablement concrétisée par le dessin en forme de signe infini dessiné par Mahdi sur une vitre pour expliquer à Omar pourquoi, alors que l’ambulance se trouve à 8’de la voiture où se terre Hind, il faudra des heures pour qu’elle arrive sur les lieux. La suite, l’assassinat de la petite fille et des secouristes venus la chercher, tout le monde la connaît.
L’objectif du film, annoncé par son titre, est d’immortaliser la voix de Hind, mais il est aussi, pour une part au moins aussi grande, de montrer ce que le système d’oppression israélien fait aux Palestiniens : rendre leur vie invivable partout et en toutes circonstances, les placer devant des choix impossibles, les empêcher en tout, pour les anéantir.
« La Voix de Hind Rajab » est un grand film, qui tient le spectateur en haleine de bout en bout, en le faisant passer par toutes sortes d’émotions. Mais sans pathos. C’est aussi un film politique par l’horreur insoutenable qu’il dénonce.
Elisabeth Fröchen




