Photo : des nouveau-nés ont été sortis des couveuses de l’hôpital Al-Shifa en raison d’un manque d’oxygène. via les réseaux sociaux.
Points clés
Le Collectif féministe palestinien affirme que l’agression israélienne contre Gaza constitue un "génocide reproductif" visant la capacité des Palestiniens à survivre et à se reproduire.
Le rapport fait le lien entre les meurtres, la famine, la destruction des infrastructures de santé et la dévastation environnementale, dans le cadre plus large de la justice reproductive.
L’organisation appelle les associations de santé reproductive du monde entier à condamner les actions d’Israël et à exiger un cessez-le-feu immédiat.
"Génocide reproductif"
Le Collectif féministe palestinien (CFP) a publié un rapport détaillé accusant Israël de mener une campagne de "génocide reproductif" à Gaza, affirmant que l’offensive en cours va au-delà des massacres et vise systématiquement la capacité des Palestiniens à assurer la survie, fonder une famille et se reproduire.
En fondant son analyse dans le cadre de la justice reproductive, le collectif soutient que les droits reproductifs englobent non seulement la liberté de décider d’avoir ou non des enfants, mais aussi « le droit d’accoucher à l’abri de l’oppression, de l’exploitation et de la violence » et « le droit de fonder et d’élever une famille dans un environnement sûr et sain, avec un accès durable à la nourriture, à l’eau, à l’électricité et aux soins médicaux ».
L’organisation affirme que ces conditions ont été systématiquement détruites à Gaza.
« Étant donné que la sécurité contre l’extermination massive et le génocide est une condition préalable à la justice reproductive, le Collectif féministe palestinien (CFP) dénonce le ciblage des individus et communautés de palestiniens à Gaza, dans ce qui est devenu une situation de "génocide reproductif", peut-on lire dans le rapport.
Définir le "génocide reproductif"
Au cœur du rapport se trouve le concept de "génocide reproductif", que le collectif définit comme l’ensemble des politiques et pratiques visant intentionnellement à détruire la capacité d’une communauté à maintenir et à reproduire la vie.
Selon le rapport, le génocide reproductif englobe « les politiques, les discours et les pratiques qui délimitent, restreignent, ciblent ou réduisent les capacités de procréation, les choix, l’accès aux soins, la santé à court terme, la santé à long terme et les chances de vie des communautés rendues vulnérables par la violence militaire systémique et l’occupation ».
Le communiqué soutient que ce cadre englobe non seulement la violence directe, mais aussi les conditions imposées par l’occupation, le siège, les punitions collectives, la destruction de l’environnement, les déplacements forcés et les attaques contre les systèmes de santé.
En appliquant ce cadre à Gaza, le collectif énumère ce qu’il décrit comme les composantes interdépendantes d’un génocide reproductif, notamment « le contrôle et la coupure des sources vitales telles que l’eau, le carburant, l’électricité et la nourriture », « le refus d’accorder des ressources médicales qui permettent de donner la vie ou sauver la vie », « la famine imposée », « l’assassinat de femmes enceintes », « la destruction des établissements médicaux », « l’éradication de lignées entières » et « la dégradation de l’environnement qui a pour conséquence la stérilité ».
Le rapport mentionne également « la destruction massive de logements », d’écoles, de lieux de culte, de terres agricoles, de cimetières et d’infrastructures alimentaires parmi les pratiques qui, selon lui, menacent la survie à long terme des communautés palestiniennes.
Les femmes, les mères et les nouveau-nés
Le rapport accorde une attention particulière à l’impact de la guerre sur les femmes et les soins de santé reproductive.
« Nous sommes témoins de mères traumatisées qui doivent accoucher sans anesthésie, les médecins utilisant la lampe torche de leur téléphone pour mener les opérations en raison de la coupure de l’électricité imposée par les forces d’occupation » peut-on y lire.
Selon ce communiqué, des milliers de femmes palestiniennes ont été contraintes d’accoucher sous les bombardements, tout en étant confrontées à de graves pénuries de soins médicaux, de nourriture, d’eau potable et d’assainissement.
Le collectif affirme que plus de 20 000 femmes ont accouché dans ce qu’il qualifie de « conditions génocidaires » tandis que la destruction généralisée des hôpitaux et les pénuries de carburant ont mis les nouveau-nés et les prématurés particulièrement en danger.
Le rapport décrit également des femmes victimes de fausses couches, d’accouchements de mort-nés et d’accouchements prématurés dus aux traumatismes et au stress, tandis que d’autres ont subi des hystérectomies car les hôpitaux ne disposaient pas des ressources nécessaires pour maîtriser les hémorragies post-partum.
« En raison du manque de nourriture et d’eau à cause du blocus, les femmes qui accouchent sont privées de la possibilité de se nettoyer correctement après l’accouchement et ont eu massivement recours à des hystérectomies, car il leur était impossible de maîtriser leurs hémorragies post-partum. »
Le communiqué explique en outre comment la famine a empêché de nombreuses mères de produire suffisamment de lait maternel pour nourrir leurs nouveau-nés.
Critiques à l’encontre des organisations internationales
Le collectif critique les organisations internationales de santé reproductive, en particulier Planned Parenthood, affirmant qu’elles n’ont pas pris en compte ce qu’il décrit comme le contexte politique plus large entourant la santé reproductive à Gaza.
Se référant à une déclaration publiée en décembre 2023 par Planned Parenthood, le rapport soutient que celle-ci « omet de mentionner le génocide en cours à Gaza, la dépossession continue des Palestiniens autochtones, le siège de Gaza par le régime israélien depuis plus de 16 ans, son occupation militaire… et le colonialisme de peuplement qui perdure ».
Le collectif fait également valoir que le colonialisme de peuplement sioniste s’est historiquement appuyé sur le contrôle de la reproduction palestinienne, tout en mettant en avant ce qu’il qualifie de politiques reproductives discriminatoires à l’encontre des Juifs mizrahim, yéménites et éthiopiens.
Le rapport critique également les discours entourant les allégations de violences sexuelles, arguant que de telles accusations ont historiquement été utilisées contre des populations racialisées pour justifier la violence coloniale.
Appel à l’action internationale
La déclaration se termine par un appel lancé aux organisations de défense de la justice reproductive, aux professionnels de santé et aux mouvements féministes du monde entier afin qu’ils s’opposent publiquement à ce qu’elle qualifie de "génocide reproductif" à Gaza.
« Nous appelons les organisations et les responsables de la santé reproductive à suivre notre exemple et à prendre position contre le génocide reproductif en condamnant publiquement les attaques en cours contre les Palestiniens de la bande de Gaza et en appelant à un cessez-le-feu immédiat. »
Le collectif exhorte également les organisations à soutenir une pétition affirmant que « la libération palestinienne est au cœur de la justice reproductive ».
Se terminant par un appel direct, la déclaration invite les sympathisants à « se joindre aux personnes de conscience et à exiger un cessez-le-feu comme première mesure fondamentale contre le génocide reproductif en cours ».
Traduction : AFPS




