Ex-ambassadrice de France dans plusieurs pays du Proche-Orient et de l’Est africain, Malika Berak a une connaissance profonde de la Palestine pour laquelle elle se sent « émotionnellement et poétiquement concernée ». Au milieu des années 90, elle a occupé les fonctions de Conseillère culturelle auprès du Consulat général de France à Jérusalem. « J’ai eu la chance de connaître ce moment où, en dépit de drames et de doutes, la paix semblait pouvoir forcer le cours des insincérités, des pièges et des tragédies. […] Mon rôle consistait notamment à contribuer à la construction d’un État palestinien » rappelle-t-elle, « Ce projet fut anéanti en quelques heures, ou en quelques années, selon les analyses que l’on fait du désastre qui rendit la région à ses démons ». Lors de ces cinq années auprès du consulat, elle a pu se rendre plusieurs fois à Gaza : « M’avaient profondément émue et séduite sa vitalité, la confiance en l’avenir de sa population […] et son rivage magnifique, bordé de longues plages blanches ». Mais surtout, Malika Berak a accompagné la redécouverte de centaines de vestiges de l’histoire plurimillénaire de Gaza par Jean-Baptiste Humbert, directeur du laboratoire d’archéologie française de Jérusalem. Fouilles présentées une première fois à l’Institut du Monde Arabe en 2001 et à nouveau accessibles au public en 2025 dans le cadre de l’exposition Trésors sauvés de Gaza, 5000 ans d’histoire. À la même époque, elle a permis à un jeune musicien de Ramallah, Ramzi Aburedwan, d’accéder à un parcours complet au Conservatoire en France, où après quelques années il a pu créer l’association Al Kamandjati.
Dans Gaza, un corps [1], publié en février 2025, Malika Berak dit ses souvenirs, mais avant tout elle parle d’aujourd’hui, de sa solidarité et de son chagrin : « Que pouvais-je, en ces jours de tempête et de malheur, leur offrir d’autre que cette émotion qui me traverse, alors que je vis à distance la tragédie qu’ils connaissent, en proie aux bombardements aériens, à la famine et à l’incertitude des lendemains » ?
Puis, parce que la tragédie n’en finit pas, elle publie en mars 2026 un second recueil : Gaza encore, dans lequel elle souligne que ce génocide a « confronté de façon flagrante et navrante, la communauté internationale à son impuissance ». C’est ce qu’exprime le poème Honte publié ci-contre. Elle y rend également un vibrant hommage à Rami Abou Jamous, le correspondant de presse connu du monde entier qui, avec un immense courage, a choisi de rester pour rendre compte. Elle fait écho à sa supplique dans Parlez de nous :
« Que nous soyons morts ou vivants,
parlez de nous
ne vous lassez pas d’évoquer notre souvenir
quand bien même travaillés par la faim nous
respirerions encore sous la torture
car nous allons mourir
cette prière est pour vous dont les mains sont liées
mais il vous reste la parole […] »
La deuxième partie de ce second recueil, Paysages contemporains [2], porte la focale sur ce « malaise qui s’étend désormais à toutes nos perceptions de la réalité, dont tente de s’emparer pour mieux en rendre compte, l’expression artistique et notamment la poésie ».
Ces deux petits livrets sont un magnifique cri d’amour qui refuse de désespérer. Il faut s’en emparer pour en prendre la mesure. D’autant que Malika Berak se fait un devoir de porter ses « tracts poétiques » partout où c’est possible et se tient disponible pour les groupes locaux de l’AFPS qui souhaiteraient rendre un hommage poétique aux Gazaouis.
Bernard Devin
Photo : Des véhicules palestiniens circulent sur la rocade orientale, à Az Za’ayyem, en Cisjordanie. Cette route comporte des voies séparées pour les conducteurs palestiniens et israéliens, délimitées par un mur de béton de huit mètres de haut. © Ahmad Al-Bazz/Activestills




