Photo : L’armée israélienne a bombardé le rond-point Sheikh Radwan à Gaza ville, 25 avril 2026 © Quds News Network
Au cours de la semaine écoulée, Israël a intensifié ses attaques contre la bande de Gaza ; au moins quatre Palestiniens ont été tués dans cette enclave dévastée, dont une femme de 40 ans à Khan Younis, au cours des dernières 24 heures, alors que le « cessez-le-feu » d’octobre est violé quotidiennement.
Les secouristes et les responsables sanitaires locaux font état de plus de 25 Palestiniens tués au cours de la seule semaine écoulée, portant à plus de 800 le nombre de personnes tuées depuis le cessez-le-feu.
Cette enclave a été dévastée par plus de deux ans de guerre génocidaire, qui a coûté la vie à plus de 72 500 Palestiniens.
Cette recrudescence des attaques intervient alors que les nouvelles structures de gouvernance soutenues par les États-Unis semblent avoir été mises sur la touche.
Le chaos et la « ligne jaune »
Sur le terrain, l’armée israélienne a intensifié ses attaques contre les agents de police palestiniens, reconnaissant récemment avoir tué six agents qu’elle accusait d’avoir participé à la planification d’attaques imminentes. Elle n’a fourni aucune preuve qu’ils prévoyaient de passer à l’attaque.
Cependant, des analystes palestiniens affirment que ces frappes ciblées s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à maintenir un état de guerre et à saper l’accord négocié par les États-Unis.
Ahmed al-Tanani, analyste politique à Gaza, a déclaré qu’Israël prenait pour cible les forces de police afin d’éradiquer toute possibilité de rétablir la stabilité et de plonger l’enclave dans le chaos interne. « Il veut en faire un environnement invivable, forçant les habitants à fuir, ce qui sert l’objectif stratégique de cette guerre », a déclaré al-Tanani.
Dans le même temps, les forces israéliennes poursuivent leur avancée vers l’ouest de Gaza et étendent la « ligne jaune » délimitant les zones sous contrôle militaire israélien. Al-Tanani a souligné qu’Israël avait étendu cette zone orientale de 37 km, ce qui signifie qu’il contrôle désormais environ 60 % de l’enclave, divisant de fait le territoire palestinien et restreignant considérablement la liberté de circulation.
En vertu de l’accord de « cessez-le-feu », Israël était censé retirer ses troupes de Gaza à la fin de la première phase, mais il a refusé de le faire alors même que la trêve entrait dans sa deuxième phase.
Un comité technocratique « vidé de sa substance »
L’escalade militaire coïncide avec la paralysie effective du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), un organe composé de technocrates palestiniens créé dans le cadre du « Conseil de paix » du président américain Donald Trump.
Alors que Washington présentait le NCAG, composé de 12 membres, comme une feuille de route pour la « reconstruction et la prospérité », Iyad al-Qarra, analyste politique, a fait valoir que le comité avait été « vidé de son rôle » et isolé au Caire par Israël afin de l’empêcher de fonctionner sur le terrain.
« Il est difficile de dissocier le travail du comité de la prestation de services aux citoyens, et il est difficile de dissocier le service aux citoyens de l’appareil sécuritaire et de la présence de l’occupation », a expliqué al-Qarra. Il a ajouté qu’une véritable transition nécessite un retrait israélien des zones qu’il contrôle, ce qui n’a pas eu lieu.
Mohanad Mustafa, universitaire et expert des affaires israéliennes, a noté que l’accord de cessez-le-feu avait initialement été imposé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu par les États-Unis. Aujourd’hui, a fait valoir M. Mustafa, Israël bloque délibérément l’entrée du NCAG afin d’empêcher le retour de toute vie politique ou civile à Gaza, dans le but de maintenir un statu quo d’occupation militaire indéfinie.
Al Jazeera a contacté à plusieurs reprises le NCAG pour obtenir des commentaires sur ces développements, mais l’organisme a refusé de s’exprimer devant les médias.
Le désarmement et le « parapluie » américain
Le « Conseil de la paix » est présidé par Trump et compte parmi ses membres des personnalités américaines pro-israéliennes telles que Jared Kushner, Steve Witkoff et Marco Rubio, qui ont le pouvoir de décider de l’avenir de Gaza.
Adolfo Franco, analyste stratégique républicain à Washington, a défendu les actions de l’armée israélienne, affirmant qu’Israël avait suspendu la mise en œuvre du cessez-le-feu parce que le Hamas refusait de désarmer.
« Le président Trump a dit deux choses : le Hamas sera désarmé, soit par la voie douce, soit par la voie dure, et la voie dure consistera en ce qu’Israël se charge du désarmement si le Hamas refuse de le faire lui-même », a déclaré M. Franco.
Le Hamas a déclaré qu’il ne déposerait pas les armes tant que les forces israéliennes occuperaient encore le territoire palestinien.
Les Palestiniens affirment qu’Israël a manipulé l’accord dès le premier jour. Alors que le cessez-le-feu prévoyait initialement l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour, les chiffres actuels indiquent que seuls 150 à 190 camions franchissent la frontière. Al-Qarra a fait remarquer que la quantité d’aide qui entre ne dépasse pas 20 % de ce qui avait été convenu, le matériel essentiel pour déblayer les décombres et réparer les hôpitaux restant totalement bloqué.
Al-Qarra a fait valoir qu’Israël a réussi à utiliser le discours général de Trump sur la paix comme prétexte pour poursuivre ses opérations militaires tout en exigeant le « désarmement » – une condition qu’il a qualifiée d’« excuse vague et irréaliste ».
« Israël s’approprie désormais avec succès cette bannière et cette légitimité des États-Unis, échangeant tout contre la question du désarmement », a déclaré Al-Qarra.
Par ailleurs, Al-Tanani a révélé que Nickolay Mladenov, le représentant faisant le lien entre le NCAG et le Conseil de paix, reconnaît en privé les violations quotidiennes d’Israël et sa manipulation de l’aide lors de réunions avec les factions palestiniennes, bien qu’il adhère publiquement aux discours américains et israéliens.
Une réalité de « souveraineté au rabais »
Les critiques ont précédemment décrit la structure globale dirigée par les États-Unis comme une « prise de contrôle par des entreprises » qui réduit les Palestiniens à des employés municipaux sans aucune capacité d’action politique.
Alors que des milices israéliennes opèrent prétendument sur le terrain et que les forces internationales de stabilisation ne se déploient pas comme prévu, la confiance du public palestinien dans les conseils administratifs nouvellement établis s’est évaporée.
Alors que les forces israéliennes maintiennent leur emprise sur le territoire et poursuivent leurs assassinats ciblés, la perspective d’une administration indépendante et fonctionnelle à Gaza semble de plus en plus lointaine.
« Nous sommes malheureusement revenus à la case départ », a conclu al-Qarra.
Traduction : AFPS




