L’impuissance prend diverses formes. Face aux massacres quotidiens, aux cas de famine et à la spoliation des Palestiniens qui se déroulent dans la bande de Gaza avec une cruauté primitive, l’impuissance internationale face aux actions de l’État israélien est devenue une parodie d’elle-même. Les appels à la fin de la guerre à Gaza se multiplient, même parmi les alliés d’Israël, mais peu de mesures concrètes sont prises à cet égard. Ce qui importe, ce sont les déclarations qui interpellent une conscience blessée, mais qui ne changent rien sur le terrain.
L’une de ces déclarations, publiée le 21 juillet, s’est avérée être une nouvelle effusion pompeuse de la part, comme l’aurait dit Macbeth, d’idiots, pleine de bruit et de fureur, mais sans signification. Les idiots étaient nombreux : 28 partenaires internationaux, dont les ministres des Affaires étrangères de 27 États et, ne voulant manifestement pas être en reste, le commissaire européen chargé de l’égalité, de la préparation et de la gestion des crises. Tous, à l’exception de l’Australie, étaient européens. "Nous, les signataires ci-dessous, nous réunissons pour délivrer un message simple et urgent : la guerre à Gaza doit cesser immédiatement."
La déclaration poursuit en mentionnant une évidence triste. "Le modèle d’aide humanitaire du gouvernement israélien est dangereux, alimente l’instabilité et prive les Gazaouis de leur dignité humaine." "L’aide humanitaire au compte-gouttes et le massacre inhumain de civils, y compris d’enfants, qui cherchent à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires en nourriture et en eau" méritaient d’être condamnés. La mort de plus de 800 Palestiniens (le nombre est très certainement plus élevé) alors qu’ils cherchaient à obtenir de l’aide est "horrible". Même ici, le langage manque de colère. Le "refus par Israël d’apporter une aide humanitaire essentielle à la population civile est inacceptable". Le gouvernement "doit se conformer à ses obligations en vertu du droit international humanitaire".
À cette fin, Israël a été appelé à rétablir le flux de l’aide et à permettre la reprise des activités des Nations unies et des ONG humanitaires dans la bande de Gaza. Il s’agit là manifestement d’une mesure que le gouvernement Netanyahu évite consciemment, compte tenu du programme systématique de famine et de privations qu’il inflige.
Pour équilibrer le propos, la déclaration mentionne également le sort des otages israéliens toujours détenus par le Hamas, dont le maintien en détention doit également être condamné. Ils doivent être libérés immédiatement et sans condition, le meilleur moyen d’y parvenir étant un cessez-le-feu négocié.
Les signataires vont jusqu’à reconnaître les dangers et les intentions des mesures administratives prises par Israël qui visent à "modifier le statut territorial ou démographique des territoires palestiniens occupés. Le plan de colonisation E1 annoncé par l’administration civile israélienne, s’il était mis en œuvre, diviserait l’État palestinien en deux, ce qui constituerait une violation flagrante du droit international et compromettrait gravement la solution à deux États". La Cisjordanie est également abordée dans le même esprit, les signataires appelant à la cessation des violences contre les Palestiniens et à l’arrêt de la construction de colonies sur l’ensemble du territoire, "y compris Jérusalem-Est".
Ces déclarations sont toujours intéressantes pour ce qu’elles omettent. Aucune mesure concrète n’est prévue pour lutter contre les mauvais traitements infligés aux civils palestiniens, si ce n’est un encouragement à "unir nos efforts pour mettre fin à ce terrible conflit". Une promesse bienveillante et sans danger est faite : la perspective de prendre "des mesures supplémentaires pour soutenir un cessez-le-feu immédiat et une voie politique vers la sécurité et la paix pour les Israéliens, les Palestiniens et toute la région". Cela pourrait être un code qui signifierait la reconnaissance d’un État palestinien, ce qui est fantaisiste compte tenu de la pulvérisation systématique du peuple qui l’habiterait. La liste des signataires omet également l’Allemagne et, surtout, les États-Unis, le gardien et le sponsor évangélique d’Israël.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, nous a donné un aperçu des sentiments à Washington à l’égard des signataires dans un message publié sur X. "Quelle honte pour une nation de se ranger du côté d’un groupe terroriste comme le Hamas et de blâmer une nation dont les civils ont été massacrés pour avoir lutté afin d’obtenir la libération d’otages." Dans un autre message qui tentait vaguement de justifier l’injustifiable, l’ambassadeur a absous Israël de toute responsabilité ; seul le groupe militant Hamas méritait d’être blâmé. Les pays en question avaient "fait pression sur Israël au lieu de s’en prendre aux sauvages du Hamas ! Gaza souffre pour une seule raison : le Hamas rejette TOUTES les propositions. Blâmer Israël est irrationnel."
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, toujours tapi dans la pénombre d’une réalité alternative, a rejeté cette déclaration, comme le feraient des proches face aux opinions d’une tante démente et mal-aimée. "Si le Hamas vous accueille à bras ouverts, c’est que vous n’êtes pas au bon endroit." Les éloges du groupe étaient en eux-mêmes "la preuve de l’erreur commise par [les pays signataires], en partie par bonne intention et en partie par obsession contre Israël".
Alors que les différents ministres des Affaires étrangères faisaient étalage de leurs principes et du droit international humanitaire, les forces de défense israéliennes avaient déjà lancé une opération dans une partie de Gaza qu’elles n’avaient pas encore rasée : Deir al-Balah. Compte tenu de son importance en tant que centre humanitaire qui abrite encore du personnel des Nations unies et des maisons d’hôtes, de nouveaux massacres sont imminents.
Tant qu’Israël n’aura pas atteint le statut d’État paria auquel il semble aspirer, que son armée voyou ne sera pas confinée et épuisée, que son économie ne sera pas humiliée et isolée, l’appétit industriel pour le massacre et la dépossession ne fera que se poursuivre. Les Palestiniens seront laissés pour compte, relégués au rang de reliques de l’angoisse morale, bannis dans les notes de bas de page d’une histoire sanglante, accompagnés de nombreuses autres déclarations d’inquiétude et d’impuissance totale.
Traduction : AFPS
Photo : 15 juillet 2025 à Gaza - Eye on palestine.




