Démolir l’UNRWA
On se souvient des allégations israéliennes fin janvier 2024 à l’encontre de personnels de l’Unrwa exerçant dans la bande de Gaza, accusés d’être membres d’organisations terroristes. Elles provoquèrent la suspension immédiate des contributions de certains États à son budget, menaçant ses ressources déjà fragiles. Et firent planer le doute sur le rigoureux respect de la neutralité par cet organisme onusien. Même la France réduisit sa très modeste contribution à son budget annuel, avant de la rétablir. Pourtant le rapport Colonna, publié en avril 2024, a conclu qu’Israël n’avait jamais fourni les preuves de ses allégations, et que l’Office dispose d’outils complets pour garantir son impartialité dans l’exercice de ses missions.
Le 28 octobre 2024, la Knesset votait deux lois visant l’Unrwa : l’une pour interdire son activité à Jérusalem-Est, l’autre révoquant le statut diplomatique de ses employés internationaux et leur immunité. Les deux ayant pour effet d’empêcher toute coordination et toute intervention auprès des réfugiés de Cisjordanie et de la bande de Gaza.
En janvier 2025, ses agents ont été contraints de quitter le siège de l’Unrwa à Jérusalem-Est, mais ses locaux restent visés par les colons. Le 8 décembre, les forces de l’ordre israéliennes, accompagnées de responsables municipaux, sont entrées de force dans l’enceinte de l’Office, ont coupé toute communication, saisi du mobilier et du matériel informatique, et remplacé le drapeau bleu des Nations unies par un drapeau israélien. Déjà partiellement démoli, son siège a été incendié le dimanche 25 janvier 2026. « Permettre cette destruction sans précédent constitue la dernière attaque en date contre l’ONU dans le cadre de la tentative continue visant à démanteler le statut des réfugiés palestiniens dans les territoires palestiniens occupés et à effacer leur histoire », a affirmé Philippe Lazzarini, commissaire général de l’Unrwa.
Ces violents procédés (illégaux mais impunis [1]) ont eu des effets immédiats sur les conditions d’exercice des services de l’Unrwa auprès des 5,9 millions de réfugiés palestiniens qu’elle sert : dans la bande de Gaza (obstacles à l’acheminement des aides, destruction d’écoles et de centres de santé), mais aussi en Cisjordanie, au Liban, en Syrie : licenciement de personnels, densification des effectifs scolaires par classe, détérioration des services de santé primaire, fermeture de centres de soins, réduction drastique des aides d’urgence, faute de ressources financières suffisantes.
Effacer l’Unrwa, effacer le droit au retour des réfugiés palestiniens : c’est le dernier acte signé par les États – dont la France – qui ont voté la résolution 2803 du Conseil de sécurité le 17 novembre 2025. Dans cette copie conforme du plan Trump, l’Unrwa est soigneusement évincée, les réfugiés sont carrément hors sujet !
Démolir les camps et effacer les réfugiés
Au cours de l’année 2025, les forces d’occupation israéliennes ont mené une offensive sans précédent contre les camps de réfugiés en Cisjordanie. Le procédé ressemble fortement à celui employé dans la bande de Gaza : bombarder, obliger les habitants à quitter le camp sans délais, détruire habitats et infrastructures, occuper militairement les lieux, empêcher définitivement tout retour. Les 21 janvier, 27 janvier et 9 février, elles ont pris d’assaut les camps de Jénine, de Tulkarem et de Nur Shams. 32 000 réfugiés ont subi ce déplacement forcé, un crime de guerre et un crime contre l’humanité avéré… et impuni. L’acharnement à rendre impossible la vie quotidienne des réfugiés s’est aussi traduit par des actes plus symboliques, comme l’intention de détruire le terrain de foot du camp d’Aïda.
Toutes ces agressions visant une instance internationale et les réfugiés palestiniens eux-mêmes procèdent d’une même intention : refuser catégoriquement toute entité palestinienne, expulser par la force et s’approprier définitivement le territoire, de la mer au Jourdain. Cette logique a été formalisée sans fard par Belazel Smotrich dès 2017, dans son Decisive Plan. Selon l’ONG Badil, « Le Plan décisif comporte quatre dimensions interdépendantes : premièrement, l’expansion de la domination coloniale israélienne par le biais de la construction accélérée et de la confiscation de terres ; deuxièmement, la fragmentation et l’isolement délibérés des communautés palestiniennes ; troisièmement, la répression intensifiée de la résistance palestinienne, en particulier dans les camps de réfugiés ; et quatrièmement, l’imposition d’un nouveau statu quo visant à effacer la présence palestinienne et internationale. Pris ensemble, ces développements illustrent que le Plan décisif n’est pas une vision politique dormante, mais un projet actif qui façonne aujourd’hui les politiques israéliennes à travers la Palestine. » [2]
L’AFPS a fait part au ministre en charge des Affaires étrangères et aux représentants de la France à l’ONU de son analyse très critique des positions françaises, affichées mais non effectives dans les actes : le soutien à l’Unrwa, le droit au retour et à réparation des réfugiés et déplacés, et le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, dans son ensemble.
Conscients des objectifs recherchés par le gouvernement israélien, les réfugiés continuent de résister, mais plus que jamais ils comptent sur notre solidarité.
Odile Kadoura
Photo : Tractopelles et bulldozers CAT sont arrivés, mardi 20 janvier au petit matin, sans avertissement, au cœur du quartier Cheikh Jarrah, pour démolir le siège de l’Unrwa, partiellement détruit puis incendié. (Photo Mahmoud Illean/AP)
>> Lire le Bulletin n°25 « Solidaires des Réfugiés palestiniens »




