Et d’ajouter : « Nous avons eu aujourd’hui une séance franche sur des questions d’intérêt commun, en particulier en ce moment critique au Moyen-Orient ».
En quoi résidait la « franchise » ?
Lisons la déclaration officielle [1]. « L’UE réaffirme son engagement indéfectible en faveur d’une paix juste, globale et durable conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, sur la base de la solution à deux États […] L’UE est gravement préoccupée par l’occupation du territoire palestinien qui n’a pas cessé depuis 1967, alors que la Cour internationale de justice a constaté que la présence d’Israël sur le territoire palestinien occupé est illégale. »
« L’UE réitère sa vive opposition à la politique et aux activités de colonisation d’Israël, dans et autour de Jérusalem-Est… L’UE rappelle que l’annexion est illégale au regard du droit international. L’UE demande à Israël de mettre fin à l’expansion continue des colonies et aux activités connexes, notamment déclarations foncières de l’État ainsi qu’expulsions, démolitions, confiscations et transferts forcés des Palestiniens, qui ont atteint des niveaux records l’an dernier. Par ailleurs, l’UE condamne la démolition des structures financées par l’UE ou ses États membres et attend qu’Israël compense les dommages conformément au droit international. Depuis le 7 octobre 2023, l’augmentation des restrictions d’accès imposées par Israël en Cisjordanie a eu de graves répercussions socio-économiques pour les Palestiniens. »
« L’UE demande à Israël d’assurer un accès sûr aux lieux saints et de maintenir le statu quo mis en place en 1967 pour le Mont du Temple/al-Haram al-Sharif en ce qui concerne le rôle particulier de la Jordanie. Le statut et le caractère de Jérusalem et de sa vieille ville, l’inviolabilité de ses espaces sacrés et la viabilité de toutes les communautés doivent être préservés et respectés par tous. »
« L’UE souligne le rôle essentiel des Nations unies et de ses agences, notamment l’UNRWA, soutien crucial à la population civile […] L’UE réitère sa vive préoccupation au sujet des conséquences profondes de la législation israélienne sur l’UNRWA […] L’UE déplore le retrait d’Israël de l’accord de 1967 entre Israël et l’UNRWA et condamne toute tentative d’entraver la capacité d’exécuter son mandat. »
Des déclarations politiques fortes que nous pourrions saluer, mais qui restent à l’état de mots.
Outre les « réaffirmations » officielles, Mme Kalas poursuit : « Nous appuyons l’Autorité palestinienne et son retour à Gaza. Nous appuyons le retour de chaque Palestinien déplacé pour qui Gaza est son foyer. Le moment venu (sic), l’Union européenne soutiendra également la reconstruction de Gaza avec les acteurs régionaux. Les Palestiniens doivent pouvoir vivre à Gaza. En même temps, Gaza ne doit plus jamais être un lieu de terreur. Je mènerai le tout premier dialogue politique de haut niveau avec le Premier ministre palestinien. Il se tiendra en avril pour examiner également ces aspects. »
Une fois de plus des déclarations justes, réaffirmées, en référence au droit international et au droit international humanitaire, mais une fois de plus, aucune action concrète qui puisse gêner les relations commerciales et stratégiques avec un État ouvertement voyou.
Ce que nous exigeons avec plus de 250 ONG européennes et 250 député·es européen·nes :
- Veiller à ce que la violation de l’article 2 de l’accord d’association par Israël – le respect des droits humains - soit l’élément essentiel de l’ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil d’association. Si l’article 2 ne peut être discuté lors de la réunion du Conseil, celle-ci ne devrait pas avoir lieu.
- Indiquer clairement que si Israël ne répond pas positivement aux préoccupations concernant ses violations du droit international lors du Conseil d’association et dans ses suites immédiates, l’UE doit suspendre l’Accord d’association UE-Israël.
- Examiner toutes les relations commerciales et autres entre l’UE et Israël pour s’assurer qu’elles sont conformes à l’avis consultatif de la CIJ et à la résolution subséquente de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la mise en œuvre de l’avis consultatif (votée par la France le 18 septembre 2024).
Jacques Fröchen
Photo : Manifestation du 26 janvier 2024 à Bruxelles




