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Accueil > Informations > Témoignages / Opinions > Des colons israéliens « se promènent » dans mon village de Cisjordanie. Prochaine étape : l’accaparement violent des terres
Témoignages / Opinions
vendredi 4 septembre 2026
Middle East Eye par Fareed Taamallah

Des colons israéliens « se promènent » dans mon village de Cisjordanie. Prochaine étape : l’accaparement violent des terres

Des groupes organisés parcourent désormais Qira, armés de fusils, rebaptisant nos lieux saints et arpentant nos champs dans le cadre d’un processus qui aboutit à la dépossession des Palestiniens.

Photo : Des colons israéliens performent une danse de provocation lors de leur invasion de la ville de Bruqin à l’Ouest de Salfit, le 23 mai 2025 © Wahaj Bani Moufleh

Pendant des décennies, ma ville natale, Qira, a été un havre de résilience silencieuse.

Comptant parmi les plus petits villages de la Cisjordanie occupée, niché dans le gouvernorat de Salfit et à l’abri des regards convoitifs, il est resté relativement épargné par les grandes confiscations de terres et les incursions agressives tout au long de ces longues années d’occupation.

Cette obscurité protectrice touche à sa fin. Ces dernières semaines, des groupes organisés de colons israéliens armés ont commencé à effectuer régulièrement des « randonnées exploratoires » non autorisées à travers notre village, déambulant devant nos maisons, inspectant notre ancien bassin romain et descendant dans la vallée pour examiner les sanctuaires locaux, leur attribuant des noms hébreux et revendiquant des liens bibliques.

Ce qui peut apparaître à un observateur extérieur comme des sorties récréatives inoffensives est, en réalité, un prélude à l’expansion territoriale – une campagne de reconnaissance signalant qu’aucun espace palestinien n’est à l’abri. Les colons eux-mêmes l’ont clairement exprimé : « Partout où le pied du randonneur foulera le sol », a déclaré le fondateur d’un groupe de randonnée, « c’est là que passera la frontière ».

Il suffit de se tourner vers le village de Tell, près de Naplouse, pour voir où mène cette trajectoire. En juillet, quatre Palestiniens y ont été tués à la suite d’un affrontement déclenché par l’une de ces « randonnées » armées de colons, et des colons déchaînés ont ensuite incendié des maisons dans les villages voisins.

En Cisjordanie, les « patrouilles civiles » constituent l’avant-garde d’une violence meurtrière.

De la tente à la colonie

Les colons ont remarquablement réussi à s’ancrer dans la conscience collective palestinienne en tant que menace constante, empiétant sur les biens des Palestiniens et s’en emparant de plus en plus.

Leur expansion ne se limite plus aux espaces ouverts, aux terres de l’État ou aux terrains communaux.

Lorsque les colons traversent mon village, adaptent nos mélodies à des prières en hébreu et s’approprient notre ancienne piscine romaine, ils revendiquent la propriété de ce qui nous appartient

Cette stratégie suit un schéma méthodique : tout d’abord, les colons arrivent pour « explorer » et repérer le terrain, attribuant des noms hébreux aux sites palestiniens afin de se forger un droit historique. Ensuite, ils plantent une seule tente, qui se transforme rapidement en caravane avec des constructions supplémentaires ; puis viennent un enclos pour animaux et un camion déchargeant un troupeau.

Peu à peu, ce poste temporaire se transforme en domicile permanent pour une famille ou un groupe de jeunes hommes, qui lâchent leur bétail pour envahir les pâturages locaux, chassant les troupeaux palestiniens et revendiquant la terre comme leur appartenant.

Les architectes de ce modèle de « colonie pastorale » ont équipé ces avant-postes de véhicules tout-terrain, de drones équipés de caméras, de fusils automatiques, de lunettes de vision nocturne et de tout le soutien logistique nécessaire pour maintenir leur présence.

Leur emprise s’étend désormais à un rythme alarmant, grâce à des visites organisées visant à se familiariser avec la géographie environnante : sites historiques, sanctuaires religieux, citernes et sources situées au cœur même des villes, villages et communautés palestiniens.

Un piège narratif

La dimension psychologique de ces incursions est tout aussi délibérée que leur présence physique. Les colons enregistrent leurs visites et les diffusent sur les réseaux sociaux sous forme de vidéos soignées, accompagnées de musique.

Le plus troublant de tout est le vol sonore : ces vidéos mettent en scène des mélodies folkloriques palestiniennes traditionnelles, des rythmes liés à nos campagnes et à nos ancêtres, réenregistrées avec des paroles en hébreu évoquant des thèmes religieux.

En superposant des paroles en hébreu à des mélodies palestiniennes autochtones tout en se promenant dans nos champs, les colons tentent un double effacement : ils rebaptisent d’anciens sites palestiniens avec une toponymie biblique tout en s’appropriant les paysages sonores mêmes de la vie rurale palestinienne.

Ces incursions constituent également un piège dangereux pour les habitants. Il n’est plus surprenant pour un Palestinien d’ouvrir sa fenêtre et de voir des colons déambuler dans les rues du village, susceptibles de pénétrer dans sa cour, d’inspecter sa boutique ou de s’emparer de ses biens.

Pourtant, lorsque les Palestiniens tentent de se défendre, de protéger leurs maisons ou leurs biens, les autorités et les médias israéliens les présentent immédiatement comme ayant attaqué des « randonneurs juifs » pour des motifs nationalistes. Ce récit inversé donne de fait aux colons carte blanche pour maltraiter ou tuer des Palestiniens sous prétexte de légitime défense.

Pour les Palestiniens, le prix de la résistance est exorbitant. Défendre ses biens peut signifier être tué sur-le-champ, voir la maison familiale vouée à une démolition punitive et assister à la punition collective et au bouclage de tout le village.

Il n’y a pas encore eu d’affrontements ni de destructions de biens à Qira, mais ce calme n’apporte aucun soulagement : ce genre de prospection reste rarement passive très longtemps.

Lorsque les colons traversent mon village, adaptent nos mélodies à des prières en hébreu et s’approprient notre ancienne piscine romaine, ils revendiquent la propriété de ce qui nous appartient, transformant notre sanctuaire en une frontière active. Personne ne peut prédire comment, quand ni où cette tension insupportable va éclater.

Rester dans la dignité

Malgré cet étranglement implacable, notre attachement à notre terre, à notre histoire et à notre pays reste inébranlable. Le sumud, notre ténacité, c’est le geste quotidien qui consiste à se réveiller à Qira, à entretenir nos oliviers et à refuser d’être effacés.

Nous ne voulons pas être chassés de nos terres pour devenir des migrants indésirables et sans papiers en Europe ou aux États-Unis, où des politiciens comme Donald Trump présentent les réfugiés comme des menaces à travers un prisme raciste et les accusent de diluer la culture occidentale.

Nous n’avons aucune envie de partir, et nous n’avons pas d’autre foyer. Ce que nous voulons, c’est rester dans la dignité sur notre propre sol.

L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a qualifié de « terroristes » les colons qui attaquent les communautés palestiniennes, mais insiste sur le fait qu’ils ne constituent qu’une « très petite minorité » de « colons », présentant la grande majorité d’entre eux comme des voisins pacifiques.

Pourtant, le projet de colonisation lui-même constitue une mainmise illégale et agressive sur nos terres. Lorsque des groupes armés pénètrent dans nos villages, s’approprient notre eau et démantèlent nos communautés avec le soutien de l’État et la protection de l’armée, ils agissent collectivement comme un appareil de terreur contre la vie civile.

La pression qui pèse sur nous atteint un niveau sans précédent, en particulier pour la jeune génération qui voit toutes les voies menant à une vie normale lui être barrées.

Pour rester, nous avons besoin d’un soutien sincère de la part de la communauté internationale et, surtout, d’une pression significative sur l’État occupant afin qu’il mette un terme au terrorisme incontrôlé des colons en Cisjordanie.

Nous promettons que nous ne partirons pas. Tout ce que nous demandons, c’est qu’on nous laisse en paix pour vivre, construire et prospérer sur notre terre natale.

Fareed Taamallah est un journaliste palestinien qui vit à Ramallah. Il est agriculteur et militant politique et écologiste.

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Colonies et colonisation
  • Fin de l’occupation israélienne de la Palestine
  • Chronique de l’occupation

Source

Publié par : Middle East Eye

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