Photo : Israël a arrêté plus de 1000 Palestiniens au hasard en punition collective à Tulkarem, 11 septembre 2025 © Quds News Network
Les forces israéliennes ont arrêté au moins 1 000 Palestiniens en une seule journée, jeudi, lors d’un vaste raid à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie, a déclaré Abdullah Kamil, le gouverneur de la région de Tulkarem, aux médias locaux. Ce raid a eu lieu à la suite d’un attentat à la bombe perpétré plus tôt dans la journée contre un véhicule militaire israélien blindé, près d’un poste de contrôle situé à l’extérieur de la ville. L’attentat a blessé deux soldats israéliens, selon la radio de l’armée israélienne.
Kamil a ajouté que les forces israéliennes avaient imposé un bouclage total de Tulkarem et mené une campagne de perquisitions dans toute la ville, la décrivant comme une "politique systématique".
L’explosion qui a visé le véhicule blindé à la sortie du checkpoint 104, à l’ouest de Tulkarem, était la première action armée palestinienne dans le nord de la Cisjordanie depuis que l’armée israélienne a expulsé par la force les résidents des camps de réfugiés de Tulkarem et de Jénine de leurs maisons au début de l’année. Les camps ont été vidés de leurs habitants en janvier et février lors d’un assaut militaire israélien généralisé dans le nord de la Cisjordanie, baptisé "Opération mur de fer".
L’armée israélienne a promis de rester dans les camps pendant au moins un an, prétendument pour mettre fin au phénomène des groupes de résistance armés dans les camps, qui contestent les raids israéliens dans les villes palestiniennes et les camps de réfugiés depuis 2022.
L’attaque de jeudi a été revendiquée par la Brigade de Tulkarem, l’un des groupes armés qui opéraient depuis le camp de réfugiés de Tulkarem avant le début de l’opération "Mur de fer". L’opération de jeudi de la Brigade est la première action militaire menée par le groupe en huit mois.
Vengeance collective
La réponse de l’armée israélienne est une "vengeance collective", a déclaré Hussein Sheikh Ali, un habitant de Tulkarem et un activiste social local.
"Les soldats de l’occupation ont commencé à aller de maison en maison, à fouiller et à endommager les biens des gens. A l’heure où nous parlons, ils sont toujours postés dans toute la ville", a déclaré Ali à Mondoweiss vendredi après-midi.
L’armée israélienne a arrêté des centaines d’hommes et de jeunes Palestiniens dans les rues, a déclaré Ali, les prenant au hasard en fonction des personnes présentes au travail ou dans les rues.
"Ils ont arrêté la plupart d’entre eux sans même vérifier leurs papiers d’identité", a déclaré M. Ali. "Ils les ont fait marcher en ligne dans la rue pendant que les forces israéliennes leur indiquaient où aller. C’était une démonstration de force."
Décrites comme une démonstration publique d’"humiliation", les images des centaines d’hommes palestiniens défilant dans les rues alors qu’ils étaient détenus se sont répandues sur les réseaux sociaux jeudi et vendredi.
Ali a déclaré à Mondoweiss que les soldats israéliens avaient interrogé sur le terrain un grand nombre des hommes qu’ils avaient rassemblés, avant de les prendre en photo et de les relâcher après des heures de détention dans un espace ouvert. "Le raid a paralysé la vie à Tulkarem", a-t-il expliqué. "L’armée interdit aux véhicules de circuler dans la ville. Elle a mis fin à toute forme de vie commerciale, les écoles et les entreprises étant fermées et soumises au couvre-feu. Le couvre-feu n’a été levé que vendredi en fin de matinée".
Les arrestations massives se sont poursuivies dans la nuit, la vie dans toute la ville de Tulkarem étant paralysée.
Ali a ajouté que, depuis vendredi soir, "les gens restent à l’intérieur, et quiconque a besoin d’obtenir quoi que ce soit de l’extérieur doit sortir à pied".
Pendant ce temps, les forces israéliennes ont démoli plusieurs serres à la périphérie de la ville, a déclaré Ali.
La ville de Tulkarem s’est à peine remise de l’offensive de l’armée israélienne en janvier dernier, au cours de laquelle les troupes israéliennes ont été stationnées dans le centre-ville pendant des semaines et ont démoli des parties de plusieurs bâtiments emblématiques de la région, y compris la façade du palais de justice de Tulkarem dans le centre de la ville. Les bulldozers israéliens ont également rasé plusieurs centaines de maisons dans les camps de réfugiés de Nur Shams et de Tulkarem.
"Il y a encore 30 000 personnes déplacées des camps [qui vivent] dans la ville", explique Ali à Mondoweiss. "Leurs vies ont été bouleversées."
"Beaucoup d’entre eux ont perdu leur source de revenus, comme les propriétaires de petits commerces dans les camps", explique Ali. "Et ceux qui ont encore un emploi doivent maintenant payer un loyer ou remplacer les biens qu’ils ont été contraints de laisser derrière eux lorsque l’armée les a forcés à évacuer."
Ali précise qu’à Tulkarem, c’est la communauté locale et la société civile qui ont pris la responsabilité de loger et de répondre aux besoins de la population de réfugiés deux fois déplacée. "Nous avons reçu très peu d’aide du gouvernement palestinien ou des organisations internationales", affirme M. Ali. "Les associations sociales, les clubs culturels et les organisations caritatives locales ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour subvenir aux besoins des familles qui ont tout perdu. Nous essayons de remettre la vie en ville sur les rails".
Ali a indiqué que l’une des soupes populaires dont il fait partie distribue jusqu’à 1 000 repas par jour aux personnes déplacées. Elle fonctionne entièrement grâce aux dons locaux.
La répression israélienne en Cisjordanie s’est intensifiée ces derniers mois, les dirigeants israéliens évoquant ouvertement leur intention d’annexer officiellement de larges pans de la Cisjordanie occupée. Depuis octobre 2023, l’armée israélienne et les colons ont tué 1 020 Palestiniens en Cisjordanie, selon le ministère palestinien de la santé, tandis que 7 000 Palestiniens ont été blessés et environ 19 000 ont été arrêtés.
Traduction : AFPS




