Photo : La police israélienne a empêché le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre pour célébrer la messe du dimanche des Rameaux, 29 mars 2026 © Quds News Network
Le 15 juin 2026, des fonctionnaires de la municipalité de Jérusalem, accompagnés de la police israélienne, ont mené une descente dans des locaux appartenant au Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, dans le quartier de Silwan.
Les autorités israéliennes ont expulsé de force le gardien du terrain de l’église, démoli des équipements, déraciné des arbres et installé une clôture.
« Cet incident constitue une saisie illégale et illégitime d’un bien ecclésiastique établi au cœur de Jérusalem », a déclaré le Patriarcat de Jérusalem dans un communiqué, soulignant qu’il « crée un dangereux précédent pour les droits de l’Église à Jérusalem ».
À la suite de cette confiscation, le Patriarcat a intenté une action en justice contre la municipalité de Jérusalem et a demandé une injonction visant à geler les travaux de la municipalité sur le site, ainsi qu’une indemnisation pour les dommages causés aux biens de l’Église.
Le tribunal n’a pas prononcé d’injonction, conseillant plutôt aux deux parties de poursuivre leurs discussions afin de parvenir à un accord à l’amiable. Si aucun accord n’est trouvé, l’affaire devrait être renvoyée devant le tribunal. Le Patriarcat n’était pas disponible pour commenter la situation.
« Nous avons été surpris par l’attitude de la municipalité. Elle ne nous a pas prévenus à l’avance ni cherché à dialoguer avec nous. Nous souhaitons parvenir à un accord avec la municipalité d’une manière qui ne nuise ni à nos intérêts ni à ses projets », a déclaré l’évêque Aristarchos, secrétaire général du Patriarcat grec orthodoxe, lors de son témoignage devant le tribunal de première instance de Jérusalem le 18 juin.
Il a ajouté que l’Église avait coopéré avec la municipalité de Jérusalem dans les années 1970 pour mener des fouilles archéologiques sur le site.
Au cours de l’audience, la municipalité a déclaré qu’elle agissait en vertu du règlement municipal relatif au « maintien de l’ordre et de la propreté », qui autorise le maire à ordonner l’enlèvement des obstacles dans la rue et à réaliser des travaux d’aménagement paysager.
Les représentants municipaux ont déclaré que cette décision avait été prise concernant cette parcelle en janvier 2025, et ont également fait valoir que le terrain n’était pas cultivé et était donc devenu propriété de l’État, conformément à la législation israélienne. Pour confisquer ces terres, Israël a réutilisé une loi foncière ottomane de 1858 stipulant qu’une zone devient propriété publique si elle n’a pas été cultivée pendant plusieurs années consécutives.
Contacté pour commenter cette affaire, le porte-parole de la municipalité a nié que la mairie ait confisqué le terrain et a renvoyé la question à l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA). L’INPA n’a pas répondu aux demandes de commentaires. En vertu du droit international, Israël occupe illégalement Jérusalem-Est, ce qui signifie que toute tentative israélienne de s’emparer de biens immobiliers et d’affirmer sa souveraineté sur ces terres est illégitime.
« Ces pratiques s’inscrivent dans le cadre d’une politique systématique visant la présence religieuse et historique à Jérusalem occupée, y compris les fondations islamiques et chrétiennes », a déclaré le gouvernorat de Jérusalem, l’organe directeur de l’Autorité palestinienne, dans un communiqué adressé à The New Arab.
« Cela constitue une violation flagrante du droit international et des résolutions pertinentes des Nations unies, qui affirment l’illégalité de toute mesure ou modification imposée par la puissance occupante dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est. »
Selon le Patriarcat, le terrain est enregistré à son nom, et il a présenté au tribunal un titre de propriété datant de l’époque où l’Empire ottoman contrôlait la Palestine, attestant que l’Église avait acquis ce bien il y a plus de 100 ans.
Hagit Ofran, codirectrice du projet « Settlement Watch » de Peace Now, a assisté à l’audience du 18 juin et a fait allusion à ce que pourraient être les projets d’Israël pour cette zone.
« La municipalité conteste en effet la propriété de l’Église », a déclaré Mme Ofran à TNA. « Le fait que la municipalité s’empare effectivement du site, non seulement pour le nettoyer, mais aussi pour y mener des travaux – elle n’a pas vraiment précisé ce qu’elle comptait faire, mais elle affirme avoir besoin de plus de temps et dit devoir nettoyer les lieux ; or, on constate qu’elle a fait venir des bulldozers… Il semble donc qu’elle souhaite aménager le terrain pour en faire un lieu de randonnée pour les Israéliens. »
Les intérêts de l’État et des colons sont étroitement liés
Silwan, situé au sud de la mosquée Al-Aqsa, fait partie d’une zone connue sous le nom de « bassin de la vieille ville de Jérusalem » et constitue l’une des principales cibles de l’expansion des colonies israéliennes à Jérusalem.
Juste en face des terres confisquées au Patriarcat grec orthodoxe se trouvent deux quartiers de Silwan menacés de disparition totale en raison de l’activité des colons. À Batn al-Hawa, environ 160 Palestiniens ont été expulsés de force au cours des dix-huit derniers mois après qu’Ateret Cohanim, un groupe de colons israéliens, eut engagé des procédures d’expulsion à l’encontre des habitants en vertu de la loi israélienne de 1970 sur les questions juridiques et administratives.
Cette loi discriminatoire permet aux Juifs de récupérer les biens qui leur appartenaient avant 1948, sans accorder la même restitution aux Palestiniens qui ont perdu leurs biens.
Et dans un autre quartier de Silwan, al-Bustan, la municipalité de Jérusalem a démoli 58 habitations depuis 2024 afin de construire un parc touristique sur le thème de la Bible au milieu des décombres. Là encore, la municipalité a exploité les soi-disant règlements relatifs au jardinage pour confisquer et démolir des biens palestiniens.
« Ces dernières années, les autorités israéliennes, en collaboration avec l’organisation de colons Elad – le même groupe qui gère le parc national de la “Cité de David” à Silwan –, ont mis en place un réseau de projets touristiques et de loisirs visant à remodeler le caractère du bassin et à consolider le contrôle israélien, en particulier dans la région de la vallée de Hinnom/Wadi Rababa », a écrit sur X Ir Amim, une association israélienne de défense des droits de l’homme qui suit de près les développements géopolitiques à Jérusalem.
« Cette zone revêt une importance géographique stratégique, car elle se situe le long de la ligne de démarcation entre Jérusalem-Est et Jérusalem-Ouest et constitue le principal point d’accès sud à Silwan et à la Vieille Ville. »
Outre le parc de la Cité de David, les projets menés conjointement par Elad et l’État israélien à Silwan comprennent le plus ancien pont piétonnier d’Israël, qui enjambe le Wadi Rababa (appelé « vallée de Hinnom » par Israël) et relie le mont Sion au café d’Elad, construit sur des terres palestiniennes confisquées.
Selon le ministre israélien des Affaires de Jérusalem et du Patrimoine, Ze’ev Elkin, l’objectif est de transformer Wadi Rababa en attraction touristique et, ce faisant, de « renforcer le sentiment de sécurité et de souveraineté dans la région… [et] de faciliter l’accès à la Vieille Ville ».
Ce qui se passe avec les terres du Patriarcat grec orthodoxe suit la même trajectoire.
« La mainmise sur les terres de l’Église à Silwan s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large, menée par des organisations de colons, visant à prendre le contrôle de l’ensemble de la zone de Wadi Rababa et de Silwan et à la transformer d’un espace palestinien en un espace israélien », a écrit Peace Now dans un communiqué de presse.
« La municipalité de Jérusalem et l’Autorité israélienne de la nature et des parcs sont devenues les instruments du programme idéologique des colons. »
La confiscation par Israël des biens de l’Église ne vise pas seulement à étendre les colonies et à modifier la démographie de Jérusalem-Est. Elle s’inscrit également dans une tendance à l’escalade de la violence à l’encontre des chrétiens dans le berceau de leur religion.
« Cette saisie s’inscrit dans un schéma avéré de persécution des chrétiens à Jérusalem par Israël », a déclaré à TNA Dimitri Diliani, président de la Coalition nationale chrétienne en Terre Sainte.
Le Centre Rossing pour l’éducation et le dialogue, basé à Jérusalem, a recensé 155 attaques contre des chrétiens et des biens chrétiens en 2025 – contre 111 l’année précédente –, tandis que le Centre de données sur la liberté religieuse, une organisation israélienne qui recense les attaques antichrétiennes, a recensé 44 incidents de harcèlement à l’encontre de chrétiens au cours des trois premiers mois de 2026.
Depuis la création d’Israël en 1948, la population chrétienne est passée de 12,5 % à seulement 1,2 %, et ce chiffre risque de chuter encore davantage alors que des villes chrétiennes emblématiques comme Bethléem et Taybeh sont sur le point de disparaître en raison de la pression constante exercée par l’État israélien et les colons.
« Les chefs des Églises ont averti en janvier que des acteurs politiques en Israël et à l’étranger favorisent des programmes sionistes qui nuisent à l’unité du troupeau chrétien et menacent la présence chrétienne palestinienne autochtone en Terre Sainte », a déclaré Diliani.
« L’Église fait partie intégrante de notre peuple palestinien. Protéger les terres de l’Église, c’est protéger notre peuple, nos lieux saints, notre droit de pratiquer librement notre culte et notre avenir sur cette terre. »
Traduction : AFPS




