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Accueil > Informations > Analyses > Comment la recherche en santé publique contribue à la mise en cause de la responsabilité d’Israël pour les crimes de guerre commis à Gaza
Analyses
mercredi 19 août 2026
The New Humanitarian par Yara Asi, David Mills, Bram Wispelwey, Osama Tanous, et Weeam Hammoudeh

Comment la recherche en santé publique contribue à la mise en cause de la responsabilité d’Israël pour les crimes de guerre commis à Gaza

Lors des précédentes attaques israéliennes, 30 à 41 % des personnes tuées étaient des femmes et des enfants. Entre le 7 octobre et le 24 novembre 2023, ce chiffre s’élevait à 67 %.

Photo : 22 000 enfants palestiniens ont été tués par Israël à Gaza, août 2026 © Mohamad Safa

En tant qu’équipe de chercheurs en santé publique, nous documentons depuis octobre 2023 l’ensemble des mesures israéliennes, étroitement liées les unes aux autres, visant à démanteler le système de santé de la bande de Gaza. Loin du langage passif de la « crise humanitaire » souvent utilisé, nos conclusions révèlent un effort délibéré visant à anéantir le secteur de la santé à Gaza, qui se dessinait déjà dès les toutes premières semaines et les premiers mois de la campagne militaire israélienne.

Nos recherches viennent enrichir un corpus de preuves important – fondé sur les travaux et les témoignages de Palestiniens sur le terrain – en vue d’une justice, d’une responsabilisation et d’une réparation futures, notamment dans le cadre de l’affaire portée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, qui accuse Israël du crime de génocide.

Dans toute société, le système de santé est l’une des institutions les plus étroitement liées à la capacité d’une population à survivre et à s’épanouir. Le recours à la recherche en santé publique pour documenter les schémas de dégradation d’un système de santé constitue un outil puissant pour comprendre comment les politiques militaires se traduisent en conséquences humaines.

Les observateurs internationaux, les journalistes et les organisations humanitaires ont tous joué un rôle important dans la documentation des violations commises par Israël à Gaza. Cependant, la recherche en santé publique apporte un type de preuve distinct. En combinant des sources de données – telles que les données sur la mortalité, l’imagerie satellite et le suivi des systèmes de santé – avec des méthodes analytiques, notamment l’analyse géospatiale et les statistiques descriptives et inférentielles, nous avons pu évaluer non seulement l’ampleur des dommages subis par les civils, mais aussi les mécanismes par lesquels les services de santé et d’autres infrastructures civiles essentielles ont été rendus inopérants.

Ensemble, ces résultats contribuent à expliquer comment Israël a provoqué l’effondrement du système de santé de Gaza, tout en documentant l’ampleur des décès et des souffrances qui en ont découlé.

L’effondrement du système

L’un des premiers indicateurs de l’attaque israélienne contre la santé publique à Gaza a été le nombre exceptionnellement élevé de victimes civiles causé par la campagne de bombardements aériens menée par Israël.

Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre 2023, nous avons analysé les données sur la mortalité, vérifiées par le ministère palestinien de la Santé, qui ont révélé des tendances démographiques sensiblement différentes de celles observées lors des précédentes attaques militaires contre Gaza.

Lors des principales attaques israéliennes de 2008-2009, 2012, 2014 et 2021, les femmes et les enfants représentaient entre 30 % et 41 % des personnes tuées. En comparaison, entre le 7 octobre et le 24 novembre 2023, ils représentaient environ 67 % des personnes tuées.

Compte tenu du profil démographique de Gaza, qui correspond étroitement au pourcentage de femmes et d’enfants tués au cours des six premières semaines des attaques, ces résultats suggèrent que l’ampleur des dommages subis par les civils est compatible avec une campagne de bombardements aveugles, ce qui constitue en soi un crime de guerre. Au-delà du bilan humain immense, les pertes massives qui en ont résulté ont rapidement submergé les hôpitaux, qui fonctionnaient déjà dans des conditions de siège.

Les destructions n’étaient pas réparties de manière aléatoire. Une analyse spatiale a mis en évidence une concentration statistiquement significative autour des infrastructures civiles essentielles, ce qui indique que ces infrastructures ont probablement été ciblées de manière systématique.

Parallèlement, nous avons documenté des dégâts généralisés aux infrastructures civiles dont dépend la santé publique. À l’aide d’images satellites et d’analyses géospatiales, notre équipe a analysé les schémas de destruction au cours des six premières semaines de l’offensive israélienne. Des dégâts ont été détectés dans plus de 60 % des établissements de santé, plus des deux tiers des établissements scolaires et plus de 40 % des sites d’infrastructures hydrauliques. Il est important de noter que les destructions n’étaient pas réparties de manière aléatoire. Une analyse spatiale a mis en évidence une concentration statistiquement significative autour d’infrastructures civiles essentielles, ce qui indique que ces infrastructures ont probablement été ciblées de manière systématique.

Nous avons également observé des schémas d’attaques similaires dans des zones désignées par l’armée israélienne comme « zones de sécurité » et le long des itinéraires d’évacuation que les civils avaient reçu l’ordre d’emprunter. Ces conclusions indiquent que – malgré les affirmations israéliennes selon lesquelles des mesures étaient prises pour protéger les civils – les autorités israéliennes visaient délibérément et à plusieurs reprises des personnes précisément dans les lieux où elles avaient été invitées à se mettre à l’abri.

Les hôpitaux eux-mêmes ont été soumis à une activité militaire particulièrement intense, notamment des bombardements et des sièges. En vertu des Conventions de Genève et du droit international humanitaire coutumier, les hôpitaux et autres unités médicales bénéficient d’une protection spéciale. Cette protection ne peut prendre fin que dans le cadre d’une exception très restreinte : l’hôpital doit être effectivement utilisé, en dehors de sa fonction humanitaire, pour commettre des actes préjudiciables à l’ennemi. Même si un hôpital fait l’objet d’un usage abusif, la perte de sa protection spéciale ne rend pas automatiquement licite son bombardement.

Les justifications officielles avancées par Israël pour ses attaques contre des hôpitaux étaient que ceux-ci avaient perdu les protections juridiques habituellement accordées au personnel et aux infrastructures de santé en temps de conflit, en raison des activités militaires menées au sein de ces établissements. En particulier, Israël a affirmé à plusieurs reprises que les hôpitaux qu’il avait bombardés ou pris d’assaut étaient des « centres de commandement et de contrôle » du Hamas, sans toutefois présenter de preuves, ou très peu, à l’appui de ces allégations.

De plus, les enquêtes menées par les médias ainsi que par les procureurs de la Cour pénale internationale ont conclu que les allégations d’Israël étaient, au mieux, exagérées. Il est également rapidement apparu qu’aucun hôpital n’avait été épargné par les attaques israéliennes, ce qui a jeté davantage de doute sur les affirmations d’Israël.

N’ayant pas la possibilité d’accéder directement aux hôpitaux, nous avons utilisé des méthodes géospatiales pour évaluer la proximité des explosions de bombes de grande ampleur par rapport aux hôpitaux dans toute la bande de Gaza. En superposant des données publiques sur les cratères aux emplacements des hôpitaux, nous avons constaté qu’un quart des hôpitaux de Gaza se trouvaient à proximité d’au moins un cratère causé par une bombe de 2 000 livres fournie par les États-Unis, situé dans le rayon d’action létal estimé au cours des six premières semaines de la campagne militaire, tandis que plus de 80 % se trouvaient dans des zones associées à des dégâts aux infrastructures et à des blessés.

Ces résultats suggèrent que les établissements hospitaliers, les patients, le personnel de santé et les populations civiles environnantes ont été régulièrement exposés aux effets de certaines des munitions conventionnelles les plus destructrices utilisées pendant la campagne israélienne – sans qu’aucun élément de preuve n’ait été présenté qui puisse justifier la dévastation du secteur de la santé à Gaza.

Aucun hôpital de Gaza n’était resté pleinement opérationnel à la fin du mois d’octobre 2023. (...) Ces conclusions ne font pas état de simples perturbations isolées ; elles révèlent la dégradation rapide de tout un système de santé.

Au-delà des destructions matérielles, le système de santé a été encore davantage fragilisé par les conditions de siège, les ordres d’évacuation et l’effondrement d’autres services essentiels. En partenariat avec l’Organisation mondiale de la Santé, nous avons analysé des données – recueillies tout au long de la première année de l’offensive – concernant la disponibilité et le fonctionnement des services de santé au niveau hospitalier.

Les résultats ont montré qu’aucun hôpital de Gaza n’était resté pleinement opérationnel à la fin du mois d’octobre 2023. Le taux de fonctionnement à l’échelle du système est tombé en dessous de 40 % en l’espace de quelques mois et, à certains moments, près des trois quarts des hôpitaux ont été classés comme non opérationnels, incapables de fournir ne serait-ce que des services de santé de base. Ces résultats ne se limitent pas à des perturbations isolées ; ils révèlent la dégradation rapide de tout un système de santé.

Le rôle de la recherche en santé publique

Prises dans leur ensemble, ces études mettent en évidence plusieurs mécanismes interdépendants qui ont conduit au démantèlement du secteur de la santé à Gaza : la survenue de pertes humaines massives ; la destruction d’hôpitaux et d’autres infrastructures sanitaires ; les dommages causés aux réseaux d’approvisionnement en eau et à d’autres systèmes civils essentiels à la santé de la population ; et la dégradation continue du fonctionnement du système de santé due au siège et aux opérations militaires.

Ces conclusions ont une portée qui dépasse le cadre de la santé publique. Elles fournissent des preuves empiriques pouvant étayer les évaluations du respect du droit international humanitaire, les enquêtes sur les crimes de guerre présumés, ainsi que les investigations plus larges portant sur le génocide et d’autres crimes d’atrocités de masse.

En outre, en l’absence de preuves crédibles indiquant que des militants palestiniens aient utilisé des hôpitaux à des fins militaires, nos conclusions remettent également en cause les discours officiels qui présentent les attaques contre les infrastructures sanitaires comme des incidents isolés ou des conséquences involontaires des opérations militaires.

Le rôle de la recherche en santé dans les contextes de guerre et d’atrocités de masse va au-delà du simple décompte des morts et des blessés. Elle peut mettre en lumière la relation entre les décisions politiques et militaires et les conséquences sur la santé de la population, identifier des schémas systématiques de destruction et générer des preuves pertinentes pour les processus de responsabilisation et de justice.

À Gaza en particulier, cette recherche – qui s’inscrit dans un corpus de plus en plus abondant documentant les multiples aspects de la destruction directe et indirecte du système de santé de Gaza par Israël – a contribué à faire évoluer le débat au-delà des anecdotes et des accusations. Elle fournit un compte rendu rigoureux de la manière dont un système de santé a été poussé à l’effondrement et de ce que cet effondrement signifie pour la population qu’il desservait.

Édité par Eric Reidy.

Cet article a été rédigé par The New Humanitarian. The New Humanitarian met un journalisme indépendant et de qualité au service de millions de personnes affectés par les crises humanitaires atour du monde. Lisez davantage sur www.thenewhumanitarian.org

Traduction : AFPS. The New Humanitarian n’est pas responsable de la justesse de la traduction.

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Mots clés

  • Gaza

Source

Publié par : The New Humanitarian

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