Photo : Des colons israéliens et des soldats de l’armée israélienne ont arrêté et retenu quatre femmes palestiniennes au sud de Naplouse le 26 juillet 2026. Crédit : Quds News Network.
Les scènes de violence qui se déroulent en Cisjordanie depuis quelques jours sont douloureusement familières. Des colons incendiant des habitations et des lieux de culte, des villages palestiniens subissant des attaques vicieuses, des familles contraintes de quitter leurs maisons sous la menace des armes avec seulement ce qu’elles peuvent emporter, et l’armée israélienne menant des raids meurtriers.
Ce dernier épisode de violence s’inscrit dans le sillage d’un affrontement meurtrier survenu dans le village de Tal, au nord de la Cisjordanie, où des colons israéliens qui avaient attaqué la communauté ont été confrontés par des hommes palestiniens. Deux colons sont morts.
À la suite de ces événements, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est engagé à intensifier les opérations militaires en Cisjordanie pour cibler les "foyers terroristes", tandis que le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que l’expansion des avant-postes et des colonies israéliennes en Cisjordanie constituait désormais un aspect stratégique et essentiel de la sécurité israélienne.
À entendre les responsables israéliens, on pourrait penser que les opérations militaires et les colonies israéliennes en Cisjordanie constituent une réaction. Mais ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une stratégie – une stratégie de colonisation.
La séquence "colons-soldats"
Pendant des années, la présence de l’armée israélienne en Cisjordanie a été justifiée par celle des colons israéliens. Cela a peut-être été en partie vrai par le passé, mais au cours des cinq dernières années, la distinction entre un soldat et un colon israélien lambda s’est réduite au fait que l’un porte un uniforme et relève d’une chaîne de commandement, tandis que l’autre s’habille en jean et peut tirer sur un coup de tête.
La différence entre les deux est peut-être minime, mais chacun joue un rôle spécifique dans une séquence stratégique importante.
Tout d’abord, l’armée israélienne affaiblit les communautés palestiniennes par des opérations militaires qui balayent les villages et les villes, détruisant les infrastructures, arrêtant, torturant et allant jusqu’à tuer des Palestiniens. Ensuite, les incursions des colons s’intensifient et, enfin, le bras administratif du gouvernement consolide la reconfiguration territoriale.
C’est ce qui s’est passé à Jénine. L’armée israélienne a lancé plusieurs offensives meurtrières contre la ville et le camp de réfugiés, la dernière en date étant l’"opération Mur de fer" en 2025. Puis les colons sont arrivés. Aujourd’hui, trois nouvelles colonies israéliennes sont en cours de construction près de la ville, tandis que d’autres sont en cours de réalisation à Tulkarem.
Non seulement le gouvernement israélien et l’appareil sécuritaire assurent la protection des colons israéliens, mais l’inverse est également vrai. Pendant des années, des soldats israéliens coupables de torture, de viol et de meurtre à l’encontre de Palestiniens ont été acquittés grâce au soutien et au lobbying de groupes de colons.
C’est précisément pour cette raison que qualifier la violence israélienne en Cisjordanie de "violence des colons" ne rend pas compte de toute la réalité. L’expression "violence des colons" suggère une anarchie sporadique qui opère en marge de l’État, plutôt qu’une stratégie mûrement réfléchie de colonisation de territoires occupés illégalement.
Terreur coloniale permanente
Pendant des années, les Palestiniens ont évoqué la "violence des colons" comme un avertissement de ce qui pourrait arriver. Chaque année de la dernière décennie a établi de nouveaux records en matière d’expansion des colonies, d’expropriation de terres, de fréquence des violences israéliennes et de Palestiniens tués.
Chaque récolte d’olives perturbée, chaque avant-poste s’étendant sur les collines était perçu comme faisant partie d’une emprise progressive dont les conséquences ultimes se profilaient à l’horizon.
Aujourd’hui, cet horizon s’est effondré. Les Palestiniens vivent dans un état constant de terreur coloniale, assiégés et abandonnés. On attend d’eux qu’ils survivent dans des conditions où les femmes sont contraintes de subir des fausses couches alors qu’elles sont bloquées aux postes de contrôle, où les écoles sont aspergées de gaz lacrymogène par l’armée, où les enfants n’arrivent jamais à l’école parce que des colons attaquent leur bus. Chaque jour, l’espace nécessaire pour exister en sécurité se rétrécit.
Alors que leurs terres sont volées, les Palestiniens sont traités comme des objets à travers lesquels les Israéliens exercent leur domination, publiquement et de manière répétée. Les récits de déplacements, de tortures et d’humiliations ponctuent le quotidien des Palestiniens.
C’est peut-être précisément pour cette raison que, la semaine dernière, Forouq Ramadan, un habitant de Tal, a décidé de s’emparer de l’arme d’un colon israélien qui envahissait son village et de l’abattre.
Ce moment est significatif car la riposte violente d’Israël en Cisjordanie ce week-end n’était pas réellement motivée par le fait qu’un Israélien ait été tué. Elle était motivée par l’idée qu’un homme palestinien puisse réussir à s’emparer de l’arme d’un colon israélien armé et l’abattre.
Quoi qu’il en soit, cet épisode violent sert désormais de prétexte supplémentaire pour accélérer le projet de colonisation. C’est pourquoi il ne faut pas le qualifier d’"escalade". Il ne s’agit pas d’un incident isolé de violence de la part des colons ; cela fait partie intégrante d’une stratégie de colonisation.
La soif de terres d’Israël
Ce qui s’est passé jeudi à Tal et ce qui se passe aujourd’hui en Cisjordanie ne peuvent et ne doivent pas être dissociés de ce qui se passe à l’échelle régionale.
Les violences commises par les colons, les campagnes militaires génocidaires, les ordres d’expulsion illégaux visant des communautés entières, les détentions massives s’inscrivent toutes dans la même logique stratégique : l’acquisition territoriale. Israël cherchera sans cesse des justifications et recyclera le même discours sécuritaire qui l’a efficacement protégé du regard international pendant des décennies.
Les événements récents en Cisjordanie n’ont rien d’exceptionnel, mais reflètent une réalité plus large. La fragmentation et la conquête territoriales progressent plus vite que le monde ne veut bien l’admettre.
Il ne s’agit pas d’une question de sécurité. Il s’agit d’un projet territorial. Bien que les méthodes diffèrent, Israël remodèle le paysage à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem et même en Syrie et au Liban dans la même direction.
Il fut un temps où l’expansion territoriale israélienne en Cisjordanie constituait un signal d’alarme pour le monde. Aujourd’hui, c’est une réalité qui dépasse largement les territoires palestiniens occupés. Et pourtant, le monde continue de présenter cela comme une question de "sécurité israélienne".
Mariam Barghouti
Écrivaine palestino-américaine installée à Ramallah.
Les chroniques politiques de Mariam Barghouti ont été publiées notamment dans l’International Business Times, le New York Times et TRT-World.
Traduction : AFPS




