Photo : Des centaines de Palestiniens tués sont enterrés au « Cimetière des Numéros » © Ma’an
Faits marquants
- Selon des organisations palestiniennes, Israël retient actuellement les dépouilles de 799 Palestiniens identifiés, dont 81 enfants et dix femmes.
- Parmi eux, 256 sont conservés dans ce qu’on appelle des « cimetières de numéros », tandis que 99 appartenaient à des détenus palestiniens.
- Des informations parues dans les médias israéliens et citées par ces organisations suggèrent qu’environ 1 700 corps de Palestiniens pourraient être détenus par Israël, dont beaucoup n’ont pas encore été identifiés.
Israël retient les corps d’au moins 799 Palestiniens identifiés, dont des dizaines d’enfants, tandis que les organisations palestiniennes avertissent que le nombre réel de corps détenus par Israël pourrait être nettement plus élevé.
La Campagne nationale pour la récupération des corps palestiniens et les organisations de prisonniers palestiniens ont publié ces chiffres mercredi, à la veille de la Journée nationale palestinienne pour la récupération des corps des martyrs.
Selon leur communiqué, les médias israéliens indiquent qu’environ 1 700 corps de Palestiniens pourraient actuellement être détenus par Israël, bien que l’identité de nombreux d’entre eux reste inconnue.
Sur les 799 Palestiniens identifiés recensés par ces organisations, 256 sont détenus dans ce qu’on appelle des « cimetières de numéros », 99 sont des Palestiniens qui avaient été arrêtés par Israël, 81 sont des enfants de moins de 18 ans et dix sont des femmes.
Le dernier Palestinien identifié dont le corps a été retenu est Fathi Khazem, connu sous le nom d’Abu Raad, qui a été tué par les forces israéliennes lors d’un raid mené à son domicile à Jénine le 21 août.
« Deuil en suspens »
Les organisations palestiniennes ont décrit la rétention des corps par Israël comme une politique de contrôle et de punition qui dure depuis des décennies et qui s’étend au-delà de la mort.
Les familles se retrouvent dans ce que ces groupes ont qualifié d’« état de deuil suspendu », incapables d’enterrer leurs proches, d’accomplir les rites funéraires ou de trouver la paix que procure le fait de savoir où leurs êtres chers ont été inhumés.
Selon le communiqué, même lorsque Israël restitue les corps, les familles peuvent se heurter à des restrictions concernant les funérailles, notamment l’obligation d’enterrer les défunts de nuit, la limitation du nombre de personnes autorisées à assister aux funérailles, l’exigence de garanties financières et une forte présence des forces de sécurité israéliennes.
Les organisations ont fait valoir que de telles mesures transforment l’inhumation elle-même en un autre mécanisme de contrôle.
930 corps restitués depuis Gaza
Les organisations ont également exprimé leurs inquiétudes quant au traitement réservé aux corps prélevés à Gaza.
D’après les données recueillies par la Campagne nationale, 930 corps provenant de la bande de Gaza ont été restitués après avoir été retenus par Israël.
Les organisations ont appelé à une enquête indépendante sur les circonstances dans lesquelles les corps ont été retenus et traités, y compris les allégations de violations de la dignité et de l’intégrité des défunts.
Elles ont également exigé une enquête sur les allégations de prélèvement d’organes, soulignant que de telles allégations nécessitent l’accès à des preuves médicales et médico-légales ainsi qu’un examen indépendant.
Une politique vieille de plusieurs décennies
La rétention par Israël des corps de Palestiniens remonte à plusieurs décennies.
Selon la campagne, des milliers de Palestiniens ont été enterrés depuis 1967 dans ce qu’on appelle des « cimetières de numéros » – des lieux de sépulture où les corps sont identifiés par des numéros plutôt que par des noms et où les familles disposent d’informations limitées, voire d’aucune information, sur leurs proches.
Cette pratique a été temporairement restreinte en 2004, mais elle a repris de plus belle à partir de 2015, ont indiqué les organisations.
En 2017, la Cour suprême israélienne a dans un premier temps statué qu’il n’existait pas de fondement juridique suffisant pour retenir les corps, tout en reportant la mise en œuvre de cette décision afin de permettre au gouvernement d’établir une base juridique pour cette pratique.
Israël a par la suite élargi le cadre juridique autorisant les autorités à retenir les corps des Palestiniens, notamment à des fins que les autorités israéliennes qualifient de « négociation ».
Des milliers de personnes toujours portées disparues
Le chiffre documenté de 799, ont souligné les organisations, ne doit pas être considéré comme définitif.
Des milliers de Palestiniens sont toujours portés disparus, en particulier à Gaza, où l’ampleur des destructions, des massacres, des disparitions forcées et les difficultés d’accès aux zones dévastées ont compliqué les efforts visant à déterminer le sort des victimes.
Les organisations ont déclaré que la situation exigeait une action internationale urgente pour identifier les défunts, déterminer les circonstances de leur décès et localiser l’endroit où leurs corps sont détenus.
Pour les familles palestiniennes, ont-elles ajouté, chaque corps non identifié ou retenu signifie que les conséquences du meurtre se prolongent bien au-delà de la mort.
« Chaque corps dont le sort reste inconnu signifie que le crime n’a pas été élucidé », ont déclaré les organisations, ajoutant que ses effets perdurent « dans la vie d’une famille en attente de vérité et de justice ».
Elles ont appelé à la restitution immédiate de tous les corps palestiniens retenus, à la divulgation du sort des personnes disparues et à la mise en place d’enquêtes indépendantes sur les circonstances entourant les décès et le traitement des corps détenus par les autorités israéliennes.
Traduction : AFPS




