Combien de Palestiniens et où ?
Répondre est un exercice délicat du fait de la fragmentation voulue par le régime d’apartheid : citoyens d’Israël, Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, Palestiniens de Jérusalem Est, Palestiniens réfugiés de 1948 puis de 1967, exilés. D’où l’éclatement des sources statistiques. Chronologie des vagues d’expulsions, compilation de données chiffrées précises ou d’estimations, désignation des territoires colonisés de la Palestine historique, catégorisations juridiques doivent être mobilisées et combinées pour appréhender le nombre et la répartition spatiale des Palestiniens. Et en tirer des enseignements.
Un exercice auquel se livre périodiquement l’ONG palestinienne Badil en publiant son Enquête sur les réfugiés palestiniens et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
Selon Badil, le dénombrement de la population palestinienne totale est estimé à 15,48 millions de personnes fin 2025.
source : BADIL, infographie 2026
On retiendra qu’en comptabilisant les citoyens d’Israël et ceux vivant sous occupation, 48 % de la population palestinienne vit encore sur le territoire de la Palestine historique (mandataire). Certes soumis à l’apartheid, mais toujours là. Citoyens de seconde zone en Israël mais toujours là. Réfugiés dans leur propre pays (Cisjordanie et bande de Gaza), mais toujours là.
Palestiniens déplacés : un dénombrement inquiétant
L’autre façon de recenser la population palestinienne met en évidence le résultat du nettoyage ethnique toujours en cours : selon Badil, près de 65 % de la population palestinienne totale. Soit près 9,5 millions de personnes qui ont dû quitter leur foyer à qui Israël interdit catégoriquement le retour.
Cela concerne principalement la population autochtone, expulsée massivement hors de Palestine en 1948 (près de 850 000) puis en 1967 (près de 400 000) et devenue « réfugiée ». Soit aujourd’hui au moins 8,4 millions de réfugiés et leurs descendants répartis entre 6,82 millions de « réfugiés de Palestine » comptabilisés par l’UNRWA et près de 1,6 million de réfugiés de 1967.
source : UNRWA Strategic plan 2026-2030
Aux réfugiés s’ajoutent les « personnes déplacées internes ».
Ce statut s’applique aux Palestiniens qui ont pu rester à l’intérieur de ce qui est devenu Israël mais ont dû quitter leurs maisons et leurs terres au profit des nouveaux arrivants juifs (processus toujours en cours et visant en particulier les Bédouins). Il s’applique également à ceux qui à l’intérieur de la Cisjordanie et la bande de Gaza occupées en 1967, se voient contraints de quitter leur foyer sous l’effet des offensives de l’armée d’occupation et des colons. En Cisjordanie, l’OCHA Opt (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, Occupied palestinian territories) tient un décompte régulier et détaillé des destructions des habitats et des déplacements forcés, selon les causes (violence des colons, absence de permis, destructions punitives, opérations militaires) : 39 806 Palestiniens ont été déplacés entre janvier 2025 et avril 2026. Les communautés bédouines installées dans le secteur E1 et les habitants des quartiers de Jérusalem-Est sont particulièrement touchés. « Israël poursuit la judaïsation de la région en combinant lois discriminatoires, décisions de justice, organisations de colons et force soutenue par l’État . » [1]
Au total, selon l’ONG Badil, près de 930 000 Palestiniens doivent être comptabilisés comme « Personnes déplacées internes ».
Réfugiés - déplacés
Depuis 2024 et la nouvelle phase du nettoyage ethnique intensif, la distinction opérée entre réfugiés et déplacés internes est brouillée. Les réfugiés de 1948 résidant dans les camps en Cisjordanie, subissent un deuxième déplacement imposé par la terreur de l’armée d’occupation (camps de Jénine, Tulkarem, Nour Shams).
Au sud du Liban, les réfugiés palestiniens résidant dans les camps de Rashidieh, Borj Al Shamali et Al Bus sont eux aussi visés par les ordres d’évacuation lancés par l’armée israélienne, alors qu’ils n’ont nulle part où aller ailleurs.
La population de la bande de Gaza, ou l’impossible dénombrement des déplacements forcés
Au fil des rapports de l’OCHA Opt , la population totale reste estimée à 2,1 millions, dont 1,7 sont des réfugiés de 1948 et leurs descendants. 1,9 million de personnes, gazaouies et réfugiées confondues, subissent de multiples déplacements forcés à l’intérieur de la bande, dont le territoire se rétrécit au fur et à mesure de la progression de la « ligne jaune ». « Les forces israéliennes continuent d’utiliser délibérément et de façon systématique les ordres d’évacuation envoyés à la dernière minute pour maintenir les Palestiniens en état d’alerte permanent et transformer leur quotidien en enfer. Les forces israéliennes détruisent les conditions mêmes de la vie des Palestiniens à Gaza à travers cette guerre psychologique et physique. Les déplacements forcés font partie de la campagne de nettoyage ethnique menée par les forces et autorités israéliennes contre le peuple palestinien. Ils n’ont nulle part où aller », dénonce Claire Manera, coordinatrice d’urgence de MSF.
Ce mode opératoire est inédit dans l’histoire de la colonisation sioniste. Les opérations de nettoyage ethnique visaient à repousser la population hors du territoire convoité. Avec l’offensive militaire du 7 octobre, le nettoyage ethnique a évolué vers des actes génocidaires (72 000 tués identifiés), combinés à la recherche de solution pour faire partir « volontairement » les deux millions de Palestiniens encore vivants vers d’autres contrées… tout en verrouillant les sorties de la bande de Gaza.
Enfermer, affamer, terroriser, disloquer les familles et les relations sociales, effacer les repères… Qu’il s’agisse de raser cette petite région côtière pour la transformer en Riviera ou de l’annexer et la recoloniser, tous les moyens sont testés par Israël et son allié étasunien pour se débarrasser définitivement de la population palestinienne.
Depuis 78 ans l’État sioniste n’a cessé d’employer la force et la terreur pour éloigner et effacer la population qui habite depuis des siècles la terre de Palestine. Exilés, dépossédés, fragmentés, assiégés, menacés dans leur existence même, les Palestiniens sont toujours déterminés à faire ensemble société sur « cette terre qui mérite vie ».
Groupe de travail de l’AFPS sur les Réfugiés
Photo : Des véhicules palestiniens circulent sur la rocade orientale, à Az Za’ayyem, en Cisjordanie. Cette route comporte des voies séparées pour les conducteurs palestiniens et israéliens, délimitées par un mur de béton de huit mètres de haut. © Ahmad Al-Bazz/Activestills




