Nadine Picaudou était une historienne spécialiste du Proche et du Moyen Orient arabe contemporain, normalienne, agrégée d’histoire et licenciée en langue arabe, professeure émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle est décédée lundi 6 juillet.
Après avoir été chercheuse au CERMOC (actuel Institut français du Proche-Orient) à Beyrouth (Liban), elle a enseigné à l’Institut national des langues et civilisations orientales à Paris (Inalco) puis à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
A côté de son rôle d’historienne, il y avait une femme engagée, blessée, qui ne cachait pas son empathie pour les pays et les peuples du Moyen-Orient, ni son indignation et même sa colère devant leur sort -colonisation, exploitation, dénigrement... - en particulier celui réservé au peuple palestinien. Encore plus depuis octobre 2023 et l’anéantissement de Gaza qui la minait profondément.
En pré-retraite, elle était retournée à Toulouse – car Paris ne lui avait jamais fait perdre sa voix chaleureuse et chantante. Elle s’est aussitôt lancée dans des activités en lien avec sa passion, le Proche-Orient et la Palestine, en particulier des conférences et rencontres dans le droit fil de l’Education populaire : Université Populaire, GREP, (groupe de Recherches pour l’Éducation et la Prospective), Amis du Monde Diplomatique, centre Avéroès...
Elle a aussi profité de son temps libéré des contraintes universitaires pour écrire récit et roman, sous les noms de Nadine Picaudou Catusse ou de Laure Catusse, (le nom de son époux Guy, dont le décès, durement ressenti, l’a poussée à ce travail sur la mémoire).
C’est dans ce contexte de grande liberté de faire ce qui lui tenait à cœur qu’elle a aussi rejoint Ciné-Palestine Toulouse Occitanie en 2017 et qu’elle en a été un pilier solide, dynamique, lucide, une amie fidèle et toujours disponible, participant au choix des films et les accompagnant très souvent. Ne se laissant jamais déborder par ses sentiments mais assumant toujours sa position aux côtés du peuple palestinien. Sa présence augurait toujours de débats passionnants.
Nadine aimait aussi donner vie à la poésie. Résonne encore sa voix chaleureuse lorsqu’elle lisait Mahmoud Darwish, Pablo Néruda…Elle formait avec Samir Arabi, lisant en arabe, un duo poétique émouvant dont on gardera la nostalgie.
Dans sa dernière œuvre, la maison de la fontaine, elle écrivait « Je venais de cette terre aux horizons barrés, prise dans la masse compacte des continents et la mélancolie des arrière-pays. J’étais partie au loin. J’avais fui le fardeau de l’origine pour aller vers l’horizon. J’avais trahi les miens, décrétant que je ne ferais pas famille et ne vieillirais pas ».
Promesse à demi-tenue, car si elle n’a pas fait famille au sens classique, elle avait autour d’elle une grande famille d’ami·es - ils se retrouvent bien seul·es aujourd’hui. Vieillir en effet elle n’a pas su ou pu le faire. Elle n’en a pas eu le temps.
Parmi ses écrits :
– Le mouvement national palestinien. Genèse et structures, L’Harmattan, 1989
– La Déchirure libanaise (Complexe, 1989, édition augmentée 1992),
– Les Palestiniens, un siècle d’histoire (Complexe 1997 édition augmentée 2003),
– L’Islam entre religion et idéologie : essai sur la modernité musulmane (Gallimard 2010),
– La Décennie qui ébranla le Moyen-Orient, 1914-1923 (Flammarion 1992 et 2017)
– Visages du politique au Proche-Orient, (Gallimard 2018).
– Nadine Picaudou a dirigé « Territoires palestiniens de mémoire », Karthala, 2006 et avec Isabelle Rivoal « Retours en Palestine. Trajectoires, rôle et expériences des « retournées » dans la société palestinienne après Oslo », Karthala, 2006




