Photo : Les enfants de Gaza meurent d’hypothermie alors que des mobile-homes et des abris restent bloqués à la frontière, 17 décembre 2025 © Mohamad Safa
Chaque tempête hivernale qui balaye la bande de Gaza écrit un nouveau chapitre de pertes dans la vie des résidents palestiniens déplacés. Pour beaucoup de Palestiniens, le « cessez-le-feu » entré en vigueur en octobre n’a pas mis fin à la guerre ; il en a simplement changé la forme.
Aujourd’hui, les tentes fragiles, le sol détrempé et l’absence d’abris sûrs sont devenus des tueurs silencieux, faisant des victimes alors que les frappes aériennes israéliennes se poursuivent.
Dans ce contexte, les appels publics se multiplient en faveur d’une campagne internationale visant à forcer l’entrée de l’aide humanitaire afin de protéger les familles déplacées confrontées à des tempêtes incessantes.
Dimanche, la défense civile de Gaza a annoncé la mort d’un enfant et d’une femme alors qu’une violente tempête s’abattait sur l’enclave assiégée.
Le porte-parole de la défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré qu’un garçon de sept ans s’était noyé après être tombé dans une fosse remplie d’eau formée par les pluies torrentielles. Au même moment, une femme de 30 ans a été tuée lorsqu’un mur en ruine s’est effondré sur elle à l’intérieur d’un camp de déplacés.
Bassal a ajouté que les équipes de secours ont répondu à des dizaines d’appels à l’aide après l’inondation des tentes, pompant l’eau de pluie et tentant d’ouvrir des canaux de drainage improvisés dans un contexte d’effondrement quasi total des infrastructures et de grave pénurie d’équipements et de carburant.
« L’eau était plus rapide que nous »
Dans un camp de déplacés près de Deir al-Balah, Khaled Abu Libda, 41 ans, est resté assis avec sa famille à l’air libre pendant des heures après que les eaux aient emporté leur tente, ne laissant derrière elles que de la boue et des poteaux métalliques tordus.
« La tempête s’est abattue avant l’aube, alors que la famille dormait », a-t-il déclaré à The New Arab. « Nous nous sommes réveillés au milieu des cris des enfants. »
« En quelques minutes, le niveau de l’eau a monté dangereusement. Nous avons essayé de soulever les matelas et d’empiler nos affaires, mais l’eau était plus rapide que nous », a-t-il ajouté. « Nous n’avons rien pu sauver. Les matelas, les couvertures, les vêtements des enfants, le peu de nourriture que nous avions, même nos papiers d’identité, tout a disparu. »
Le chaos s’est rapidement propagé dans le camp, se souvient Abu Libda. « Les quatre enfants pleuraient de manière hystérique. Nous ne savions pas quoi faire en premier : les protéger ou essayer de retenir la tente, qui était déchirée par le vent », raconte-t-il.
« Le bruit du vent était terrifiant. On aurait dit le bruit des bombardements. Pendant un instant, j’ai cru que la guerre avait repris, que nous allions être bombardés à nouveau. Mais ce n’était qu’une tempête », ajoute-t-il.
Pour Umm Yazan al-Sharafi, 34 ans, dont la famille a été déplacée du quartier d’al-Rimal à Gaza vers le centre de Gaza, la tempête a marqué la troisième inondation de leur tente depuis le début de l’hiver.
Elle a décrit cette expérience comme « psychologiquement épuisante avant même d’être matériellement dévastatrice ».
« Depuis le début de la tempête, nous avons essayé de colmater chaque trou […] Nous avons placé des casseroles et des seaux sous les fuites. Nous pensions que nous allions peut-être survivre cette fois-ci. Mais la pluie était plus forte que tout ce que nous avons fait », a-t-elle déclaré à TNA.
« Elle venait du sol et du toit. Il n’y avait plus aucun endroit sec », a-t-elle ajouté. « Nous avons dû les emmener dehors pieds nus, debout dans la boue et le froid glacial. Nous n’avions même pas de chaussures sèches. »
« Les moments les plus effrayants », a-t-elle ajouté, « étaient ceux où la tente se mettait à trembler violemment. Le bruit nous rappelait la terreur que nous avions ressentie pendant les bombardements. Nous pensions qu’il s’agissait d’une frappe aérienne. Les enfants se cachaient et pleuraient, me demandant sans cesse : Maman, est-ce qu’on va mourir ? »
« Pour nous, une caravane n’est pas un luxe, a déclaré Umm Yazan. C’est avant tout une sécurité psychologique. Une tente ne nous protège ni de la pluie ni de la peur. À chaque tempête, nous revivons la guerre. »
Mort par hypothermie
Ces incidents sont loin d’être isolés. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 40 Palestiniens ont été tués lors de tempêtes depuis le début de la guerre, la plupart étant des femmes et des enfants.
Les décès sont dus à des noyades, à l’effondrement de structures et à des incendies dans des tentes qui ne répondent même pas aux normes de sécurité les plus élémentaires, a indiqué le ministère.
« Les habitants de Gaza ne meurent pas seulement à cause des bombes [israéliennes] », a déclaré Ahmed al-Attar, un militant basé à Gaza, à TNA, ajoutant : « Ils meurent à cause du froid, de la pluie et de la négligence. Les caravanes sont devenues une nécessité humanitaire urgente. »
En réponse, des militants et des journalistes palestiniens ont lancé une campagne numérique sous les hashtags #WeWantCaravans et #LetCaravansIntoGazaNow, appelant à une pression mondiale sur Israël pour qu’il autorise l’entrée sans restriction de caravanes dans la bande de Gaza.
Parmi les leaders de cette campagne figurent l’écrivain Mustafa Ibrahim, le journaliste Mohammed Odwan, l’analyste politique Ahed Ferwana et des militants de terrain, dont Mahmoud Za’iter de Deir al-Balah et Nour al-Din Abu Awda de la ville de Gaza.
Dans une vidéo publiée en ligne, Za’iter s’adresse directement au public international. « Nous nous adressons au monde entier, aux influenceurs, à tous ceux qui ont une tribune », dit-il. « Une seule caravane peut sauver une vie et empêcher une tragédie. La guerre n’est pas terminée, elle a changé. Aujourd’hui, elle tue par le froid, la faim et la peur. »
À Deir al-Balah, les camps de déplacés se sont transformés en vastes marécages boueux. Le maire Nizar Ayyash a déclaré à TNA que la municipalité était impuissante à réagir.
« Nous n’avons ni les ressources ni l’équipement nécessaires. Les tentes sont usées et ne résistent ni à la pluie ni au vent », a-t-il déclaré.
Selon M. Ayyash, environ 127 000 personnes déplacées dans la ville vivent dans des conditions catastrophiques, sans aucune alternative. Il ajoute que la municipalité a besoin d’environ 3 000 litres de diesel par jour pour faire fonctionner les machines lourdes, mais qu’elle n’en reçoit pas plus de 800 litres, souvent moins.
Cessez-le-feu sans sécurité
Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu plus tôt cette année, de nombreux Palestiniens estiment que leur réalité quotidienne n’a rien à voir avec la paix.
Depuis cette annonce, plus de 400 personnes auraient été tuées par des bombardements israéliens et des attaques sporadiques, renforçant le sentiment que la trêve n’a pas réussi à garantir la sécurité la plus élémentaire, selon les statistiques officielles publiées par le ministère de la Santé.
« Nous vivons une autre forme de guerre […] La pluie peut nous tuer tout autant que les bombes », a déclaré à TNA Suad Abu Daqqa, une mère de trois enfants déplacée.
Israël a lancé sa guerre génocidaire contre Gaza en octobre 2023, tuant plus de 71 000 Palestiniens, dont la majorité étaient des femmes et des enfants, et détruisant plus de 85 % de la bande de Gaza, y compris des quartiers entiers, des infrastructures et des services essentiels.
Selon la cellule de crise du gouvernement de Gaza, le territoire a désormais besoin d’au moins 200 000 logements pour répondre aux besoins humanitaires urgents, un chiffre qui souligne l’ampleur des dégâts et l’absence de tout processus de reconstruction significatif.
Traduction : AFPS




